Le Festival d’Avignon sous le signe de la saturation

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À se remémorer les spectacles vus au dernier festival d’Avignon, la première réflexion qui vient à l’esprit concerne bien la sur-saturation des images et du son de la majorité d’entre eux (les deux étant le plus souvent mixés) et qu’à ce stade, la question du silence se pose avec acuité. Le phénomène n’est certes pas nouveau, il atteint simplement désormais un point culminant… Par Jean-Pierre Han Lire la suite

N° 147 – Les Lettres françaises du 12 avril 2017

Au sommaire du numéro 147 des Lettres Françaises : la littérature vietnamienne, par Jean-Pierre Han et Doan Cam Thi ; René de Ceccatty, par Josyane Savigneau ; Maïakovski, par Victor Blanc ; Francis Scott Fitzgerald, par Christophe Mercier ; l’Allemagne et le XXe siècle artistique, par François Eychart ; Jardins et paysages, par Philippe Reliquet ; Bertolt Brecht, par Jean-Pierre Han…

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Le monde sous le signe de Shakespeare

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La parution de ces deux derniers volumes des comédies de Shakespeare dans la Pléiade est accompagnée de celle de l’album consacré cette année au dramaturge anglais. L’exercice – c’en est un véritablement que de faire tenir en un peu moins de 250 pages la vie et l’œuvre d’un auteur – a été confié à Denis Podalydès, le comédien, metteur en scène et scénariste bien connu qui est aussi, ne l’oublions pas, écrivain. L’idée était excellente, le résultat des plus réussis. Lire la suite

Une nouvelle sonate des spectres

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En 2011, dans le lieu magique du Performing Arts Center de Shizuoka au Japon, un superbe village théâtral à flanc de colline qu’il fréquente régulièrement, Jenneteau avait déjà mis en scène La Ménagerie de verre de Tennessee Williams avec des comédiens japonais, dans une scénographie parlante bien évidemment conçue par lui. Il y revient cette fois-ci dans le même dispositif réduit à l’essentiel mais avec une distribution française que Dominique Reymond marque de son indélébile empreinte… Par Jean-Pierre Han Lire la suite

Pommerat ou la revanche de la fiction

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La voici donc cette grandiose épopée tant attendue après avoir été travaillée aussi longuement dans les conditions de production actuelle (laquelle production est d’ailleurs, comparée à se qui se passe pour le commun des équipes théâtrales, faramineuse)… Par Jean-Pierre Han Lire la suite

Un théâtre de connivence


In vitroÀ la fin des années 1990 – c’était au siècle dernier –, sans qu’il y ait eu la moindre concertation, théoriciens et praticiens de théâtre se (re)posèrent la question de savoir à quoi pouvait bien servir le théâtre. Quatre ou cinq ouvrages vinrent étayer ce questionnement. Le théâtre est-il nécessaire ? se demanda Denis Guénoun. À quoi sert le théâtre ? insista Sylviane Dupuis. Plus pragmatique, le journaliste Jean-Pierre Thibaudat (il officiait à l’époque à Libération) recueillit un certain nombre de textes de metteurs en scène accompagnés d’Alain Badiou sous le titre de Où va le théâtre ? Plus d’une décennie plus tard une réponse cinglante nous vient d’un plateau occupé par une jeune équipe, un collectif bien évidemment – c’est dans l’air du temps – tout de même dirigé par son metteur en scène, Julie Deliquet. « À rien ! » (on évitera d’entrer dans le débat de la dépense improductive selon Georges Bataille !). C’est très exactement ce que nous donne à entendre son dernier spectacle, Catherine et Christian (fin de partie), un additif au triptyque qu’elle avait présenté l’année dernière sous la même égide du Festival d’automne dont on pourra toujours louer l’obstination à accompagner une compagnie émergente, autre appellation très prisée par la ministre de la Culture et les médias.

