De l’Empire latin d’Orient a la fin de l’Empire ottoman

Galerie

Dans la conclusion de son étude touffue et sévère sur les courses à Constantinople, Gilbert Dagron affirme : « Constantinople semble parfois plus romaine que Rome. » C’était bien là l’ambition majeure de Contantinople malgrès des différences notables, aussi bien dans les arts que dans les machinations politiques, dans la religion et encore plus dans le langage…Par Gérard-Georges Lemaire Continuer la lecture

De l’écriture moderne sur l’art : de Gertrude Stein à Louis Aragon

Galerie

Gertrude Stein voit pour la première fois un tableau de Picasso chez le clown Sagot ; ce dernier lui permet d’acheter la première toile du jeune Espagnol. Elle fait sa connais- sance. Il lui plaît. Beaucoup. Ce dernier entreprend de faire le portrait de son mécène en jupe-culotte, qui ne pose pas moins de quatre-vingt-dix fois !… La chronique de Gérard-Georges Lemaire Continuer la lecture

De l’excentricité en art


De l’excentricité en art

***

 

revue culturelle et littéraire les lettres françaises - manet - art

Sur la plage - Edouard Manet

L’exposition présentée au musée d’Orsay autour de la figure emblématique d’Oscar Wilde est superbe. Les œuvres et les objets réunis, d’Edward Burne-Jones à William Morris, de Waterhouse  à James McNeill Whistler en passant par les grands académiciens (Albert Moore, James Tissot, Alma-Tadema, Frederic Leighton), sans oublier Aubrey Beardsley, qui a illustré Salomé, de Wilde, et qui a crééla revue The Yellow Book, l’ensemble nous donne une certaine idée de la fin de l’ère victorienne (Wilde meurt en 1900 et la reine Victoria, en 1901). Elle a été conçue avec un goût sûr et beaucoup de raffinement. Le catalogue, qui pour une fois n’est pas pléthorique, est un excellent réceptacle de cet événement. Mais – car il y a un mais – les chevilles ouvrières de cette reconstitution historique ont oublié tout un aspect de l’art anglais de l’époque, profondément influencé par la France, surtout par Manet et ensuite par les impressionnistes et puis Gauguin, Toulouse-Lautrec. Walter Sickert est sans doute l’un des meilleurs représentants dans cette veine. Et si l’on regarde de  plus près les écrits sur l’art d’Oscar Wilde réunis dans Intentions, force est de constater qu’il ne pense pas autant aux préraphaélites qu’Henry James, mais à Turner (il marque son respect pour John Ruskin) et aux impressionnistes pour le présent : « Je les aime bien. Leur tonalité blanche et ces variations lilas ont fait date dans l’histoire de la couleur. Bien que l’instant ne fasse pas l’homme, l’instant fait certainement l’impressionnisme, et en l’honneur de l’instant en art, et de ce “mouvement de l’instant”, pour reprendre l’expression de Rossetti, que ne pourrait-on dire ? Ils sont également évocateurs. »

Des artistes tels que John Singer Sargent, Philip Wilson Steer, George Clausen et Stanhope Forbes,  réunis depuis 1885 au sein du New English Art Club, auraient  eu leur place dans cette vision rétrospective. Et puis, on aurait aimé que les théories paradoxales de l’auteur du Portrait de  Dorian Gray soient mises en valeur. Elles étaient excentriques  en diable et affirmaient que la critique était plus importante que l’art, que sa critique du siècle de Périclès n’aurait pas connu un tel épanouissement dans la peinture et la sculpture. C’est l’esprit  critique qui définit l’esprit des œuvres – ce serait donc pour lui  un art en soi, l’art suprême : « La critique est, en fait, tout à la  fois créatrice et indépendante », ne serait-ce que par le simple fait que c’est elle qui fait vivre les œuvres d’autrefois, comme l’a fait Walter Pater dans ses Vies imaginaires.

Gérard Georges Lemaire

« Beauté, morale et volupté dans l’Angleterre d’Oscar Wilde »,  musée d’Orsay, jusqu’au 15 janvier 2012.  Catalogue : Musée d’Orsay/Skira Flammarion, 224 pages, 25 euros.
 
N° 87 – Novembre 2011

La fin de R. comme poète, par Kathy Acker


La fin de R. comme poète, par Kathy Acker

***

LONDRES: Tamise, qui parfois gonfle, parfois devient un dérangeant petit torrent de boue, des ponts sans fin avec des débarcadères rouge sang, des docks « incroyables », des rues toujours combles d’activités urbaines et mercantiles, une ville très riche dans un pays devenant plus pauvre, des bâtiments fumants, de moins en moins d’endroits pour les pauvres qui augmentent. Sauf sous les ponts et les édifices qui doivent être ravalés, vidés de leurs habitants, et autres divertissements des riches.

Madame V. avait commencé la procédure de séparation (cependant il n’y avait pas encore de divorce) à l’encontre de V.

V. ne pouvait pas supporter de perdre l’enfant. Ce que voulaient donc les deux V. c’était échapper à R.

À Londres.

