Chaque automne, les prix littéraires rythment l'actualité des livres en France. Leur influence sur les ventes est considérable, leur fonctionnement souvent méconnu. Voici comment s'organisent les principaux.
Le Goncourt, né d'un testament
Le prix Goncourt est décerné par l'Académie Goncourt, créée selon les volontés de l'écrivain Edmond de Goncourt, mort en 1896. Le premier prix est attribué en 1903. Dix académiciens se réunissent chez Drouant, à Paris, et annoncent leur lauréat au début du mois de novembre, après plusieurs sélections successives dévoilées dès la rentrée.
La récompense financière est symbolique : un chèque de dix euros. Le véritable enjeu est ailleurs. Le bandeau rouge « Prix Goncourt » sur la couverture peut faire passer un roman de quelques milliers à plusieurs centaines de milliers d'exemplaires vendus.
Le Renaudot, né d'une attente
Le prix Théophraste-Renaudot a été créé en 1926 par des journalistes et critiques qui attendaient les délibérations du jury Goncourt. Il est annoncé le même jour, dans le même restaurant, juste après. Cette proximité en fait souvent un contrepoint : le Renaudot distingue volontiers des livres plus singuliers ou des auteurs moins installés.
Le Femina et le Médicis
Le prix Femina est fondé en 1904 par des collaboratrices de revues féminines, en réaction à un Goncourt alors réservé, dans les faits, aux hommes. Son jury est exclusivement composé de femmes, mais il récompense des auteurs des deux sexes.
Le prix Médicis, créé en 1958, a une vocation affichée : distinguer un auteur dont la renommée ne correspond pas encore au talent. Il s'est enrichi d'un Médicis étranger et d'un Médicis essai.
Les prix des lecteurs
D'autres prix donnent la parole à de nouveaux jurés. Le Goncourt des lycéens, créé en 1988, fait voter des élèves de toute la France sur la sélection de l'Académie Goncourt ; il est devenu l'un des prix les plus prescripteurs. De nombreux prix de lecteurs, en librairie ou en bibliothèque, prolongent cette idée.
Critiques et usages
Les grands prix sont régulièrement critiqués pour la concentration de leurs lauréats chez quelques grandes maisons d'édition, et pour le poids des réseaux dans les délibérations. Pour le lecteur, l'essentiel est sans doute de les prendre comme des signaux parmi d'autres : une sélection permet de repérer des livres de la rentrée, mais la découverte la plus marquante de l'année se cache souvent hors des listes.