J’avais, à l’époque, émis les plus grandes réserves concernant le triptyque qui réunissait La Noce de Brecht, Derniers remords avant l’oubli de Jean-Luc Lagarce ainsi qu’une création collective, Nous sommes seuls maintenant. Nous y revoilà donc, sans auteur reconnu (ce qui évitera aux dits auteurs d’être massacrés), sans texte a-t-on envie d’ajouter, car ce qui est émis sur le plateau – ce quotidien le plus quotidien, les petites choses de la vie – est sans doute l’émanation d’improvisations ; quant à une quelconque écriture après coup… J’avais également parlé à propos de pratiquement tous les spectacles des équipes émergentes de « syndrome de la table ». Nous sommes servis cette fois-ci, si je puis dire, puisque nous sommes conviés dans une salle de restaurant emplie de nombre de petites tables, six en tout que l’on peut bien sûr rassembler pour former une fameuse grande table… Mais passons sur la désignation d’un lieu précis, et revenons au propos du collectif In Vitro. Habiles dans leur discours hors plateau – c’est une autre caractéristique de ces jeunes équipes – In Vitro poursuit, dit-il, et achève son cycle générationnel entamé avec la Noce de Brecht décalé aux années 1950, pour en arriver à aujourd’hui, en faisant donc table rase du passé et sans doute enfin vivre le présent, voire tourner son regard vers l’avenir (dans un prochain spectacle ?). Une « fin de partie » donc qui n’a cependant rien de beckettienne.

Tout cela est fort bon, mais qu’avons-nous sur le plateau ? Des petites histoires de famille (pas de n’importe quel milieu quand même) juste après l’enterrement de la mère. Retrouvailles et chamailleries avec évocation des jours anciens plus ou moins heureux. Pas de quoi fouetter un chat ! Comme Julie Deliquet et ses camarades n’en sont désormais plus à leurs balbutiements (encore que), l’affaire est relativement bien ficelée. Rien de scandaleux dans leur travail bien sûr, même si celui-ci relève du savoir-faire, rien que du savoir-faire. Pour le reste… Ces historiettes sans intérêt (il y en a plusieurs enchâssées les unes dans les autres) finissent par nous laisser de marbre. On a beau se creuser la tête et se demander quel est l’enjeu d’un tel déploiement, rien n’y fait. Au fil de la représentation l’ennui gagne, ce qui se passe sur le plateau, dans une éternelle répétition du propos et du jeu lassent par leur convenu absolu. Les acteurs, ils sont onze sur le plateau, évoluent plutôt bien dans ce convenu ; quel autre registre pourraient-ils, ont-ils envie d’explorer ? Ils tournent donc en rond dans leur petit registre.

On me dira que la comparaison est écrasante et qu’elle n’aurait pas lieu d’être, mais difficile de ne pas évoquer ici le récent chef d’œuvre de Krystian Lupa avec Des arbres à abattre d’après Thomas Bernhard. Ce spectacle réunit aussi une famille, « intellectuelle » celle-là, pour un dîner après l’enterrement d’une amie commune, une comédienne qui s’est suicidée et que l’on a pu voir en vidéo en début de sepctacle. Le narrateur qui a eu la faiblesse d’accepter l’invitation est là, présent sur scène. On a donc un authentique point de vue sur le déroulement de la soirée. Ce narrateur, c’est Thomas Bernhard lui-même, le grand écrivain que l’on sait, en parfaite osmose avec le metteur en scène Kristyan Lupa que l’on ne présente plus. Quant aux comédiens ils sont étourdissant, sachant jouer de tous les registres, eux… Un texte d’une force et d’une férocité incroyables mis en valeur par un metteur en scène et des acteurs au talent époustouflants, en somme tout ce qui manque à Catherine et Christian (fin de partie)

Jean-Pierre Han

Catherine et Christian (fin de partie) par le collectif In Vitro. Mise en scène de Julie Deliquet. Festival d’automne. Théâtre Gérard-Philipe jusqu’au 16 octobre, puis tournée à Villejuif, Marne-la-Vallée, Choisy-le-Roi. Tél. : 01 48 13 70 00. 

