Un si bel enfant…


 Un si bel enfant…

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Pureté : le mot est lâché en quatrième de couverture du récit de Malik Kuzman, Tout le monde aime Mohamed. Pureté ? Il fut un temps, pas si lointain, à peine quarante ans, où le mot provoquait les rires entendus et sardoniques de quelques jeunes radoteurs de l’avant-garde quand Aragon l’employait pour parler d’un jeune auteur. Et pourtant… Si ce mot fut galvaudé, il conserve sa noblesse et sa force pour qui l’emploie à dessein. Quand on cherche sa définition dans le Littré, on trouve: « qualité d’une chose pure, sans mélange », « pureté des couleurs, se dit lorsqu’elles conservent toute la force qu’elles ont naturellement, et lorsqu’elles ne sont point salies par d’autres, ou par la privation de la lumière, et par la réflexion des objets voisins », « il se dit aussi de la race, du sang », « exemption d’altération, de souillure, de corruption », « chasteté, sens auquel il s’emploie d’ordinaire absolument », « exactitude dans l’emploi, la construction des mots », pour les beaux-arts, « correction, dessin fini » et enfin « pureté du goût, délicatesse du goût, faculté de discerner les qualités et les défauts des ouvrages d’esprit ». Qu’est-ce qui peut faire rire là-dedans ? Je ne vois que la chasteté, cette vertu morbide. S’il n’en est pas question dans le récit de Kuzman, loin s’en faut, tous les autres sens s’y rejoignent.

L’auteur a pris un pseudonyme pour raconter l’histoire de son enfance et de son adolescence dans une petite ville du Maroc. Enfance et adolescence marquées par la beauté, la sienne, qu’il ne nous décrit pas mais dont il déroule les effets sur les hommes qui le voient, qui le désirent, qui le possèdent pour quelques dirhams. La beauté d’un corps sidère, subjugue, affole, enivre. Mohamed n’est pas Narcisse : dès son plus jeune âge, il prend conscience de sa beauté par le regard des autres, par les désirs qu’elle suscite. Il offre sa beauté, tout ce qu’il a, il la vend ou plutôt – le terme est trop rude, trop agressif – l’échange contre de l’argent de poche, il jouit et fait jouir. Il aime jouir et faire jouir. Il découvre et recherche le plaisir anal avec une volupté croissante, au point de se caresser l’anus avec le manche d’une brosse. Il cherche les hommes qui le cherchent. Il les accepte tous, vieux ou jeunes, beaux ou laids, riches ou miséreux. Le plaisir se prend partout et il le prend également avec les femmes, une cousine ou des prostituées. Revenons sur la pureté : d’aucuns feront les gros yeux parce que ces amours sont mercenaires, mais l’argent, dans ces rapports, n’a d’importance que pour ceux qui lui accordent une valeur fantasmatique. Quant à l’âge de Mohamed lors de ses premières expériences sexuelles avec des adultes, nous nous abstiendrons de tout commentaire – restons prudent : l’époque nous interdit d’affirmer qu’un enfant peut avoir du désir pour un adulte, qu’il peut avoir du plaisir dans cette relation et que cela peut être beau.

