Kristen Roupenian, la part inavouée du désir

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Dans le recueil de nouvelles que Kristen Roupenian publie aujourd’hui, « You know you want this », l’écrivaine poursuit son exploration de la part indicible, inavouée, du désir, qui semble d’autant plus impérieuse qu’elle est médiatisée par des images… Par Sébastien Banse Continuer la lecture

Les ambiguïtés de Kathy Acker

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Une écriture violente, des sujets scabreux, un érotisme à fleur de peau : on a là tous les ingrédients d’une littérature iconoclaste et scandaleuse. Mais il ne faut pas se fier à la surface des choses. Kathy Acker était un écrivain qui recherchait les limites de l’art de la fiction et n’hésitait pas à les transgresser… Par Gérard-Georges Lemaire Continuer la lecture

Nelson Algren : Sweet home Chicago

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Nelson Algren, né en 1909 dans une famille de la classe ouvrière, a grandi dans les quartiers populaires de Chicago, et ni ses penchants intellectuels ni le succès de sa carrière littéraire ne l’ont détourné des marginaux, des perdants, des réprouvés dont il a peuplé ses livres. « Chicago », ode à la « ville aux grandes épaules », compte parmi ses meilleurs ouvrages… Par Sébastien Banse Continuer la lecture

Burroughs, le pirate, les lémuriens et Dieu

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Dans « L’ombre d’une chance », publié en 1991, William Burroughs s’empare d’un sujet encore brûlant d’actualité : l’extinction de l’une des plus anciennes branches de primates, les lémuriens qui peuplent l’île de Madagascar. Ce récit aussi bref que poignant tourne au réquisitoire contre l’espèce humaine, dénommée ici « Homo Sagouin », et son Créateur… Par Quentin Margne Continuer la lecture

James Baldwin : la bataille de l’amour

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Plusieurs rééditions de livres de James Baldwin ont récemment ramené l’écrivain américain au premier plan en France, son pays d’adoption. Par sa recherche d’une identité et son exploration sans fard des questions de race et de genre, Baldwin, trente ans après sa mort, est toujours un écrivain pour notre temps. Continuer la lecture

Evan S. Connell : un couple, deux solitudes.

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Les éditions 10/18 republient « Mrs. Bridge » et « Mr. Bridge », deux romans de l’écrivain américain Evan S. Connell consacrés respectivement à l’une et à l’autre moitié de ce couple d’Américains de la bourgeoisie de Kansas City dans l’entre-deux-guerres. Avec beaucoup de talent et de subtilité, Connell va débusquer des personnages derrière le masque des conventions… Par Sébastien Banse Continuer la lecture

Robert McAlmon : I love Paris in the springtime

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« La Nuit pour adresse » de Maud Simonnot fait revivre en Robert McAlmon, un des plus sympathiques et des plus brillants écrivains anglophones vivants à Paris dans les années 20. Le fait que sa réputation se soit par la suite estompée est caractéristique de notre histoire intellectuelle qui privilégie les auteurs à succès et relègue les autres dans une sorte de brouillard… François Eychart Continuer la lecture

America : les Etats-Unis lus et relus

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C’est l’Amérique convenue, l’Amérique réduite à des petites cases et qui répond d’avance à un fantasme français des Etats-Unis : des intellectuels s’opposent au milliardaire vulgaire en racontant la vie des hobos, rednecks et autres losers qui détiennent, en eux-mêmes et sans le savoir, la critique du système. « L’Amérique comme vous ne l’avez jamais lue » ? Plutôt cent fois déjà… Par Sébastien Banse. Continuer la lecture

Le Spartacus révolutionnaire d’Howard Fast

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Modelé politiquement par le programme progressiste du Front Populaire, Fast ne fut pas un théoricien ni un avant-gardiste, mais un raconteur talentueux qui s’est illustré dans le genre de la fresque historique. Les éditions Agone remettent aujourd’hui à disposition Spartacus, un livre qui s’inscrit dans une lignée d’ouvrages de Fast sur la servitude et la liberté… Par Sébastien Banse Continuer la lecture

