Le chemin caché de Modiano

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Les œuvres de Patrick Modiano semblent se dérouler dans un type d’univers improbables dont on se demande s’ils ont jamais eu une quelconque réalité. En réalité, les clés ouvrant les portes qui donnent accès au fameux « chemin caché » sont tout simplement celles de l’écriture. Le phrasé dans son apparente simplicité nous saisit dans ses rets et ne nous lâche plus. Nous sommes, à notre tour, embarqués. Et Patrick Modiano nous embarque encore et toujours dans un autre jeu, celui des formes… Par Jean-Pierre Han Lire la suite

N° 154 – Les Lettres Françaises du 9 novembre 2017

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Le numéro du mois de novembre du journal Les Lettres Françaises, n° 154, qui recense le meilleur du savoir, des arts et des lettres : Sarashina, Modiano, Nabokov, Lénine, Louis Gillet, Paul Klee, Gauguin, Derain, Jacinda Escudos, Franck Delorieux, Luke Short, Maxime Cochard, Pierre Buraglio… Lire la suite

Barceló, un peintre insulaire en Avignon


Barceló, un peintre insulaire en Avignon

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Les clefs de la bonne ville d’Avignon ont été remises à Miquel Barceló. Il y était déjà venu en 2006 avec le chorégraphe Josef Nadj pour représenter Paso doble où il fabriquait une architecture et des figures en terre cuite dans une confrontation des plus singulières. Cette fois, trois lieux lui ont été offerts pour développer toute l’étendue de son univers. D’emblée une contradiction majeure saute aux yeux : il fait de Majorque, son île natale, le centre de cet empire plastique alors qu’il s’étend de l’Afrique jusqu’à des territoires passés ou imaginaires. Dans son très bel essai, Alberto Manguel fait remarquer : « À Ma­jorque, dont le paysage et l’histoire définissent probablement en grande partie la perception du monde de Barceló, les premiers exemples d’ac­tivité humaine furent les traductions de terre en habitations pour les vivants et les morts.» La première pièce de la cartographie qui est une des pièces essentielles du puzzle esthétique qu’il a mis en scène est celle de Majorque, de sa christianisation, de sa conquête par Jaume Ier d’Aragon, qui en chasse les musulmans en 1228. Dans la chapelle revestiaire des cardinaux et dans le cloître de Benoît XII, il figure les gisants de ces grands prélats en les revêtant de masques icthyques ou effrayant les gisants des grands prélats et des souverains pontifes et en les entourant de personnages issus d’un rêve médiéval. La relation de Majorque avec la papauté installée en France au XIVe siècle est aussi représentée au sein du musée avec des peintures provenant de l’église de Santa Eulalia ou du monastère de Santa Clara : des retables ou des peintures sur panneau, exécutés par Jean de Valenciennes, le maître de la pas­sion de Majorque, le maître de la conquête de Majorque ou encore Francesco Comes, mani­festent la puissance de la foi des Majorquins et de la richesse de leur art pendant cette période fondatrice de leur nouvelle culture.

Et c’est cette culture d’hommes de la mer que Barceló a installé dans l’hôtel de Caumont avec des confrontations déroutantes entre de faux antiques avec des animaux marins, des portraits d’écrivains (Mallarmé, Modiano) d’artistes (Degas, Renoir vieux) et de très belles sculptures en plâtre et répétées en bronze avec des ânes ou des singes, les uns portant des livres, les autres évoluant au sommet d’une pile de vieux volumes et, à côté de fausses pièces ar­chéologiques en terre cuite et d’une vision hallucinée d’une bibliothèque, s’alignent des toiles avec des aubergines ou des tomates. Il y a dans ce croisement de sujets une indéniable propension à tout ramener à la spécificité de ce qui constitue ses origines.

Cosmopolite et chauvin à la fois, Barceló s’enfonce dans un paradoxe torturant, qui est une fuite en avant, et dans un porte-à-faux im­pressionnant. Terra-Mare est un périple homé­rique, souvent inspiré et picaresque qui tourne parfois au comique et au jeu d’esprit, parfois au tragique ou au grotesque. Et son oeuvre en souffre car elle peut être stupéfiante tout comme elle peut s’avérer décevante. Peut être trouvera-t-on la réponse à cette énigme dans l’autobio­graphie de l’artiste dans le catalogue…

Gérard-Georges Lemaire

Terra-mare, Miquel Barceló, chapelle du palais des Papes, collection « Lambert », musée du Petit Palais, Avignon, jusqu’au 7 novembre 2010. Catalogue : Actes Sud, 380 pages, 39 euros.

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