Picasso démiurge méditerranéen

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Un double événement Picasso à Marseille : au Mucem est présentée l’exposition « Picasso et les Ballets russes, entre Italie et Espagne », et au Centre de la Vieille Charité sont rassemblés plus de cent chefs-d’œuvre en dialogue avec la collection de cartes postales de l’artiste et des œuvres maîtresses des musées de Marseille… Par Philippe Reliquet Continuer la lecture

Picasso : le mystère de la création

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Trois expositions majeures consacrées à Picasso permettent de poser la question du génie alchimique qui transforme tout ce qu’il voit, tout ce qu’il touche en or : l’une à Rouen, au Musée des Beaux-Arts, consacrée à la production de Boisgeloup ; la seconde au Musée des Arts Premiers, qui s’intéresse au « Picasso primitif ; la dernière, au Musée Picasso, consacrée à Olga Khokhlova Picasso… Par Philippe Reliquet. Continuer la lecture

Juan Gris, le cubisme passionné

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L’exposition de Gris (1887-1927), exemplaire par son accrochage, offre un parcours complet de cet artiste. Ainsi, les tableaux qui se situent entre les années 1911 et 1918 démontrent magnifiquement que, même si Gris ne fait pas partie des « inventeurs » du cubisme, il est tout sauf un simple suiveur du fameux tandem formé par Braque et Picasso… Par Itzhak Goldberg Continuer la lecture

Une quête obsessionnelle

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Poursuivant son travail minutieux d’éditeur artisanal, The Hoochie Coochie a publié au printemps dernier le Fils de l’ours père, de Nicolas Presl. Quatrième parution de ce singulier auteur, c’est pourtant un ouvrage antérieur à ses publications chez Atrabile (Priape, Divine colonie et Fabrica), qui confirme la qualité de ses recherches esthétiques…Par Sidonie Han Continuer la lecture

Degas est aussi un sculpteur


Degas est aussi un sculpteur

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Degas - Danseuse-de-14-ans

Au premier abord, on s’étonne. La Pis­cine de Roubaix – ce magnifique espace muséal dans le style Art déco des années trente et qui mérite à lui seul la visite pour sa collection de peintures, sculptures, céramiques et tissus – expose les sculptures d’Edgar Degas. De fait, tout le monde connaît les toiles et les pastels de cet artiste. Rattaché aux impressionnistes, avec lesquels il a souvent exposé, l’artiste ne partage pas leur trait le plus commun ; aux effets de lumières en plein air il préfère le mouvement sous ses différentes formes. Qu’il s’agisse de chevaux galopants, de danseuses s’exerçant à la barre ou de femmes captées dans leur intimité, c’est toujours le corps, animal ou humain, qui reste sa principale préoccupation.

Ainsi, c’est naturellement que Degas est attiré par ce corps-à-corps entre l’artiste et la matière qu’est la sculpture. Plus encore que dans la pein­ture, qui se permet des escapades occasionnelles dans le paysage ou la nature morte, la présence hu­maine demeure l’obsession du sculpteur. Comme de nombreux artistes peintres (Matisse, Picasso, Renoir), Degas pratique la sculpture occasionnel­lement et déclare à ce sujet : « C’est pour ma seule satisfaction que j’ai modelé en cire bêtes et gens, non pour me délasser de la peinture ou du dessin, mais plutôt pour donner à mes peintures et à mes dessins plus d’expression, plus d’ardeur et plus de vie. Ce sont des exercices pour me mettre en train, du document sans plus. » Fausse modestie ? Plutôt une précaution de la part du créateur dont la seule oeuvre montrée de son vivant (à la sixième exposition impressionniste, en 1881) a été violem­ment critiquée. Il faut avouer qu’il ne s’agissait pas de n’importe laquelle : la fameuse danseuse de quatorze ans, au visage lourd et inexpressif, habillée de matériaux empruntés au réel (un tutu en dentelle, un ruban de soie) – un assemblage au­dacieux autant qu’une sculpture, dont le réalisme absolu fit scandale. À La Piscine, elle trône au milieu de quelque soixante-dix pièces en prove­nance du musée d’Orsay. Ces bronzes réalisés par le fondeur Hébrard, contre la volonté de l’artiste, à partir des cires trouvées après son décès dans l’atelier de Degas, frappent le spectateur par leur ressemblance avec les personnages qu’on croise dans les toiles du peintre : une femme accroupie qui s’essuie, une danseuse réalisant un mouvement aérien, un cheval saisi en plein envol…

« Citations picturales » ? L’histoire de l’art les considère comme des modèles qui permet­tent à l’artiste d’explorer les problèmes de la forme dynamique en trois dimensions, avant de l’insérer sur la surface picturale. Mais, quoi qu’en ait dit Degas, ce sont de véritables oeuvres d’art autonomes et non pas de simples exercices d’atelier. Leur mise en scène élégante par le mu­sée de Roubaix permet au spectateur de profiter de ce pan méconnu de l’oeuvre du peintre, le premier à fixer l’éphémère.

