Casanova : Vivre sa vie une seconde fois

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Rassemblant des travaux de recherche casanoviste parus dans diverses publications confidentielles, un ensemble de conférences, des interventions dans des revues et un grand nombre d’études inédites sur différents aspects de la vie et de l’oeuvre de Casanova, ces Miscellanées casanoviennes de Jean-Claude Hauc apparaissent comme une approche moins lisse et respectueuse que celle à laquelle nous ont habitué de nombreux commentateurs de l’aventurier libertin… Par Bertrand Bonavita. Continuer la lecture

Des mauvais sujets

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Depuis de nombreuses années, Jean- Claude Hauc explore les bas-fonds de l’Europe des Lumières en quête d’informations ou de documents concernant ceux que leurs contemporains nommaient « aventuriers ». Il a ainsi publié un ouvrage sur Ange Goudar, utilisé la biographie d’Andréa de Nerciat dans l’un de ses romans, produit diverses études sur Casanova…Par Bernard Bonavita Continuer la lecture

Insaisissable Henriette


 

Insaisissable Henriette

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La jeune femme que Casanova nomme Henriette dans ses Mémoires constitue indéniablement le plus grand amour de sa vie. De nombreux casanovistes ont tenté d’en découvrir la véritable identité. Charles Samaran, en 1914, effectua des recherches qui lui permirent d’émettre quelques hypothèses. Cette voie fut suivie par l’Américain James Rives Childs qui proposa dans sa biographie de Casanova (1962) le nom de Jeanne-Marie Boyer de Fonscolombe. En 1989, Helmut Watzlawick, à partir d’une étude topographique serrée publiée dans l’Intermédiaire des casanovistes, pensa avoir identifié la belle Aixoise en la personne de Marie-Anne d’Albertas. Ce texte ayant été repris en annexe du tome I de l’édition de l’Histoire de ma vie chez Laffont, beaucoup d’auteurs d’ouvrages récents concernant Casanova ont adopté cette dénomination sans aller chercher plus loin. C’est également ce que fait Maxime Rovere dans son Casanova.

Cette nouvelle biographie n’est certes pas sans mérite. Le style en est vif, les réflexions sur le désir, le libertinage ou la quête de la liberté subtiles et convaincantes. Mais l’auteur se contente trop souvent de suivre le récit de l’Histoire de ma vie sans le recul que le travail des casanovistes autorise aujourd’hui. Casanova se crée dans son récit, compose une dramaturgie, invente des éléments afin d’équilibrer son propos. Ainsi la visite à Rousseau, en 1769, que Rovere mentionne sans ciller, est plus qu’incertaine et sert surtout à faire écho aux discussions avec Voltaire. Le livre fourmille de semblables fables prises pour argent comptant, que la lecture de quelques ouvrages critiques sur l’écriture du Vénitien aurait permis d’éviter. Cela étant, cette biographie constitue une utile introduction à la vie et à l’œuvre de Casanova.

Concernant l’identification d’Henriette, les travaux demeurent in progress. En 1996, Louis-Jean André a publié une remarquable étude à partir d’archives et de papiers de famille. Henriette serait alors Adelaïde de Gueidan. Hormis la troisième rencontre entre la belle et Casanova, en 1769 (que les casanovistes considèrent depuis longtemps comme fictive, mais que Rovere conserve dans son livre), l’histoire authentique d’Adélaïde s’imbrique parfaitement avec celle d’Henriette telle que l’évoque l’aventurier. Le grand spécialiste des archives casanoviennes, Marco Leeflang, a coutume de dire plaisamment qu’Henriette a deux pères: Watzlawick et André. Cela fait bien sûr un de trop, mais il n’est pas certain qu’un autre ne puisse encore se cacher quelque part. L’enquête est sans fin et, comme l’écrit Helmut Watzlawick: « Il faut redouter le jour où la découverte de documents probants mettra un point final à la poursuite d’Henriette. Quels plaisirs de recherches et de débats passionnés alors perdus pour des générations de casanovistes ! »

Jean-Claude Hauc

Casanova,
de Maxime Rovere. «Folio biographies», Gallimard. 302 pages, 7,30 euros.

 

Mai 2011 – N°82


Le courage poétique


Le courage poétique

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Avec ce douzième recueil, Philippe Lekeuche continue à creuser son sillon singulier dans le vaste champ de la poésie contemporaine. Comme toujours, la prosodie y est extrêmement maîtrisée et scande à la perfection la traque de cette « maladie au nom perdu », la vie même, dont le poète ne saurait guérir. « Dis-nous le donc, toi, l’homme / Qui est en toi / Et quelle est ta chimère si raisonnante ? » L’extrême abandon à ce que nous ignorons et le refus de toute imposture caractérisent depuis toujours la démarche de Lekeuche, faisant songer au « cou­rage poétique » dont parle Hölderlin. Le corps chute avec le poème pour mieux prendre appui sur le fond de la langue et rebondir transfiguré. « Toi, le mort, prends ta plume d’oiseau / Écris sur ta charogne / Afin qu’étincelle vive / Que tu sois cette lampe ! » Le poète cherche à réinscrire du « sacré » (au sens que Bataille donnait à ce terme) dans notre culture qui s’applique à l’évacuer : les dieux des Grecs parlaient, les nôtres se taisent ! Philippe Lekeuche s’adresse aux brisés de la vie, les incitant à se nourrir de l’abîme où ils gisent, afin de retourner vers la lumière. La poésie n’est pas qu’une simple affaire de mots, elle les bouleverse pour donner naissance à une musique terrible et délicieuse qui nous renverse et nous ouvre le chemin de l’infini.

L’Éperdu est illustré de reproductions de peintures de Jean Dalemans, boucliers, cibles ou symboles troués, qui attirent le regard pour mieux l’inviter à se perdre.

Jean-Claude Hauc


L’Éperdu, de Philippe Lekeuche, L’herbe qui tremble, 88 pages, 15 euros.