J’insistais dès le départ sur le vocabulaire, car il a ici une importance très particulière. Qu’on ne s’y trompe pas : Mohamed couche avec des garçons, des hommes, mais il n’est pas homosexuel. Il n’y a pas d’homosexuels dans le monde arabe, ce qui n’empêche pas les hommes de jouir entre eux et ce depuis toujours, comme en témoignent les poèmes d’Abû Nuwâs (VIIIe siècle) ou de Muhammad al-Nawâdjî (XVe siècle), auteur du magnifique recueil la Prairie des gazelles. Éloge des beaux adolescents, dont il est utile de rappeler qu’il s’ouvre par cette adresse : « Au nom de Dieu, le clément, le maître de miséricorde, dont nous implorons ici le secours ! / Louanges à Dieu, qui a créé l’homme et l’a doté de la plus heureuse constitution ! Que le salut et la bénédiction de Dieu soient sur notre maître Muhammad, auquel ont été attribuées les vertus les plus hautes, afin qu’il menât à bien sa mission auprès de la foule des créatures ! » On a très vite appris à notre petit Mohamed à se méfier des « hommes sexuels », ces étrangers qui viennent dans le Maghreb pour jouir à peu de frais de plaisirs qu’ils oseraient à peine goûter chez eux. La figure majeure de l’interdit, ce n’est pas le religieux qui lui-même profite de ses attraits, ni le regard social symbolisé par ces mômes qui l’insultent et auxquels Mohamed n’hésite pas à filer une raclée, mais c’est le père. Sans surprise. Depuis toujours, l’activité principale, majeure et parfois unique des pères est de castrer le fils. La tache, l’épreuve du fils est de briser la loi du père pour jouir. On pourrait, au passage, dire quelques mots de la fonction des mères, guère plus reluisante, mais ce n’est pas le sujet ici. Mohamed ne peut pas voir son père comme un être sexué, semblable à tous ces hommes du même âge avec qui il baise. Et si, comme lui, le père… L’auteur, malgré la découverte d’une cassette pornographique dans un magnétoscope, ne s’attarde pas sur ce point ; il l’évoque, pudiquement. À quoi bon une telle remise en cause quand sa vie est désormais ailleurs.

Les mots, c’est à eux que Mohamed se raccroche lorsqu’il a quitté le Maroc pour s’installer en France. L’urgence, la nécessité de retrouver les mots s’imposent pour conserver ce passé, cette enfance, cette adolescence disparus dans l’exil. Le récit se termine par cette question du vocabulaire : « Comment s’appelle la poignée de thé qu’on met dans la théière? J’ai gonflé mes poumons, et le mot est sorti. » Le mot choisi, le récit sont là pour sauver ce passé souvent difficile mais illuminé par cette pureté sur laquelle nous voulons tant insister.

Cela passe par l’autre. Des incises évoquent un personnage, un Français, dont on découvre au fur et à mesure qu’il fut son amant, qu’il lui permit de s’installer en France où il connaîtra la misère, le travail abrutissant mais aussi une femme à qui il fera un enfant. Mohamed s’adresse à cet amant, à cet ami en le tutoyant. C’est à lui qu’il se confie, c’est pour lui qu’il fait le récit de sa vie, de ses expériences sexuelles. La présence de cet interlocuteur à qui il déroule sa vie en l’enregistrant sur un magnétophone pose une question : comment le livre a-t-il été écrit ? Comment l’auteur est-il passé du cancre dont les seules lectures, hormis quelques sourates du Coran, sont des bandes dessinées, au statut d’écrivain? Peu importe. Ce passage pourrait être l’objet d’un livre à venir, mais celui-ci se suffit à lui-même. Car Tout le monde aime Mohamed est écrit et, malgré quelques petites faiblesses qu’aurait pu corriger l’éditeur, bien écrit.Le style est souple, précis, rieur et joueur, grave et profond parfois. Les phrases coulent avec netteté et fluidité, emportant le lecteur avec quelques sourires devant les tournures d’une délicieuse candeur ou une adresse de gosse qui joue aux billes.

Qu’advient-il du lecteur dans le jeu entre le narrateur et l’interlocuteur ? Il se retrouve voyeur à la fois d’un récit et d’un texte qui ne lui est pas adressé et dont, pourtant, il se délecte. Il se retrouve voyeur d’une « exemption d’altération, de souillure, de corruption » et cela le réjouit parce qu’ainsi, il passe du pervers à l’œil torve au témoin de la grâce, du plaisir et de la joie, de l’expansion de la vie.

Franck Delorieux

Tout le monde aime Mohamed, de Malik Kuzman, Éditions Léo Scheer. 304 pages, 20 euros.