N° 102 – Les Lettres Françaises du 7 mars 2013

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Au sommaire du numéro 102 : Dossier « Littérature Vietnamienne : une ouverture sur le monde », par Doan Cam Thi, Do Kh., et Jean-Pierre Han ; Arno Schmidt, par Marie-Noël Rio ; Pascal Quignard, par Jean Ristat ; Claude Simon, par Gérard-Georges Lemaire ; Marianne Alphant, par Christophe Mercier ; Gabriel Matzneff, par Franck Delorieux ; Jude Stefan, par Victor Blanc ; Philippe de La Genardière, par Marc Sagaert ; Ludwig Binswange, par René de Ceccatty… Lire la suite

Rencontre Jean-Pierre Han et Abdellatif Laâbi le 29 novembre

Le 29 novembre 17h30 rencontre entre Jean-Pierre Han et Abdellatif Laâbi à la Librairie Kléber de Strasbourg.

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revue culturelle littéraire les lettres francaises Abdellatif-Laâbi

Abdellatif Laâbi

Poète, romancier, essayiste, traducteur, Abdellatif Laâbi est sans conteste l’une des hautes consciences de notre temps. Enfin reconnue en France (Laâbi écrit en français) son œuvre est couronnée de maints prix littéraires importants comme le Goncourt de la Poésie en 2009 et le grand prix de la Francophonie de l’Académie française 2011. Dans une conversation avec Jean-Pierre Han, rédacteur en chef des Lettres françaises, Abdellatif Laâbi évoque ses engagements, sa vision de la culture et la question démocratique au Maroc. C’est dans le cadre du festival Strasbourg-Méditérranée qu’est proposé ce débat sur la thématique suivante:  Le Maroc : quel projet démocratique? 

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Rencontre entre Jean-Pierre Han et Abdellatif Laâbi le 29 novembre 2011 à la Librairie Kléber
1, rue des Francs Bourgeois 67000 Strasbourg
Tel : 03 88 15 78 88 à 17h30.

D’amour et de haine


D’amour et de haine

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Le récit d’Anouar Benmalek commence par un cri, celui de la mère de l’auteur – « Ce matin de mai, vers dix heures, tu as hurlé de douleur, d’une voix particulièrement aiguë : “Écartez-vous de moi, écartez-vous de moi !”… » – juste avant qu’elle ne meure : « Et, d’un seul coup, dans une grande explosion de souffrance, tu es morte. » Ce cri de douleur, cette explosion de souffrance, ce sont aussi ceux du fils, on le comprendrait à moins, pourtant la suite du récit apportera d’utiles précisions sur son attitude. C’est effectivement avec une rage non dissimulée qu’Anouar Benmalek jette tout cela sur le papier. Rage devant l’inéluctable de la nature humaine ? Sans doute, encore qu’il y a, chez lui, la parfaite acceptation de notre condition. Alors ? La mort de la mère et les souffrances la précédant auraient pu être différées si seulement son mal avait été détecté un peu plus tôt et si elle avait été correctement soignée, toutes choses impensables dans l’Algérie d’aujourd’hui, semble-t-il : les quelques épisodes « médicaux » que narre Anouar Benmalek sont terrifiants. Ils ne sont, hélas, que l’un des nombreux signes de la dégénérescence du pays qui a sombré, dans les années 1990, dans la folie meurtrière. Rage encore de l’auteur qui a « raté » la mort de sa mère : il était à l’étranger où il s’est exilé et il est arrivé trop tard (« Pardon, maman, je n’étais pas là quand tu as rendu ton dernier souffle », or c’était « le seul (moment) de ta vie que je n’avais pas le droit de rater »…), comme il est arrivé trop tard pour la mort de son père.

