Les derniers instants de Max Jacob

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Février 1944. Max Jacob est arrêté dans son domicile de Saint-Benoît-sur-Loire par la Gestapo d’Orléans. Il est juif. Prévenus, Cocteau, Sacha Guitry et d’autres amis interviennent auprès des autorités allemandes sans réussir à le faire libérer… Par François Eychart Continuer la lecture

Les inquiétudes de la maturité de Vladimir Feltsman


Les inquiétudes de la maturité de Vladimir Feltsman

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La firme Nimbus qui est connue par la qualité de ses productions et à laquelle on doit quelque reconnais­sance pour avoir longtemps soutenu le grand pianiste Vlado Perlemuter, vient de publier toute une série d’enregistre­ments de Vladimir Feltsman. Ce pianiste vit maintenant en partie aux États-Unis après avoir mené pendant des années une activité soutenue en URSS. Son dernier enregistrement est constitué de trois so­nates de Beethoven, l’Appassionata, la Pathétique et À la lune, en fait, les trois plus connues commercialement. Quelques temps auparavant, avaient été publiés des enregistrements de J.-S. Bach, dont les Variations Goldberg et le Clavier bien tempéré, deux sommets de la musique occidentale dont ceux qui osent s’y atta­quer tombent immanquablement sous le feu de la critique car ce sont des oeuvres qui ont donné lieu à des interprétations de références.

Le jeu de Feltsman, formé par la grande école soviétique du piano qui privilégiait une technique sans faille et le respect du texte, s’est modifié avec le temps. C’est sensible aussi bien dans Bach que dans Beethoven. Sans doute est-ce une question d’âge, donc de maturité. Il vient un moment où un interprète ne se contente plus de jouer, il a besoin d’infléchir la musique en lui faisant exprimer sa propre per­sonnalité, ou du moins l’idée qu’il veut en donner. Tout est dans la part de liberté que s’autorise l’interprète, sans pour autant être infidèle au texte et au sens profond de l’oeuvre. C’est d’ailleurs ce qui fait l’intérêt toujours renouvelé des nouvelles interprétations quand elles sont le fruit de longues réflexions qui ne peuvent venir qu’avec le temps.

De ce point de vue, les Variations Goldberg par Feltsman sont plus intéressantes que les trois sonates de Beethoven. Arrivé à ce moment de sa vie, Feltsman se permet des effets que certains pourront considérer comme des afféteries. Il s’autorise des ralentissements, joue certaines variations plus lentement, ce qui se constate au minutage de certaines parties, ces ralentissements dissolvant quelque peu le chant, sans pour autant le faire disparaître. On l’entend simplement de façon tout autre, ce qui a son intérêt. En même temps, il se permet, ce qui en est la contrepar­tie logique, des attaques violentes lors d’ouverture ou de reprise de mesure. Comparé au jeu de Koroliov, qui peut être considéré comme un classique dans ces Variations, Feltsman est moins égal, plus délicat éventuellement, se permet­tant de jouer parfois un passage une oc­tave plus haut, donnant ainsi au chant de Bach une liberté à laquelle on n’est pas habitué. Mais, au final, le résultat est-il plus impressionnant que ce que donnent bien des interprètes qui ont choisi de limiter leurs audaces ? Il n’empêche, les Bach de Feltsman valent le détour même si, après écoute, on préférera tel ou tel autre interprète.

Le Beethoven est marqué de moins d’originalité. Feltsman retient parfois la note qui va venir, ce temps de silence donnant à son interprétation un relief auquel il semble accorder un prix parti­culier mais qui vient finalement perturber l’économie générale du mouvement. Par­fois aussi, on peut trouver la restitution de certains passages insuffisante, comme si son intérêt s’était porté ailleurs.

Cependant, quelles que soient les ré­serves que l’on peut avoir, ce travail est passionnant. Feltsman est un pianiste considérable, à la technique remarquable et qui renouvelle les oeuvres qu’il joue. Ce qui vaut qu’on le suive dans ses efforts.

François Eychart

J.-S. Bach, Variations Goldberg, l’Art de la fugue, le Clavier bien tempéré ; Beethoven, sonates Appassionata, Pathétique, À la lune, par Vladimir Feltsman, CD Nimbus, 2010.

Connaissez-vous Grazyna Bacewicz…


Connaissez-vous Grazyna Bacewicz…

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Le nom de Grazyna Bacewicz ne peut plus être ignoré. Ce qui est peu à peu révélé de son oeuvre permet de la considérer, sui­vant en celà Lutoslawski, comme « l’une des plus grandes femmes compositeurs de musique de tous les temps ». Quand elle mourut prématurément à cinquante-neuf ans, des suites d’une fièvre contrac­tée lors d’un voyage en Arménie, Grazyna Bacewicz était l’auteur de plus de deux cents compositions, dont quatre symphonies, sept quatuors, cinq so­nates pour violon et piano, sept concertos pour violon, etc. Son oeuvre est un trait d’union entre l’esthétique de Szymanowski et celle de Lutos­lawski. Elle a trouvé aliment musical auprès de sources diverses : les musiques arménienne, arabe, indienne et naturellement la tradition polonaise qu’elle connaissait dans tous ses détails. Mais ces influences, organisées selon son goût des formes classiques, n’ont fait que nourrir et développer sa propre originalité.

Elle a passé quelques années à Paris, avant la Seconde Guerre mondiale, ce qui lui a permis de bénéficier de l’apport pédagogique de Nadia Boulanger, qui eut une grande influence sur de nombreux compositeurs. Elle avait donc une bonne connaissance de ce qui s’écrivait et se jouait à Paris qui était une place en pleine effervescence créatrice. De retour en Pologne, elle devint violon solo de l’Orchestre de la radio polonaise. Grazyna Bacewicz était une violoniste et une pianiste de tout premier ordre, parfaitement au fait de toutes les difficultés d’exécution que ses partitions recélaient.

Joanna Kurkowicz, violoniste américaine d’as­cendance polonaise, a enregistré trois concertos pour violon avec l’Orchestre symphonique de la radio polonaise sous la direction du jeune chef Tukasz Borowicz. Le Concerto n° 1 date de 1938. Il est caractérisé par une concision d’écriture, un motorisme certes plus discret que chez Prokofiev mais réel et par une inventivité qui n’exclut nul­lement du lyrisme. Le Concerto n° 3 a été écrit en 1948. Curieusement, il ne semble pas marqué par la période de la guerre dont on trouve trace au même moment chez de nombreux compositeurs, comme si Grazyna Bacewicz avait vécu à l’abri des horreurs de cette période. Son finale, qui incorpore des thèmes populaires polonais, est même marqué d’une certaine insouciance qui regarde résolument vers l’avenir.

L’oeuvre la plus marquante de cet enregistrement est sans conteste le Concerto n° 7, qui date de 1965. Maints développements évoquent Penderecki et Gorecki. L’univers en est chimérique, marqué par une incessante inventivité, un attrait soutenu pour les couleurs et par une énergie dans le discours qui se trouvait déjà dans le Concerto n° 1. Créé en 1966, il fut considéré à sa création « comme exotique, plein de parfums, alternant délicatesses à la Szymanowski et orchestration d’une efficacité wébérienne ». Grazyna Bacewicz est à l’évidence une com­positrice dont il faut surveiller l’actualité disco­graphique.

François Eychart

Grazyna Bacewicz, Concertos pour violon n° 1, 3 et 7 par Joanna Kurkowicz, orchestre de la radio polonaise, disque Chandos.
Grazyna Bacewicz