Luke Short, Western littéraire

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Auteur d’une bonne cinquantaine de romans, l’Américain Luke Short (1908-1975) est absolument inconnu en France, où il a été traduit pour la première fois en 2016, sous les auspices de Bertrand Tavernier qui, après « Ciel rouge », nous en propose aujourd’hui un deuxième roman, « Femme de feu » (« Ramrod », 1943)… Par Christophe Mercier. Lire la suite

Maxime Cochard, les jeux du désir et de l’ambition

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Je pensais trouver, en lisant « Cette infortune », premier roman de Maxime Cochard, une odeur du XIXe siècle. Un jeune homme de province, avide de vie et de grandeurs, se rue sur la capitale pour y découvrir ses plaisirs et conquérir le monde. Pourtant, si l’on peut rapprocher ce livre du roman réaliste du XIXe, et notamment de « Lucien Leuwen » de Stendhal, pour le dilettantisme du personnage, c’est plutôt vers le XVIIIe que Cochard nous emmène… Par Victor Blanc. Lire la suite

Morgan Sportès : les infections du monde

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Les romans de Morgan Sportès constituent une sorte de plongée dans les infections de notre monde, une chronique de sa marche chaotique qui finira bien par déboucher sur le pire, tant l’équilibre entre la raison et l’aventurisme est devenu instable. Sportès ne craint pas de déranger, un peu comme ces philosophes matérialistes du XVIIIe siècle qui ne pouvaient s’empêcher de mettre en lumière, non pas les malheurs de leur temps, ce qui était admis, mais leurs causes, ce qui était moins conseillé. Sommes-nous si loin de leur époque ?… Par François Eychart Lire la suite

Anne Godard et la fille brûlée

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On avait lu un premier roman d’Anne Godard, « L’inconsolable », en 2006, dont le sujet était la mort d’un fils, dans un monologue d’un genre particulier. Dix ans après, Anne Godard revient avec un second roman, « Une chance folle », où recommence la même histoire qui cloche, où la mort est encore là, où l’ambivalence du rapport à la mère conditionne tout, mais où il s’agit peut-être et surtout d’une jeune fille qui sent et qui expérimente qu’elle est éternelle… Par Didier Pinaud. Lire la suite

Bertrand Leclair, le roman comme expérience

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Ecrire un roman, dit Bertrand Leclair, « c’est tenter de jeter un pont sur le vide pour atteindre un autre qu’on veut toucher, mais un autre dont on ignore tout. » C’est ce qu’il avait appelé « le roman comme expérience », dans une conférence donnée à Paris, en 2006. Dans le roman qu’il publie aujourd’hui aux éditions du Mercure de France, Perdre la tête, l’art du roman est plus que jamais cette écriture sur le vide, dans le vide, et où – en plus – il a placé en exergue une célèbre phrase de Georges Bataille : « Ecrire est rechercher la chance » Par Didier Pinaud. Lire la suite

Viet Thanh Nguyen : Le livre des retournements

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D’un Vietnamien ayant quitté son pays avec ses parents au moment de la libération de Saïgon par les communistes, quand il avait quatre ans, réfugié aux États-Unis depuis et intégré au point d’y devenir professeur d’université, on ne s’attendait guère à une critique en règle de la société ultra-libérale de son pays d’accueil. Viet Thanh Nguyen avec son premier roman, Le Sympathisant, prend tout le monde à contre-pied, et mène le lecteur de surprise en surprise… Par Jean-Pierre Han. Lire la suite

L’oubli, comme matrimoine

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Avec des effets de temps et d’ellipses, Chloé Delaume réinvente le polythéisme à chaque page et y entremêle des références à l’histoire contemporaine et antique. C’est drôle, intelligent, mais surtout impertinent. Les sorcières de la République conjuguent l’imagination et la narration à la perfection… Par Quentin Margne. Lire la suite