Pourtant Tu ne mourras plus demain, et à cet égard le titre est on ne peut plus clair, est avant tout une lettre d’amour – un amour qu’il n’a pas su dire comme il convenait, mais le peut-on jamais ? – de l’auteur à la disparue. Oui, l’amour comme envers de la rage. Anouar Benmalek s’adresse directement à sa mère. Cette lettre à la mère se doublera bientôt d’une lettre au père, bien moins féroce que celle de Kafka au sien, parce qu’em- preinte malgré tout d’une immense tendresse. À partir de là Benmalek remonte le temps dans des « pages affamées de passé », et reconstitue son roman familial, et quel roman ! Avec des protagonistes qui sont de véritables figures de fiction (« que d’invraisemblances dans nos vies ! ») : une grand-mère maternelle suisse autrefois trapéziste en tournée au Maroc, et qui épousera un enfant du pays tombé en admiration devant elle, l’artiste de cirque. Lui-même, probable fils d’une esclave peule, wolof ou soninké… Un père, passionné de théâtre, qui fuira Constantine pour s’installer au Maroc où il rencontrera de manière tout à fait romanesque celle qui deviendra sa femme, la mère d’enfants qui s’égailleront pour la plupart à l’étranger, en exil… et bien d’autres personnages tout aussi hauts en couleur. Ce qui se dessine en creux derrière ces descriptions volontairement laconiques, ce sont des pans entiers de l’histoire de l’Algérie et du Maroc contemporains. Ce « petit » livre, aux antipodes des sagas coutumières de l’auteur, est précieux à plus d’un titre : il met au jour la tragédie d’exister, et son bonheur aussi, à travers la recherche d’une écriture qui, enfin, pour dire l’indicible, ne bégayerait plus. Mais est-ce possible ?

Jean-Pierre Han

Tu ne mourras plus demain, d’Anouar Benmalek, Éditions Fayard. 180 pages, 17 euros.

Octobre 2011 – N°86


Un festival de combat


Un festival de combat

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C’est peu dire que nos gouvernants actuels ne s’intéressent guère à la francophonie. Il suffit de voir ce qui se passe dans nos centres culturels à l’étranger. Alors, pour ce qui est de la francophonie, et plus encore des francophonies, sur nos propres terres, en Li­mousin par exemple, où depuis vingt-huit ans maintenant se tient un festival d’un intérêt et d’une qualité que plus personne ne lui dénie… Résultat, le ministère des Affaires étrangères que dirige (vraiment ?) Bernard Kouchner a baissé sa subvention de 20 % ; autant dire que la manifestation que dirige Marie-Agnès Sevestre a vraiment du plomb dans l’aile, si on veut bien considérer que ce n’est pas franchement du côté du ministère de la Culture qu’elle pourra trouver un supplément d’aide… Savoir que ce n’est pas seulement le festival qu’elle dirige qui se trouve dans cette impasse ne la consolera sûrement pas…

C’est donc une sorte de petit miracle que les « Francophonies », comme on les surnomme puissent, grâce à la ténacité de ses responsables, poursuivre sa route cette année, et continuer à être un formidable lieu de rencontres foison­nantes d’hommes et femmes, artistes, écrivains ou non, de cultures différentes ce qui, là encore, n’est guère dans l’air du temps (de nos diri­geants s’entend). On comprendra aisément que l’éditorial du programme du festival que signe Marie-Agnès Sevestre, ait une tonalité plus radicale que d’ordinaire dans ce genre de pu­blication. Et si, comme elle l’écrit, « construire un festival, dans ce contexte (qu’elle vient de décrire – NDLR), relève d’une sorte de défi, d’inconscience pour tout dire… », suivons-la dans ce défi et cette inconscience, comme nous ne pouvons que la suivre lorsqu’elle affirme (c’est le titre de son édito) vouloir offrir « la jouissance du verbe dans un monde incertain »…

