Louis Aragon (1897-1982) a traversé presque tout le XXe siècle littéraire français. Il a été surréaliste, militant, poète de la Résistance, romancier, et l'un des auteurs les plus chantés de la langue française. Cette diversité intimide parfois : par quel bout prendre une œuvre aussi vaste ?
Les années surréalistes
Aragon fonde en 1919, avec André Breton et Philippe Soupault, la revue Littérature, d'où sortira le surréalisme. De cette période datent Le Paysan de Paris (1926), promenade dans les passages parisiens où le merveilleux surgit du quotidien, et le Traité du style (1928). Sa rupture avec le groupe de Breton, au début des années 1930, accompagne son engagement communiste et un tournant vers le roman réaliste, avec Les Cloches de Bâle (1934).
La poésie de la guerre
C'est pendant la Seconde Guerre mondiale qu'Aragon écrit les recueils qui l'ont rendu populaire : Le Crève-cœur (1941), Les Yeux d'Elsa (1942), La Diane française (1944). Il y renoue avec la rime, le vers régulier et les formes anciennes, ce qu'il appelle une « poésie de contrebande » : sous la chanson d'amour ou la ballade médiévale passe un message de résistance que la censure ne repère pas. En 1943, il publie clandestinement Le Musée Grévin sous le pseudonyme de François la Colère.
« La Rose et le Réséda », dédié à des résistants fusillés, croyants et athées réunis dans un même combat, reste l'un des poèmes les plus étudiés de cette période. On le lit encore à voix haute dans les commémorations.
Elsa et la chanson
Elsa Triolet, écrivaine elle aussi, traverse toute l'œuvre. Le lien entre poésie amoureuse et poésie politique y est constant : aimer, chez Aragon, c'est aussi refuser la défaite. Ces textes ont trouvé une seconde vie dans la chanson. Georges Brassens met en musique « Il n'y a pas d'amour heureux » en 1953, Léo Ferré consacre un album entier aux Chansons d'Aragon en 1961, et Jean Ferrat fait connaître au grand public « Que serais-je sans toi » et « Aimer à perdre la raison ».
Le romancier
On oublie souvent qu'Aragon est aussi un grand romancier. Aurélien (1944), histoire d'un amour manqué dans le Paris de l'après-Première Guerre mondiale, est sans doute la meilleure porte d'entrée : un roman d'une grande finesse psychologique, loin de toute littérature à thèse. La Semaine sainte (1958), qui suit Géricault pendant les Cent-Jours, montre un romancier qui interroge l'histoire et les choix individuels.
Par où commencer
Pour la poésie, une anthologie de poche permet de traverser les époques en quelques soirées ; Le Crève-cœur se lit ensuite d'un trait. Pour le roman, Aurélien. Et pour entendre la musique de ces vers, rien ne remplace les versions chantées : elles rappellent qu'Aragon écrivait pour l'oreille autant que pour la page.