N° 104 – Les Lettres Françaises du 2 mai 2013

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Au sommaire du numéro 104 : Pour une bibliothèque chinoise VIII, par Jean Ristat, Dossier Port-Royal, par Franck Delorieux, Gérard-Georges Lemaire, et Laurence Plazenet ; Silvia Baron Supervielle par René de Ceccatty ; Ronan Barrot, par Eric Vuillard ; Marguerite Duras, par Marc Sagaert ; Georges Simenon, par Christophe Mercier ; Gustave Flaubert, par Jean-François Nivet… Continuer la lecture

Lucien Febvre, un pionnier


Lucien Febvre, un pionnier

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Lucien Febvre le constatait lui-même : « Le sort du pionnier est décevant. » Ou les contemporains l’absorbent aussitôt dans une démarche collective globale, ou ils l’ignorent et sa gloire ne sera que posthume. Pourtant, l’historien de Martin Luther, de Rabelais ou de Michelet s’est bel et bien voulu pionnier d’une nouvelle démarche historienne, démarche dont il a tracé les contours à travers ses livres de recherche, mais aussi des articles méthodologiques, souvent parus dans Annales, la revue qu’il avait fondée avec Marc Bloch. Ces plaidoyers aussi vigoureux qu’argumentés pour une histoire problématisée et fécondée par les autres sciences sociales ont permis à l’historiographie française de tourner la page d’une production historienne traditionnelle volontiers cocardière, se limitant aux niveaux politiques, militaires et diplomatiques de l’expérience historique. Ils ont, de surcroît, dessiné les contours des recherches ultérieures d’un Braudel, d’un Leroy-Ladurie ou d’un Robert Mandrou. Ils ont été réunis dans cet important volume de la collection « Bouquins ». Une intelligente préface de Bertrand Müller donne le cadre et les enjeux de ce qui apparut finalement comme une révolution historiographique.

Baptiste Eychart

Vivre l’histoire,
de Lucien Febvre. Éditions Robert Laffont,
1 152 pages, 30 euros.

 

N° 60 – Juin 2009


 


N° 45 – Les Lettres Françaises du 2 février 2008

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Au sommaire du numéro 45 : Dossier Saint-Just, par Roger Bordier, Florence Gauthier, Marie-Laure Susini, Gérard-Georges Lemaire, Sophie Wahnich et Franck Delorieux ; Gustave Flaubert, par Claude Schopp et Gérard-Georges Lemaire ; Faulkner, par Marianne Lioust ; Gobineau, par Amélie Le Cozannet ; Cormac McCarthy, par Sébastien Banse ; les dessins de Pavel Schmidt, par Justine Lacoste ; Gertrude Stein, par Georges Férou ; Into the Wild de Sean Penn, par José Moure ; Richard Strauss, par Claude Glaymann ; Pippo Delbono, par Jean-Pierre Han… Continuer la lecture

N°40 – Les Lettres Françaises du 1er septembre 2007

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Au sommaire du numéro 40 : L’affaire Voltaire, par Gérard-Georges Lemaire ; Ange Goudar, par Jean-Claude Hauc ; les dessins de Goya, par Daniel Dezeuze ; Condillac, par Valère-Marie Marchand ; Mme de Saint-Marceaux, par Marianne Lioust ; Walter Benjamin, par Jacques-Olivier Bégot ; Anselm Kiefer, par Jean-Luc Chalumeau ; Bergman et Antonioni, par José Moure ; Avignon forever, par Jean-Pierre Han; inédits de Michel Bulteau… Continuer la lecture

N° 34 – Les Lettres Françaises du 3 février 2007

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Au sommaire du numéro 34 : Un inédit de Jacques Derrida ; Taupologies de Franz Kafka et Buffon, par Gérard-Georges Lemaire ; les Vigilants de Saint-Just, par Franck Delorieux, Pierre Bourgeade, Denis Fernandez Recatala, Francis Combes, et Jean Ristat ; Marguerite Duras, par Marianne Lioust ; Dino Buzzati, par Marc Thomas ; Scerbanenco, par Francesco Magris ; Marc Chagall, par Georges Férou ; André-Pierre Arnal, par Paul Tournon ; Laurent Achard, par José Moure ; Thomas Bernhard, par Jean-Pierre Han… Continuer la lecture