Le seul choix de R. était de fuir de la folie à la mort, ou de comprendre que l’expérience, pour avoir une relation humaine, honnête, avait échoué. R. à V. : « Je ne vais plus te demander quelque chose, je ne vais plus espérer que tu sois le père que je n’ai jamais eu. Je retourne mon enfance contre moi. Je te libère de tout ce qui nous unit. »

Quelque chose se brisa.

R. dit à tous ses amis, une ou deux personnes, qu’il avait commis une faute, assez extrême pour être un péché, car il n’a jamais négligé le Saint-Esprit en essayant d’aimer, et même maintenant où il n’y avait plus d’amour. Il avait commis une faute en essayant d’aimer un homme, pas celui qui s’engagerait devant les autres par le mariage, mais celui qui ne l’aimait ni le révérait. V. écrivit à son ami Lepelletier, décembre 1872, « Ma vie va changer. » La lettre continuait ainsi : « Cette semaine R. retourne chez sa mère et ma mère vient ici. »

La famille nucléaire est désormais la seule réalité. R. commence à écrire ce qu’il appela sa Saison en enfer. « Je ne veux pas vraiment savoir. « Écoute. Tu dois savoir. Tu dois comprendre. « Une nuit. « Si ma mémoire vaut quelque chose, il y a longtemps ma vie était toujours des vacances que les gens me voulaient et que tous étaient ivres ou défoncés. Une nuit, croyant que j’étais fort, je m’emparais de l’Amour. Je l’ai trouvé – blessant. Je lui ai dit de quitter mon existence et pour toujours – je le haïssais – bien que je l’aimasse. « Je m’armais contre l’amour en devenant une arme; je le blessais ‘afin de pouvoir m’échapper. Ô sorcière maléfique – Manque, Haine –, c’est à toi que je me confie maintenant que je suis mort. « Et je parvins donc à renoncer à tout espoir d’amour humain. Comme tout animal affamé je sautais alors sur toute marque d’affection qui se présentait et je la tuais. « Alors que j’étais en train de mourir, je téléphonais à mon tortionnaire pour le supplier de donner n’importe quelle partie de son corps. Car j’avais faim. Je ne peux me souvenir ce qu’il a dit. Puis il répliqua qu’il était trop occupé pour moi. Alors je me tournais vers le sida et lui demandai de me suffoquer avec le mucus, puis avec le sang. Quand j’étais vraiment en train de mourir, je voulais mourir. Quand j’étais en train de mourir, le désespoir devient mon seul dieu. Je me vautrais dans cette fange. « Je me soignais, des larmes, en te haïssant en me tournant vers tout ce que n’était pas ton âme bourgeoise, en me tournant vers le crime.« J’ai joué des jeux avec la folie. « Et à la fin de ce terrible printemps j’ai appris le rire terrifiant d’un idiot. « Maintenant, en me souvenant de toi sans relâche, de nouveau sur le point de mourir pour la dernière fois, je sais qu’il y a un mythe grâce à mes rêves. Je rêve de trouver la clef du mythe de mes désirs. » R. et V. rompirent définitivement.

« Malgré le rêve du démon qui me nourrit et me couronne avec ces pavots de dégoût de moi, couvre toujours mes oreilles et d’autres points de ma chair avec ces mots : « Tu demeureras une hyène, un animal désespéré, un monstre, etc. Des hyènes avortées ne peuvent être aimées. Donc chaque fois que tu as un désir, le désir m’apportera la mort. En d’autres termes : les gages du péché (désir, pitié de soi, etc. etc.) ajoutent au péché un autre péché appelé ignorance, sont morts. » « Cher Satan. Ne sois pas si fâché avec moi. C’est simplement que je suis allé trop loin. « Toi. Tout en sachant que je suis un lâche de différentes petites façons, pour toi qui aimes l’absence de penchant pour le moralisme ou le réalisme social chez un écrivain, je vais déchirer des pages hideuses et trop surchargées de mon carnet de notes sur la damnation.»

Le sang païen resurgira.

Traduit de l’anglais par Gérard-Georges Lemaire
Extrait de Rimbaud, In Memoriam to Identity, Kathy Acker, Grove Press, New York, 1990.
Kathy Acker est née en 1948 et décédée en 1997. Œuvres traduites en français : – Florida, traduit par Gérard-Georges Lemaire, l’Ennemi, Christian Bourgois éditeur, 1980. – New York en 1979, traduit par Gérard-Georges Lemaire, l’Ennemi, Christian Bourgois éditeur, 1982. – Don Quichotte, traduit par Patrick Hutchinson, édition Noël Blandin, 1986. – Grandes Espérances, traduit et présenté par Gérard-Georges Lemaire, «Les Derniers Mots », Christian Bourgois éditeur, 1988.

Les ambiguïtés de Kathy Acker

Galerie

Je revois encore la nécrologie parue avec retard (et avec plusieurs erreurs) dans « le Carnet » du Monde. J’y avais appris que Kathy Acker avait succombé à un cancer le 29 novembre 1997. Cela faisait longtemps que je n’avais plus communiqué avec elle… Par Gérard-Georges Lemaire Continuer la lecture