Itzhak Goldberg

Degas sculpteur, La Piscine, Roubaix, jusqu’au 16 janvier 2011.
Catalogue, Éditions Gallimard, 248 pages, 39 euros.

Foujita, l’excentrique et le séducteur

Foujita, l’excentrique et le séducteur

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En concordance avec l’exposition « Foujita et ses amis de l’école de Paris », qui a eu lieu au château de Chamerolles, Sylvie Buisson vient de publier un nouvel ouvrage sur Léonard Foujita, son peintre de prédilection, dont elle a établi le catalogue raisonné. Dans les imposantes considérations biographiques du catalogue, l’auteur nous avait déjà relaté l’essentiel de ce qu’il y avait à dire à propos de l’arrivée du peintre japonais à Paris et sur ses re­lations avec ses confrères à Montparnasse. Dans le présent ouvrage, elle met plus l’accent sur la personnalité de l’artiste et sur la manière dont il s’est intégré dans ce microcosme de l’avant-garde française (qui était composée, pour l’essentiel, d’étrangers !). Le jeune homme, à peine débarqué de Tokyo, s’est rapidement initié à la nouvelle manière de vivre l’art et aux usages des Mont­parnos. Il s’est d’abord forgé une esthétique vestimentaire n’appartenant qu’à lui : « J’étais jeune et beau. Une toque en peau de léopard cachait la moitié de ma frange de cheveux noirs. Ma casaque, complètement décolletée, laissait voir autour de mon cou un collier de pierres. Un sac de cuir était attaché à ma ceinture. Je mar­chais avec fierté. Les femmes m’envoyaient des baisers… » Les femmes, justement, vont jouer un rôle déterminant dans sa vie. Celle qu’il avait laissée au pays, Tomiko, ne lui répondait pas. Il resta à Paris et rompit de facto ses fiançailles. Il tomba amoureux de Fernande Barrey, une jeune Française qui était peintre. Il voulut l’épouser au plus vite. Il la représenta dans Fernande au perroquet, où elle était coiffée à la garçonne. En 1917, Foujita connut un grand succès avec ses aquarelles. Ami de Picasso et de Modigliani, il faisait désormais partie du cercle des artistes chéris par la fortune. Mais, absorbé par son travail, il délaissa son épouse qui le trompa. Il se vengea en fréquentant Lucie Badoud, qu’il rebaptisa Youki et qu’il installa dans son nou­vel appartement de Passy. Il la montra même nue aux yeux de tous au Salon d’automne de 1924 dans une composition où elle est allongée, blanche sur des draps blancs. Mais les choses se gâtèrent : celle-ci s’éprit bientôt de la maîtresse de Derain, Mado. Entraîné dans la spirale de la vie mondaine des artistes arrivés, Foujita, tout catholique fervent qu’il fut, adopta les moeurs libres de la modernité parisienne. Il peignit encore Youki dans le Nu assoupi (1926). Celle-ci ne tarde pas à s’éprendre de Robert Desnos, et Foujita, déjà frappé par le fisc, perdit le goût de peindre. Il décida d’épouser Youki et de partir avec elle au Japon en 1929. À son retour, il la quitta et s’embarqua pour le Brésil avec Madeleine Lequeux, son modèle. Puis il se rendit seul au Japon où il connut Kimiyo Horischi, une jeune serveuse. Madeleine devina sa trahison et fit scandale en arrivant au Japon. Elle se droguait de plus en plus et se noya dans le bassin de leur maison en 1936. Il se consola avec Kimiyo et rentra en France en 1939. Mais il dut repartir à cause de la guerre pour ne revenir qu’en 1950. Il divorça alors de Youki et finit ses jours dans cette France qu’il a tant aimée. En lisant l’histoire narrée par Sylvie Buisson, Foujita apparaît dans ses contradictions : léger, fantasque, dandy d’une part et, de l’autre, si faible devant l’amour, incapable de vivre son donjuanisme de façade.

Georges Férou

Foujita et ses amis du Montparnasse, de Sylvie Buisson, Éditions Alternatives.160 pages, 30 euros.