Foucault, l’inquiétude de l’histoire

Foucault, l’inquiétude de l’histoire

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« La logique d’une pensée, écrivait Gilles Deleuze, c’est l’ensemble des crises qu’elle traverse, ça ressemble plus à une chaine volcanique qu’à un système tranquille et proche de l’équilibre. » Si cette phrase ne s’adresse pas seulement à l’oeuvre de Foucault, elle semble avoir été écrite pour elle. Cette phrase de Pourparlers se trouve d’ailleurs en introduction de la lecture que nous propose Mathieu Potte-Bonneville du philosophe artificier, comme Foucault aimait lui-même à se définir.

Cependant, indique l’auteur, tous les volcans n’ont pas la même importance pour comprendre la structure géologique d’une « chaîne volcanique » comme celle-ci. Dans l’ensemble des livres de Michel Foucault, Histoire de la folie, et les deux derniers tomes de l’Histoire de la sexualité révèlent au mieux, peut-être, la continuité d’une réflexion d’apparence si discontinue. Ces trois ouvrages contiennent en effet, dans leur forme achevée d’expression ou encore à l’état d’élaboration conceptuelle, les axes principaux du travail de Foucault: la production des normes, le jeu des pouvoirs, la fabrique du sujet. La méthode utilisée par Mathieu Potte-Bonneville est simple. C’est celle de toute lecture philosophique sérieuse. Qu’il s’agisse de Folie et déraison, titre donné à l’Histoire de la folie en 1961, de l’Usage des plaisirs ou du Souci de soi, parus tous deux en 1984, il serre au plus près le texte. Cette fidélité au dit du texte est, dans le même temps, conjuguée aux règles foucaldiennes de la lecture d’archive, ainsi résumées par Potte-Bonneville : « Là où l’archéologue ne contribue pas à rétablir la forme d’une identité contemporaine, mais tend à la disperser, l’historiographie nouvelle vise moins à réduire l’éparpillement temporel qu’à prendre appui sur lui, afin d’en établir la continuité. » Ici donc, un double mouvement analytique nous est proposé, projectif à partir d’Histoire de la folie, rétrospectif à partir du Souci de soi. Une lecture qui aboutit à deux thèses, de niveau épistémique différent; ce qui en fait vraiment une « lecture ». 

Thèse de premier niveau, disons celui de la glose, Mathieu Potte-Bonneville souligne ce que d’aucuns auraient voulu ne pas voir : Foucault, dans toutes ses productions, s’est attaché à lier entre eux le sujet et les normes, s’efforçant de tarcer une perspective de pensée et d’action politique cohérente et dégagée de toute tentation spiritualiste. Donc, pour Foucault, affirme et démontre Potte-Bonneville, il s’est toujours agi de « penser ensemble la liberté et le lien, ou le mouvement d’une transformation de soi et l’immanence du sujet à l’histoire ».

Thèse de deuxième niveau : si Foucault a été tellement constant, c’est qu’il a cherché à répondre à une inquiétude existentielle apparue, contingentement, au moment de l’éveil de sa sexualité. Inquiétude devenue éthique, qui a conduit le sujet Foucault à être attentif aux « dangers » guettant n’importe qui dans la production de soi et a guidé le philosophe dans sa remise en cause des créations normatives de notre modernité. Hölderlin écrivait « là où est le danger, croît aussi ce qui sauve », Foucault rectifie : le danger ne sauve personne, puisqu’il n’y a pas de salut. Mathieu Potte-Bonneville conclut : « A ce titre, son oeuvre est un appel conséquent, mais sans promesse, au travail de la pensée : se détourner de l’inquiétude pour viser les périls, puis s’inquiéter encore. Recommencer. »

Jérôme-Alexandre Nielsberg

Foucault, l’inquiétude de l’histoire, de Mathieu Potte-Bonneville, éditions PUF, collection Quadrige/Essais, 2004, 320 pages, 14 euros.