Claude Monet, le peintre collectionneur

Galerie

Les collections contribuent certainement à mieux cerner une personnalité à discerner, de toutes ces motivations, lesquelles sont déterminantes. Dans le cas d’un artiste, elles sont révélatrices. Après un patient travail de recherche par Marianne Matthieu et Dominique Lobstein, le musée Marmottan, qui possède la plus belle collection de Claude Monet, montre comment le grand artiste avait lui-même constitué une collection dans sa maison de Giverny… Par Philippe Reliquet Lire la suite

Puccini Pureté


Puccini Pureté

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Dans un livre intelligent, particulière¬ment original, et qui tombe à point, le dernier biographe de Giacomo Puccini, Sylvain Fort (Actes Sud, 16 euros) imagine, un traitement de grands romans, Notre-Dame de Paris, Anna Karénine, Nana ou Salomé, par le compositeur de Tosca. Tel n’a pas été le cas, mais Puccini a écrit le Triptyque, qualifié de « vériste » alors que ces trois petits actes, distincts les uns des autres, nous semblent surtout dissimuler un secret de pureté du maître bien dans la ligne inaugurale de l’esthétique lyrique du XXe siècle. Le musicien des mythiques Bohème, Manon Lescaut, Madame Butterfly et même de l’ultime et inachevé Turandot portait en lui ces pages réalistes et profondément introverties.
Dans une mise en scène de Luca Ronconi, connue des publics milanais et madrilène, nous vivons des versions épurées, tendres, comiques, toutes personnelles que l’Opéra national de Paris présente avec de bons chanteurs, dans des visions réussies.
Pourtant, on éprouve une légère déception pour Il Tabarro (la Houppelande), qui fait irrésistiblement penser à l’Atalante, le célèbre film de Jean Vigo. Certains confrères délicats ont estimé « sordide » cette passion amoureuse se déroulant chez des mariniers, au fil de l’eau. Qui dira mieux la douceur fugitive et obsédante que le prélude qui ouvre l’oeuvre de Puccini ? L’eau symbole de liberté, l’eau érotique et itinéraire de mort. Point n’est besoin de songer à Maupassant, Monet ou Debussy, dont le musicien italien se distingue, servi par Juan Pons, baryton réputé, le patron, et sa femme, la jeune et attachante soprano russe Oksana Dyka, deux voix prenantes.
Suor Angelica peut paraître d’une religiosité anachronique, sinon risible. On ressent les lamentations cachées de cette pauvre fille de famille enfermée dans un couvent par punition et à qui Dieu accorde la grâce de retrouver son enfant, bel et bien mort, et qui, comblée, meurtrie, finit par se suicider. Non croyant, Puccini a écrit de belles œuvres religieuses, dont un requiem, peu après la disparition de Verdi ; sa partition opératique en témoigne, chantée uniquement par des voix féminines, devant une statue géante de la Vierge qui, renversée à terre, s’inscrit bien dans l’air du temps. La soprano géorgienne Tamar Iveri affronte une noble et rigide tante de grande famille, la princesse Luciana D’Intimo, mezzo qui phrase autant qu’elle chante.
Gianni Schicchi est une farce de la commedia dell’arte, qui avait séduit Dante avant notre compositeur. Dans celle-ci, savoureuse d’un bout à l’autre, on prend le plaisir le plus simple à voir se dérouler les effets d’un faux testament conçu par le gredin, Gianni Schicchi, trompant tout un monde d’hypocrites. Les chanteurs sont excellents, notamment le jeune ténor américain Saimir Pirgu, en Rinuccio prometteur et sa fiancée, Lauretta, bien incarnée par Ekaterina Syurina, ardents jeunes gens de Florence.
Philippe Jordan, désormais en phase magique avec l’Orchestre de l’Opéra de Paris, aux plans de la couleur, du rythme et d’une continuité que rien ne cloisonne, dirige avec maîtrise.