Les ultimes fascinations pour l’Orient


Les ultimes fascinations

pour l’Orient

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Fortuny - revue culturelle et littéraire les lettres française orient

Marroco - Aquarelle

Les peintres orientalistes ne sont plus à la mode. Il est vrai qu’ils appartiennent à un monde révolu et que la notion d’Orient a beaucoup évolué. La réalité qu’ils transposaient dans leurs peintures au XIXe siècle n’a plus rien à voir avec celle que nous connaissons. Ces artistes ont été amenés à traverser la Méditerranée, à parcourir des déserts, à affronter des dangers, à se plonger dans l’esprit et la lettre de la culture musulmane, à pousser toujours plus loin vers l’Est, jusqu’aux rives de l’Indus comme Alexandre le Grand, ils représentent des expériences très diverses. Leur intérêt a pu être strictement anthropologique, ou commandé par le goût du dépaysement et de l’exotisme. Eugène Delacroix y a trouvé quelque chose d’aussi grand que l’Antiquité classique, mais à portée de main. D’autres, comme Ingres ou Gérôme, un idéal libidineux, une pure fantasmagorie érotique…

Entre tous ces aventuriers de l’esthétique, Jean-Louis Augé, conservateur en chef des musées de Castres, a voulu exhumer la figure pour le moins attachante de Mariano Fortuny y Marsal, le père de ce Fortuny qui, à Venise, a été l’un des grands maîtres de la mode de la Belle Époque. Ce Catalan né en 1838 a subi l’influence du Costumbrismo des romantiques espagnols. Brillant élève à l’Académie des beaux-arts de Barcelone, il reçoit une bourse pour achever ses études à Rome entre 1858 et 1860. Puis la Députación l’envoie au Maroc pour suivre la campagne militaire du général Joan Prim. Alors qu’il dessinait les victoires du corps expéditionnaire, il se passionna pour la culture marocaine : il se vêtit à la façon des autochtones et apprit l’arabe. Il dut retourner à Rome, mais obtint une autre bourse pour travailler quatre mois à Tétouan, en 1862. Sitôt rentré dans son atelier romain, il peignit la Bataille de Tétouan, puis la Bataille de Wad-ras. Il se mit à collectionner des antiquités hispano-mauresques et exploita ce filon qui lui valut un franc succès et l’intérêt du grand marchand Alfred Goupil, qui exigea delui une exclusivité. Tout en voyageant dans toute l’Europe, Fortuny s’attacha longtemps à ces sujets orientalistes, comme la Fantasia arabe et le Chamelier. En Espagne, il vécut un temps à Grenade et fut ébloui par l’Alhambra, qui raviva son goût pour le monde arabe. S’il a élargi considérablement l’arc de ses passions, ce dernier n’a jamais cessé de l’attirer jusqu’au jour où, près de Naples, la malaria le frappa en 1874. André Maire est presque un cas, mais à l’opposé de Fortuny. Il se spécialise dans l’art orientaliste alors que la grande majorité des artistes de son temps s’en détournent : Klee, Marc, Matisse, Camoins et tant d’autres traduisent leur rencontre avec l’Orient par des manifestations plastiques et assez peu par le biais des sujets qu’ils abordent. Il subit l’influence d’Émile Bernard, ami de Van Gogh et de Gauguin, qui était allé vivre en Égypte de 1903 à 1906. Versé dans l’infanterie coloniale, André Maire découvre l’Indochine et décide de rester à Saigon pour y enseigner. Il s’initie alors à la pratique de la sépia si bien que, de retour en Europe, quand il expose àla galerie Pesaro de Milan, en 1922, le dessin tient une place importante. Quatre ans plus tard, il montre une centaine d’oeuvres sur Angkor et sur l’Italie àla galerie Charpentier et publie un livre sur l’Indochine avec 40 gravures. Ses visions de l’Asie du Sud-Est sont à la fois méticuleuses et oniriques. Mais il n’embrasse pas la cause de l’art moderne qui, de Kandinsky à Marquet, était allé chercher en terre étrangère de nouvelles incitations plastiques. Quand il se rend à Venise, en 1927, il la traduit dans des termes oniriques. Plus le temps passe, plus il traite ses sujets avec une grande liberté. Il simplifie les traits dans ses dessins d’Égypte et d’Espagne et, lorsqu’il se rend en Inde en 1939, il accentue le caractère irréel de ce qu’il y voit, comme le Bouddha dormant veillé par son disciple favori. Allant une dernière fois contempler les ruines fastueuses d’Angkor au début des années 1950, ses dessins métamorphosent les temples sculptés en replaçant les statues du musée de Phnom Penh dans leur contexte original. C’est ainsi qu’il a été le champion d’un art franchement « à rebours », qui ne repose plus que sur la nostalgie et le rêve…