Habiter poétiquement l’espace

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Il y a la profondeur mélancolique du titre et il y a la profondeur palimpseste du roman : L’ombre s’allonge est un livre dont on aime à ressentir la matière puissante et les traces comme en surimpression des questions qui empoignaient l’écrivain dans ses précédents romans, des questions qu’il n’a cessé de creuser autour de l’amitié brisée ou meurtrie. Lire la suite

Cesare De Marchi : La quête de l’authenticité

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Cesare De Marchi (né en 1949 et auteur de romans publiés avec succès depuis 1981) fait dans son dernier roman une description détaillée d’une vie à la recherche de sa pleine réalisation et qui veut écarter de son chemin toute forme de compromis… Par Leonardo Arrighi Lire la suite

Du voyage comme diaspora du désir


Du voyage comme diaspora du désir

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Les Lettres Françaises, revue culturelle et littéraire

Patricia Reznikov, La nuit n'éclaire pas tout

Patricia Reznikov fait partie de ces auteurs capables de nous procurer des surprises, de nous intriguer et de nous passionner. Elle nous fait éprouver ce fameux « plaisir du texte » dont Barthes s’était fait le héraut. Son dernier roman, La nuit n’éclaire pas tout, est une belle réussite. Il échappe au canevas classique du genre sans entrer dans les périlleux dédales de l’expérimentation. Oui, il nous donne beaucoup de plaisir, mais aussi nous procure d’autres sentiments, un peu de tristesse, souvent de la mélancolie, parfois même de l’affliction, sans jamais pour autant distiller tristesse et ennui. Je pourrais même dire que le ton est enjoué, le style enlevé, l’expression heureuse.

L’intrigue ? Il n’y en a pas à proprement parler. Et pourtant le mouvement ne manque pas : on ne cesse de parcourir l’Europe en tous sens, d’Amsterdam à Londres, en passant par Turin, pour toujours revenir dans un Paris qui a conservé sa beauté nostalgique – un Paris situé entre le réel et l’imaginaire, entre sa vérité et son mythe. Le héros de cette aventure est-il Benjamin Himmelbar, un écrivain déjà âgé, revenu de tout ou presque, ou Héloïse, une jeune fille, curieuse, impérative et excentrique qui l’entraîne à la suivre dans ses folles randon- nées n’obéissant qu’à ses impulsions ?

Comment ne pas voir ces pages comme un art du voyage, qui est aussi un art amoureux ? Comment ne pas le regarder comme une aventure entre deux êtres qui s’inspirent l’un l’autre alors que si peu de choses devraient les rapprocher ? Et s’il s’agissait de la mise en scène de la relation étrange entre un romancier et sa lectrice ?

Ce n’est pas tant un périple dans l’espace des villes qu’une circumambulation dans des cultures qui ont façonné un être, au fil du temps et des épreuves, comme si nos personnages apparte- naient à une diaspora de gens du voyage intérieur.

Ce qui est le plus admirable dans ce roman, c’est la vie qu’elle magnifie, malgré toute sa pesanteur et les désillusions qu’elle charrie, c’est la faculté de son auteur de rendre non seulement crédibles, mais aussi émouvantes et palpables, les émotions suscitées par ces aventures qui se situent à mi-chemin entre Conrad, les livres de voyage de Morand et les errances de Rilke. Cela le rend inclassable et, de ce fait, attirant. Patricia Reznikov nous apprend que le chemin (comme une interprétation occidentale du tao) est tout. Les accidents qui surviennent sur la route sont les moments de l’enseignement, de l’expérience, de la création. Le roman est l’histoire de deux figures en miroir qui déjouent le mythe de Faust : le vieil homme conserve sa jeunesse et la belle et légère Héloïse apprend à vieillir (c’est-à-dire à construire son propre théâtre de la mémoire) sous ses formes adorables. C’est au milieu des fantômes des poètes des siècles passés que leur vie trouve paradoxalement sa dimension concrète et s’accomplit.

Gérard-Georges Lemaire

La nuit n’éclaire pas tout,
de Patricia Reznikov, Albin Michel, 352 pages, 20 euros.

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