Paul Valéry, La couronne d’amour

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Voici un livre qui modifie profondément l’image que l’on pouvait se faire de Paul Valéry. « Corona » et « Coronilla » sont deux recueils, à l’origine non destinés à la publication, dans lesquels Valéry a rassemblé les quelques cent cinquante poèmes écrits pour Jean Voilier, nom de plume de Jeanne Loviton, le grand amour secret qui éclaira la fin de sa vie, de 1938 à 1945… Par Francis Combes Continuer la lecture

Degas en mouvement

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A défaut d’une véritable rétrospective qu’il mériterait amplement à l’occasion du centenaire de sa mort, le musée d’Orsay rend hommage à Edgar Degas (1834-1917) avec une exposition dont le fil conducteur est l’ouvrage relativement méconnu de Paul Valéry, « Degas, Danse, Dessin »… Par Itzhak Goldberg Continuer la lecture

Redécouvrir Paul Valéry

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Mort le 20 juillet 1945, Paul Valéry est entré dans le domaine public le 1er janvier 2016. Plusieurs publications majeures sont survenues en ce début d’année : les trois gros volumes de la parfaite édition chronologique des Oeuvres réalisée par Michel Jarrety dans la Pochothèque et le dernier tome de l’édition scientifique des Cahiers (1894-1914), entamée par Gallimard il y a trente ans… Par Benoît Peeters Continuer la lecture

N° 139 – Les Lettres Françaises du 14 juillet 2016

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Au sommaire du numéro 139 : Paul Valéry, par Francis Combes et Benoît Peteers ; Josef Sudek, par Franck Delorieux ; Avignon, par Jean-Pierre Han ; Jean-Pierre Ferrini, par René de Ceccatty ; Dorothy Bussy, par Christophe Mercier ;Charlotte Dufrène, par Jean Ristat ; Paul Fournel, par Marc Sagaert ; Fernand Iveton, par Anaïs Héluin ; Jean Genet, par Marc Sagaert ; Georges Bataille, par Didier Pinaud ; Pour télécharger le numéro, veuillez cliquer ici.


Cette magnifique intolérance au succès

Cette magnifique intolérance au succès

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« Que serions-nous donc sans le secours de ce qui n’existe pas ? », se demande Paul Valéry. C’est à cette interrogation que Paul Collins tente de répondre, sans doute sans le savoir, à travers son ouvrage La Folie de Banvard. C’est en tous cas à cette délicate réflexion qu’il nous convie en dressant le portrait de treize figures de l’Histoire, remarquables pour avoir persévéré dans l’erreur, tenté l’impossible, démontré l’indémontrable, et finalement dédié leur vie à l’échec. John Banvard, Ephraim Bull, François Sudre, George Psalmanazar, John Cleves Symmes, René Blondlot, Pleasonton… Qui se souvient aujourd’hui de ces noms qui n’ont pas changé le monde ? La réponse est dans la question, bien entendu. Mais à tort, et Paul Collins vient fort à propos réparer cette incurie. Pour s’en convaincre, il suffit de se pencher sur quelques-uns des cas d’école qu’il nous livre ici. Tout d’abord, John Banvard, le « peintre vivant le plus célèbre de son époque », « et peut-être le premier artiste millionnaire de l’histoire. Reconnu par le grand nombre, et par des contemporains comme Dickens, Longfellow ou la Reine Victoria »… Rien que cela ! Passons à François Sudre et son « Solrésol », l’une des premières langues destinées aux aveugles et aux sourds-muets, d’abord révérée en son temps puis tombée dans l’oubli, sauf pour quelques illuminés de nos contemporains en quête de frissons intellectuels. Et John Cleves Symmes, ce doux dingue qui s’est obstiné sa vie durant à monter une expédition vers les entrées arctiques et antarctiques à la seule fin de démontrer que la Terre était creuse, et qu’un monde fantastique dormait dans ses entrailles apocryphes. Résultat ? Il inspira, incidemment et bien malgré lui, Edgar Poe et Jules Verne !

Alors, malchanceux ? Fous ? Rêveurs ? Poètes ? Ou visionnaires ? A bien y regarder, l’échec n’est peut-être pas là où l’on croit. Songeons une seconde que si Einstein s’était adonné à une autre activité que la physique, il aurait tout de même changé le monde, certes, mais pour le meilleur et non le pire. Et que serions-nous si Samuel Colt s’était davantage occupé de son potager plutôt que d’inventer le premier revolver en 1835 ? Avec cette devise maison de surcroît, « Dieu a fait des hommes grands et d’autres petits je les ai rendus égaux. » Voilà qui donnerait presque envie de croire Dieu… Non décidément, la conduite d’échec n’a rien d’une pathologie, au contraire de ce que la pression sociale tente de nous inculquer. Les héros magnifiques de l’Histoire sont à compter dans les rangs de ces hommes dont la grande ambition aura été d’aller au bout de leurs convictions, sans jamais plier ni se soumettre aux nauséeuses lois de la Vox populi, dont le porte-étendard n’est jamais que la réussite à tout prix. Réussite, ô réussite, que ne commettrais-je en ton nom… La Folie de Banvard nous révèle qu’il n’est de succès que dans la réalisation de l’acte, à tout le moins. Et que les vainqueurs aux dents blanches sont finalement gonflés d’ennui.

Paul Collins, par la poésie de son récit, œuvre à bien plus que l’exhumation de ses marginaux favoris. Il nous transmet sa fièvre, sa jubilation à romancer des vies qui n’avait besoin que du rappel du souvenir, car c’est bien de romans en soi qu’il s’agit pour chacun des treize portraits brossés par Collins. Vies brisées mais entières, déçues mais regorgeant d’espoir à chaque minute, raillées trop vite mais honorées par le temps, disparues mais pas oubliées. Il nous faut seulement regretter que ces héros symboliques n’aient pas eu l’ego suffisant pour se raconter eux-mêmes – selon le mot d’Uwe Johnson, « un écrivain est quelqu’un dont la vie est un symbole ». Mais, tout le monde n’est pas écrivain.

Matthieu Lévy-Hardy

La Folie de Banvard, de Paul Collins, traduit de l’américain par Lionel Leforestier

Le Promeneur, 344 pages, 28,50 €