Ce combat, cette radicalité se retrouvent dans la programmation qui a dû être resserrée sur dix jours seulement, du 23 septembre (jour de grève et de manifestations nationales : tout un symbole !) jusqu’au 2 octobre (autre jour de manifestation). Avec en ouverture « théâtrale », un spectacle québécois de Louis Mauffette, Poé­sie, sandwichs et autres soirs qui penchent, un spectacle de poésies (Marie-Agnès Sevestre tient parole, si on ose dire, concernant la « jouissance du verbe »), avec plus de vingt acteurs pour clamer et jouer Rimbaud, Aragon, Joyce, Tsve­taïeva et quelques autres. Un beau pied de nez aux « assis » de toutes sortes et de tous bords, malheureusement pas toujours convaincant, et même, à certains égards, plutôt naïf et convenu. Mais enfin le « la » était donné. Aux antipodes de cette « foire » poétique, le Corps blanc, de la chorégraphe Ea Sola, est apparu d’une rigueur extrême, bâti à partir du texte d’Étienne de La Boétie, Discours de la servitude volontaire. Il aura donc fallu que ce soit une artiste vietna­mienne qui nous restitue, à sa belle manière, ce texte majeur écrit par un jeune homme de seize ou dix-huit ans aux alentours de 1548, dans un pays en proie aux troubles religieux… Le résultat sur le plateau (le spectacle avait été créé il y a un peu plus d’un an mais a été retra­vaillé, et apparaît encore plus rigoureux qu’il ne l’était) est étonnant et fort, d’une radicalité qui aura sûrement choqué plus d’un spectateur peu habitué à ce type de proposition. Il n’empêche, trois danseurs tentent de se dépêtrer comme ils le peuvent de cette servitude qui leur colle à la peau. Leurs gesticulations (ou ce que l’on pourrait considérer comme tel) réglées avec une rigueur extrême ne nous apparaissent la plus grande partie du spectacle que derrière un écran de plastique translucide, nous projetant dans une sorte de vision cauchemardesque qui nous renvoie à notre propre existence ligotée dans notre société de consommation. Corps contraints, Ea Sola s’interdit et nous interdit toute échappatoire, c’est-à-dire tout mouve­ment chorégraphique traditionnel.

Le festival, cette année, marche en synergie avec le 50e anniversaire des indépendances africaines. Retour donc sur les années 1960 et l’émergence de jeunes nations débarras­sées du colonialisme et pleines de nouvelles espérances. Avec Vérité de soldat, un « docu-fiction théâtral » de BlonBa, mis en scène par Patrick Le Mauff l’ancien directeur (de 2000 à 2006) du festival, sur un texte de Jean-Louis Sagot-Duvauroux d’après le livre de Soungalo Samaké, nous y plongeons totalement. Nous sommes au coeur du Mali contemporain où Soungalo Samaké, un sous-officier parachu­tiste qui arrêta lui-même le premier président de la République du Mali, Modibo Keita, et devint donc un des principaux acteurs de la répression menée par le nouveau chef d’État, Moussa Traoré, avant d’être arrêté et empri­sonné à son tour, retrouve à sa sortie de prison un intellectuel progressiste qu’il a lui-même torturé. Entre les deux hommes un surpre­nant rapport s’établit, le deuxième, Amadou Traoré, finissant par publier les mémoires de son ex-tortionnaire… Docu-fiction ? L’histoire est véridique. Elle nous permet de suivre les soubresauts de l’évolution d’un pays en voie d’émergence. Comme l’affaire est menée, à la fois en langue bamanan et en français, avec doigté et un vrai et discret savoir théâtral par Patrick Le Mauff, on est réellement captivé. Les trois acteurs Adama Bagayoko, Maïmou­na Doumbia (le personnage de la femme née d’un viol collectif ressortit ici de la fiction) et Michel Sangaré sont tout simplement parfaits de retenue. Un spectacle éminemment poli­tique, aux antipodes de la mode du bruit et de la fureur d’aujourd’hui, voilà qui est rare et mérite attention, malgré les quelques défauts (longueur, rythme) que les mauvais esprits ne manqueront pas de mettre en exergue.

Voilà aussi qui est emblématique du festival, nouvelle manière si on ose dire, qui se profes­sionnalise au plan de l’esthétique et qui aborde de front les problèmes politiques, comme cela a sans doute été le cas dans le très attendu Amne­sia des tunisiens Jalila Baccar et Fadhel Jaïbi, qui tournera dans notre Hexagone à défaut de pouvoir être joué dans son pays d’origine. Comme c’est le cas pour les Inepties volantes, de Dieudonné Niangouna, reprises ici après avoir triomphé en 2009 au Festival d’Avignon. Mais c’est un juste retour des choses, puisque la pièce avait été lue au festival des Francophonies en 2008…

Ce ne sont là que quelques très lacunaires mais emblématiques exemples destinés à (ré)affirmer la nécessité du festival des Francopho­nies en Limousin, puisque malheureusement la question est bien de savoir s’il pourra perdurer.

Jean-Pierre Han

Festival les Francophonies en Limousin, jusqu’au 2 octobre. Tél. : 05 55 10 90 10.