Léon Werth ou le mot juste

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Le journal de guerre de Léon Werth, que l’écrivain publia en 1948 sous le titre « Déposition », est riche d’appréciations sur les intellectuels collaborationnistes. Werth, qui avait aussi été journaliste, est particulièrement révolté par la compromission d’un grand nombre d’intellectuels français de l’époque… Par Sébastien Banse Continuer la lecture

Le roman d’un mouchard


Le roman d’un mouchard

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Le roman de Philippe Pivion part d’un épisode qui n’est pas souvent abordé : l’occupation du nord de la France par les armées allemandes, de 1915 à leur déroute en novembre 1918. Ce qui s’est passé ensuite pendant la Seconde Guerre mondiale a permis de jeter un voile sur cette période bien qu’à la vérité, comme en témoigne la matière historique du roman, cette occupation ait été très dure, avec son cortège de violences, d’arrestations, d’emprisonnements, d’exécutions qui touchaient tous ceux qui résistaient aux ordres de l’armée du Kaiser ou tout simplement n’y obéissaient pas. Sans vouloir comparer avec ce qui interviendra vingt ans plus tard, sous le IIIe Reich, des constantes apparaissent dans le comportement des autorités militaires en charge du territoire occupé, le degré de violence étant simplement plus faible.

C’est dans ce contexte historique plutôt mal connu mais qu’il éclaire fort bien, que Philippe Pivion installe son roman qui tourne autour d’un personnage de mouchard qui réussira à se tirer d’affaire lors de la débâcle allemande en 1918 et à faire ensuite carrière dans la haute police française, au service de Chiappe dont on sait qu’il fut un préfet de choc, zélé soutien de l’extrême droite nationaliste et maurrassienne dans les années trente. S’attachant pas à pas aux services rendus par le mouchard, le roman dévoile l’univers tortueux des émeutiers de 1934 et les coulisses des négociations entre le cagoulard Pujo, le royaliste Maurras et Chiappe, avant que l’histoire n’avance dans la période de 1939-1945. Devenu proche du tortionnaire Laffont, vivant luxueusement sur les bénéfices des dénonciations et toujours aussi habile à duper ses proches quant à la réalité de ses agissements, le mouchard vit son apothéose. Son métier n’est d’ailleurs pas une sinécure quand il touche à ce niveau et il nécessite des qualités d’intelligence pratique et un sens de la dramatisation pour éteindre les soupçons qui peuvent naître chez les proches. Il en fait preuve souvent mais l’habileté finit par céder devant le poids des faits et le fond odieux du personnage se fait jour.

Le roman de Philippe Pivion n’est pas linéaire, l’auteur ayant choisi de battre les cartes des périodes de son récit de façon à ne pas le corseter dans une trame trop fortement politique qui en aurait rabaissé l’intérêt romanesque. Les personnages sont montrés dans les tréfonds de leurs motivations et les détails de certains faits, que l’auteur estime à juste titre ignorés, sont bien intégrés au récit. Par exemple la question du traitement inique réservé aux prisonniers de guerre français juifs dans les stalags entre 1940 et 1945, ou bien celle des biens juifs séquestrés et vendus sous l’Occupation et que leurs acquéreurs ne veulent pas restituer. Peut-être, s’agissant d’événements historiques, le langage des personnages est-il à certains moments un peu trop recomposé. C’est souvent le cas dans les romans qui ont un fort substrat historique, de nombreux auteurs craignant, en n’étant pas exhaustifs dans leur propos, de rester trop allusifs et d’être incompris du lecteur.

La mort est sans scrupule n’est pas seulement un roman informatif, il est avant tout tonique. Il intéressera tous ceux qui pensent que jeter un regard en arrière est aujourd’hui toujours plus nécessaire.

François Eychart

La mort est sans scrupule, de Philippe Pivion, Éditions du Losange, Nice, 306 pages, 20 euros.

Décembre 2010 – N°77