John Williams : Révélation américaine


Révélation américaine

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Il faudra écrire un jour l’histoire de la redécouverte des livres oubliés. Stoner y figurerait en bonne place. Lui n’aura mis que cinquante ans pour franchir l’Atlantique et trouver sa traductrice française, Anna Gavalda. Elle fut alertée par une interview de Colum McCann dans The Guardian. L’auteur irlandais du Chant du coyote, lui-même intrigué par la réédition en 2006 de l’ouvrage en anglais préfacé par son compère John McGahern, raconte l’émoi qui fut le sien à la lecture de cette destinée d’un fils de fermier devenu professeur d’université à Columbia dans le Missouri, à telle enseigne qu’il en acheta une cinquantaine d’exemplaires destinés à ses amis. De quoi alimenter une légende. Une admiration contagieuse qui porte manifestement ses fruits. Car le roman mérite plus qu’un détour. Il plaira à celles et à ceux qui placent les livres et la littérature au-dessus de tout. Ce qui n’aurait pu être qu’une trajectoire de plus dans cette fabuleuse histoire des trajectoires inattendues que nous propose le roman américain est remarquable par la peinture qu’il donne du siècle dernier à travers le portrait d’un homme que tout conduit à rester l’esclave de la terre ingrate qui nourrit à peine ses parents. Le début est simple: un conseiller rural rend visite à la famille Stoner. Le père à son fils : « Y dit qu’y z’ont une nouvelle école à l’université de Columbia… Faculté d’agriculture qu’y z’appellent ça… Y dit qu’tu d’vrais y aller… Qu’ça prend quatre ans… » L’enfant s’inquiète du prix à payer. Le père consent à envoyer deux ou trois dollars par mois. « Ta m’man et moi, on s’en tir’ra. »

L’aventure commence. Le gosse fait les soixante kilomètres à pied. Le voilà à la ville. Il est hébergé par de vagues cousins, peu amènes. Le hasard s’en mêle comme dans toute vie. À Columbia, en fait d’agriculture, il découvre Shakespeare. C’est la révélation. La littérature le passionne, le happe, le dévore. Il n’est pas un génie. Il travaille comme un bagnard. Il a le courage et la curiosité insatiable des défricheurs et des affamés. Il apprivoise les langues grecques et latines. Il devient spécialiste de la langue anglaise médiévale et renaissante. Il se lie d’amitié avec plus riches que lui. Quand la Grande Guerre éclate, ses amis s’engagent. Il reste, en fidèle soldat des belles-lettres, commet des livres qui n’obtiennent aucun succès. Sa passion est remarquée. On lui propose un poste. Il accepte. Pendant qu’il peaufine ses cours, corrige ses copies, anime des séminaires dans le microcosme de son village universitaire d’adoption, la grande histoire dévore pays et vivants. Tout près, la crise financière et la récession font rage. Puis l’autre guerre, fille terrible et terrifiante de la première, décime les promotions d’étudiants. Il souffre devant « des listes de noms de soldats morts » qui « défilaient sous ses yeux. Parfois c’était seulement un patronyme qui lui disait vaguement quelque chose, parfois il pouvait y associer un visage et, d’autres fois, un mot, une voix résonnaient encore ». Malgré ce gâchis, il tient « son sillon », étudie et enseigne, enseigne et étudie. Les tourmentes ne l’épargnent pas : mariage raté ; fille veuve aussitôt que mariée, mère et alcoolique ; collègues jaloux, humiliations, marginalisation. Ce Christ de l’université danse au bord des abîmes. On pourrait penser à une de ces vies ratées magnifiées par les littératures réalistes. C’est tout le contraire : sa vie d’abnégation est visitée par les éblouissements. Car même un amour impossible reste un amour, car même une paternité douloureuse reste une paternité, car la révélation des livres et de la culture reste à jamais une révélation.

Jean-François Nivet

Stoner, de John Williams, traduit de l’anglais (États-Unis) par Anna Gavalda.
Éditions Le Dilettante, 384 pages, 25 euros.