Le polar OVNI de Cameron McCabe

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« Coupez ! » se présente comme un roman policier, situé dans les milieux du cinéma londonien des années trente, les milieux qu’a connus Hitchcock pendant sa première carrière, et dont la description – car Borneman-McCabe les connaissait bien, lui-même ayant été monteur, comme son héros éponyme – est savoureuse, et donne au livre une grande partie de son charme… Par Christophe Mercier Continuer la lecture

Un polar pour la soif

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Un polar, « la Soif » de Pierre-François Moreau ? Sans doute, et avec tous les ingrédients qui s’y rattachent, mais comme portés à leur degré d’incandescence extrême. Et, surtout, qualité première de l’ouvrage pas si fréquente dans le genre, une qualité littéraire éclatante liée à la jouissance qu’éprouve l’auteur au fil de l’écriture de son roman… Par Jean-Pierre Han. Continuer la lecture

Qui était Dashiell Hammett ?

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On dit en anglais « detective fiction » ou encore « crime fiction». En français, on parle de roman policier ou de polar, genre qui tient une place de choix dans le champ de la littérature réaliste critique américaine du vingtième siècle, communément rassemblée sous l’étiquette « roman noir »… Par Sébastien Banse Continuer la lecture

Jose Giovanni, l’évadé du crime

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L’oeuvre de Jose Giovanni compte une vingtaine de romans, une quinzaine de scénarios pour le grand écran et une vingtaine de films réalisés. Le début de sa carrière de romancier est riche de son expérience dans le monde du crime et il se met à écrire sur les conseils de son avocat qui, par chance, est en contact avec l’un des fondateurs de la Série Noire chez Gallimard… Par Philippe Berté Continuer la lecture

Hammett : La colère froide des vaincus

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« Je suis né le 27 mai 1894, dans le Maryland, entre les fleuves Potomac et Patuxent, et ai été élevé à Baltimore. J’ai quitté le lycée après tout de même un semestre d’études, pour exercer sans plaisir et au déplaisir de mes patrons… Par Sébastien Banse Continuer la lecture

Journal de Manchette


Journal de Manchette

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640 pages bien tassées, pour un premier volume qui ne couvre que huit années du Journal que Jean-Patrick Manchette a tenu jusqu’à sa disparition, en 1995 : on espère que les Éditions Gallimard auront le bon goût de poursuivre leur louable effort, et que nous pourrons bientôt lire la suite. Car ce Journal est passionnant.

les Lettres Françaises, revue littéraire et culturelle

Jean-Patrick Manchette, Journal 1966-1974

Est-il tout à fait inutile de rappeler qui était Manchette ? Probablement, mais, dans le doute, mieux vaut pourtant effectuer un bref rappel : scénariste pour la télévision (les fameux Globe-Trotters, Yves Rénier et Edward Meeks, madeleine de Proust des préadolescents des années soixante) et pour le cinéma (la Guerre des polices, de Robin Davis, mais aussi la Prisonnière du désir, de Max Pécas), auteur de la « novelisation » de Mourir d’aimer et de Sacco et Vanzetti (on se rappelle la sublime chanson générique de Joan Baez), joueur occasionnel de saxo, traducteur de moult romans noirs américains, fondateur du mouvement Banana, destiné à glisser des peaux de banane sous les pieds des CRS au cours des manifestations, Manchette est, avant tout, le meilleur critique de cinéma de son époque (ses chroniques publiées dans Charlie Hebdo, ont été réunies dans les Yeux de la momie, chez Rivages) et, surtout, l’auteur de neuf romans noirs fulgurants qui, dans les années soixante-dix, ont totalement renouvelé le genre – on peut même dire que c’est lui l’inventeur du roman noir français.

Dès Laissez bronzer les cadavres (1971), il crée un cocktail de violence, d’imagination, de loufoquerie, de noirceur jubilatoire et de réflexion politique, sans modèle – en France – à l’époque. D’autant que son goût de la phrase, de son rythme, de ses ruptures, de son glacis tiennent plus de Flaubert que d’OSS 117. Avec ses trois derniers romans achevés – le Petit Bleu de la côte ouest, Fatale, la Position du tireur couché – il atteint des sommets, jazzant sa phrase comme le fera plus tard un Jean Echenoz, décharnant ses intrigues, offrant l’image la plus juste du désespoir souterrain minant une société de consommation triomphante.

Son Journal – tenu jour après jour, sur des cahiers scolaires, d’une écriture d’écolier sage – le montre au quotidien. Lorsqu’il le commence, il a vingt-quatre ans. Il a fait des études d’anglais, milité au PSU et à l’Union des étudiants communistes, il est marié avec Melissa, il a un petit garçon, et habite à Clamart. Il essaie de faire vivre sa famille à l’aide de travaux alimentaires – d’où Max Pécas, d’où les novelisations, d’où les traductions à la chaîne. Dans le temps qui lui reste, Manchette regarde des films, plusieurs par jour, à la télévision ou au cinéma, lit énormément (surtout des livres de philosophie politique), et découpe dans les journaux les articles qui le frappent, et qu’il colle dans son Journal. Les articles politiques, s’entend ce qui permet au lecteur d’aujourd’hui de revivre le quotidien occulté d’une époque où la télévision était une télévision d’État, et où toutes les informations ne faisaient pas la une (le 16-2-73, Italie : « Un industriel milanais tire sur un piquet de grève »). Un mort, un blessé. République d’Afrique du Sud : « Des affrontements entre policiers et grevistes ont eu lieu à Durban »).

Telle est la toile de fond du Journal. Mais ce qui en fait aussi le prix, ce sont les détails quotidiens – cadeaux de Noël offerts et reçus, films montrés à son fils, soucis de santé de ses proches, repas tumultueux avec ses parents -, vie quotidienne d’un homme de bonne volonté qui essaie de survivre en travaillant beaucoup tout en restant en marge d’une société qu’il réprouve. Manchette est pauvre, les fins de mois sont difficiles, il est souvent épuisé, et pourtant de son Journal émanent un optimisme, une énergie de jeune homme.

Au fil du temps, on le voit devenir écrivain, et ses réflexions sur ses romans – jamais rien de théorique, juste des réflexions pratiques sur le meilleur moyen de raconter telle ou telle histoire – révèlent un artiste à la fois très conscient de ce qu’il veut réaliser, et rempli d’une sorte d’innocence naïve, qui lui permet de juger ses livres sans forfanterie comme sans fausse modestie.

Dans le Journal de Manchette, on ne croise pas beaucoup d’écrivains, mais plutôt des cinéastes – Mocky, Chabrol – ou des producteurs. Il n’en fait d’ailleurs pas de portraits, se contentant de dire, factuellement, les rapports qu’il entretient avec eux.

Il ne s’agit pas – et c’est tant mieux – du journal d’un homme de lettres, mais des mémos quotidiens d’un jeune homme qui écrit. Ce qui fait son prix, ce n’est pas telle ou telle page, mais la coulée de l’ensemble. On sait donc gré à l’éditeur de cette publication du texte intégral – collage compris – et on attend la suite.

Christophe Mercier

Journal 1966-1974,
de Jean-Patrick Manchette. Éditions Gallimard, 640 pages, 26 euros.