Claude Glayman
N°76 Novembre 2010


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Le tigre et le jardinier


Le tigre et le jardinier

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Si l’on veut comprendre les liens étroits qui ont uni deux hommes aussi dissemblables que Clemenceau et Monet, il faut d’abord comprendre qui fut le premier. Il a été un homme politique opiniâtre, qui savait et aimait se faire des ennemis et affichait des idées d’une rudesse ex­trême : c’était un républicain pur et dur, farouche défenseur de la séparation de l’Église et de l’État, un radical sensible aux conditions de travail et de vie des travailleurs, qui a tenté de trouver une entente à la veille de la Commune, a fait cesser les recensements dans les églises, fait nommer le général Boulanger ministre de la Guerre tout en combattant le boulangisme, et a été le meilleur ennemi de Jean Jaurès… Clemenceau a été appelé au pouvoir, durant la Première guerre mondiale en tant que partisan affiché de la guerre à outrance. Cette intense activité journalistique et politique ne l’a pourtant pas empêché de se révéler un amateur d’art très avisé et très audacieux dans ses choix. Il aimait la peinture de Manet et il lui demanda de faire son portrait. Ce n’était pas une commande passée à Cabanel ou à Gérôme ! Et il est devenu l’ami intime de Monet. Cette amitié s’est changée en une passion esthétique. Le Tigre allait le voir à Giverny pendant les moments les plus graves de la guerre mondiale et il lui écrivait des lettres pleines d’amour pour ses créations. Ce que nous révèlent l’excellente biographie croisée d’Alexandre Duval-Stalla et les lettres échangées par les deux grands personnages, c’est une com­plicité profonde. L’homme politique écrit sur l’artiste dans la Justice ou un autre des journaux dont il a eu la charge, et il a des phrases d’une justesse rare, digne d’un connaisseur de haut vol. Il a porté à bras-le-corps le projet des Décorations de Monet, c’est-à-dire du cycle des Nymphéas qui a fini par être installé à l’Orangerie, malgré les atermoiements du peintre et les difficultés de toutes sortes. Cette biographie croisée est pas­sionnante et les relations épistolaires qu’ils ont eues sont d’une rare richesse.

Giorgio Podestà

Claude Monet-Georges Clemenceau, biographie croisée, d’Alexandre Duval-Stalla. « L’Infini », Gallimard, 304 pages, 21 euros.
Georges Clemenceau à son ami Monet, correspondance. RMN, 198 pages, 30 euros.

N°76-Novembre 2010


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L’impressionnisme, dernier refuge d’un art en crise ?


L’impressionnisme,

dernier refuge d’un art en crise ?

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Monet - Cathédrale de Rouen

Cette année est marquée par un nombre impressionnant d’expositions concernant l’impressionnisme. Comme cet été en Normandie (surtout au musée des Beaux-Arts de Rouen, où, aux côtés des Pissarro et des célèbres Cathédrales de Monet, on a rassemblé de modestes épigones locaux, mais aussi au Havre avec une médiocre exposition Degas) et cet automne à Paris avec l’exposition phare de Monet au Grand Palais et celle de Monet et l’abstraction au musée Marmottan. Avec la très intéressante exposition de la sculpture de Degas à la Piscine de Roubaix et la pléthore d’ouvrages en tous genres qui accompa­gnent ce genre de manifestations, nous vivons bien à l’heure de ce qui aurait dû s’appeler l’École des Batignolles si un mauvais coucheur de journaliste, Louis Leroy (dans le Charivari d’avril 1872) n’avait pas inventé ce vocable qui allait faire fortune. Mais l’impressionnisme est une formule creuse. C’est Manet qui en est l’instigateur par ses rencontres au Café Guerbois. On a pu y voir Fantin-Latour et Cézanne, qui sont très loin des aspirations des Sisley, Pissarro et Monet. Manet lui-même, malgré une parenthèse où il s’est rapproché d’eux dans son écriture plastique, travaille dans une autre optique. Et même entre eux, la marge est grande entre Caillebotte, Renoir, Berthe Morisot et Bazille. Des valeurs communes, des combats communs (avec l’exposition des artistes indépendants pour faire pièce aux refus du jury du Salon), qui sont mis à mal après la Commune : Manet rassemble les siens au café de la Nouvelle Athènes et Degas tient son cercle au Rat Mort avec son ami Forain et les Italiens de Paris (Zandomeneghi De Nittis, Martelli). La belle unité de façade du début n’existe déjà plus !

On peut s’interroger, au-delà de leur intérêt propre, sur les raisons qui ont amené toutes ces institutions à cette célébration. À une époque où l’art contemporain est imposé dans tous les musées de France et de Navarre, n’est-ce pas là un contre-feu des conservateurs (le mot n’est pas innocent !) pour satisfaire un public toujours plus désorienté et une volonté de rétablir des valeurs traditionnelles en jouant sur le caractère révolu­tionnaire en leur temps de ces artistes ?

Gérard-Georges Lemaire


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