 

 

Giorgio Podestá

« Fortuny, oeuvres graphiques dans les collections du musée Goya », musée Goya, 176 pages, 30 euros.
 « André Maire, la Piscine », musée d’Art et d’Industrie, Roubaix, jusqu’au 1er février 2009. Catalogue : Loredana Harscoët-Maire, Gallimard, 176 pages, 35 euros.
 

N°55 – Janvier 2009


D’amour et de haine


D’amour et de haine

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Le récit d’Anouar Benmalek commence par un cri, celui de la mère de l’auteur – « Ce matin de mai, vers dix heures, tu as hurlé de douleur, d’une voix particulièrement aiguë : “Écartez-vous de moi, écartez-vous de moi !”… » – juste avant qu’elle ne meure : « Et, d’un seul coup, dans une grande explosion de souffrance, tu es morte. » Ce cri de douleur, cette explosion de souffrance, ce sont aussi ceux du fils, on le comprendrait à moins, pourtant la suite du récit apportera d’utiles précisions sur son attitude. C’est effectivement avec une rage non dissimulée qu’Anouar Benmalek jette tout cela sur le papier. Rage devant l’inéluctable de la nature humaine ? Sans doute, encore qu’il y a, chez lui, la parfaite acceptation de notre condition. Alors ? La mort de la mère et les souffrances la précédant auraient pu être différées si seulement son mal avait été détecté un peu plus tôt et si elle avait été correctement soignée, toutes choses impensables dans l’Algérie d’aujourd’hui, semble-t-il : les quelques épisodes « médicaux » que narre Anouar Benmalek sont terrifiants. Ils ne sont, hélas, que l’un des nombreux signes de la dégénérescence du pays qui a sombré, dans les années 1990, dans la folie meurtrière. Rage encore de l’auteur qui a « raté » la mort de sa mère : il était à l’étranger où il s’est exilé et il est arrivé trop tard (« Pardon, maman, je n’étais pas là quand tu as rendu ton dernier souffle », or c’était « le seul (moment) de ta vie que je n’avais pas le droit de rater »…), comme il est arrivé trop tard pour la mort de son père.

Pourtant Tu ne mourras plus demain, et à cet égard le titre est on ne peut plus clair, est avant tout une lettre d’amour – un amour qu’il n’a pas su dire comme il convenait, mais le peut-on jamais ? – de l’auteur à la disparue. Oui, l’amour comme envers de la rage. Anouar Benmalek s’adresse directement à sa mère. Cette lettre à la mère se doublera bientôt d’une lettre au père, bien moins féroce que celle de Kafka au sien, parce qu’em- preinte malgré tout d’une immense tendresse. À partir de là Benmalek remonte le temps dans des « pages affamées de passé », et reconstitue son roman familial, et quel roman ! Avec des protagonistes qui sont de véritables figures de fiction (« que d’invraisemblances dans nos vies ! ») : une grand-mère maternelle suisse autrefois trapéziste en tournée au Maroc, et qui épousera un enfant du pays tombé en admiration devant elle, l’artiste de cirque. Lui-même, probable fils d’une esclave peule, wolof ou soninké… Un père, passionné de théâtre, qui fuira Constantine pour s’installer au Maroc où il rencontrera de manière tout à fait romanesque celle qui deviendra sa femme, la mère d’enfants qui s’égailleront pour la plupart à l’étranger, en exil… et bien d’autres personnages tout aussi hauts en couleur. Ce qui se dessine en creux derrière ces descriptions volontairement laconiques, ce sont des pans entiers de l’histoire de l’Algérie et du Maroc contemporains. Ce « petit » livre, aux antipodes des sagas coutumières de l’auteur, est précieux à plus d’un titre : il met au jour la tragédie d’exister, et son bonheur aussi, à travers la recherche d’une écriture qui, enfin, pour dire l’indicible, ne bégayerait plus. Mais est-ce possible ?

Jean-Pierre Han

Tu ne mourras plus demain, d’Anouar Benmalek, Éditions Fayard. 180 pages, 17 euros.

Octobre 2011 – N°86


Le langage-souvenir de Vazquez


Le langage-souvenir de Vazquez

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C’est loin de Tanger qu’Angel Vazquez trouva l’inspiration nécessaire à rendre un hommage à la ville qui l’avait vu naître. Exilé en Espagne dans les années 60, il publia ce roman, son troisième et dernier,en 1976, quatre ans avant sa mort. Qu’il n’ait pas été traduit plus tôt ne préjuge pas de sa qualité ou de son importance. C’est au contraire un hommage au travail de Vazquez, qui s’appliqua à rendre dans toute son authenticité cette langue tangéroise, hybride et unique, baptisée Hakétia, mélange et somme de toutes les influences que la ville a subies au cours de son histoire mouvementée.

Juanita Narboni, la narratrice de sa propre histoire, parle cette langue vernaculaire, importée par les Juifs sépharades installés au Maroc et transformée par la présence espagnole dans le Rif. Vazquez s’est employé à reconstituer ce castillan mâtiné d’hébreu, augmenté d’arabe dialectal, mais aussi d’expressions françaises importées au temps où le pays faisait partie de la sphère d’influence de l’empire colonial. On y trouve même quelques  bribes d’anglais puisque Juanita est britannique, par son père. Mais au-delà de la nationalité, elle appartient tout entière à Tanger. Comme elle le dit elle-même, « Cette histoire d’être Anglaise-Espagnole, ou Espagnole-Anglaise… Autrefois, ça n’existait pas, on disait : « Je suis Tangéroise » et voilà tout ».

Cette tour de Babel n’existe qu’à l’oral. C’est pourquoi Juanita ne livre pas un récit traditionnel, mais un long soliloque, qui mêle le monologue intérieur et le dialogue. Juanita parle à ceux qu’elle rencontre, à elle-même, à sa mère, vivante puis morte, sans interruption, sans distinction, sans même séparer les rêves de la réalité. Ne suivant que le fil de sa pensée vagabonde, au rythme de ses pérégrinations dans la ville, elle lie ses souvenirs et le présent, et son histoire personnelle fait revivre les époques cruciales de la cité : son rayonnement sous le ‘Statut International’, la Seconde Guerre mondiale avec son flot de réfugiés, l’occupation espagnole, le rattachement, enfin, au Maroc indépendant.

Juanita n’analyse jamais les évènements qu’elle traverse. Incapable de leur donner du sens, elle court après sa vie, sa chienne de vie, sans cesser de se moquer, de se plaindre, et surtout de regretter. La dernière partie du roman est doublement déchirante. Tout ceux que Juanita a aimés sont partis, et dans sa vieillesse solitaire, elle voit disparaître le monde qu’elle a toujours connu. Lorsqu’elle évoque encore, pêle-mêle, les fêtes juives et le chant du muezzin, les patisseries marocaines et le thé anglais, les églises italiennes et le Lycée Français, ce Tanger cosmopolite où les Européens régnaient, elle sait déjà que tout ça n’existe plus que dans ses souvenirs qui s’éloignent.

« Des images, ce ne sont que de simages dans l’ombre, comme sur un écran dans la pénombre d’un cinéma… »

Sébastien Banse

Angel Vazquez, La chienne de vie de Juanita Narboni, Rouge Inside éditions, 2009, 350 pages, 20 euros.