Antigone par Miyagi, de la séduction à la désillusion

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Antigone, dans la mise en scène de Satoshi Miyagi, a beau avoir été créée chez lui, au festival du Spac (Shizuoka Performing Acts Center), qu’il dirige, dans cette ville située à environ 150 kilomètres au sud de Tokyo d’où l’on peut voir le mont Fuji, le spectacle proposé a tout l’air d’avoir été conçu spécialement pour la cour d’Honneur du palais des Papes d’Avignon. .. Par Jean-Pierre Han. Lire la suite

N° 140 – Les Lettres Françaises du 8 septembre 2016

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Au sommaire : Alain Badiou, par Jean Ristat ; Ida Vitale, par Marc Sagaert ; Gustave Le Gray, par Franck Delorieux ; le festival d’Avignon au fil du politique, par Jean-Pierre Han ; A la recherche de Robert Proust, par René de Ceccatty ; la correspondance Cézanne-Zola, par Christophe Mercier ; Laurent Mauvignier, par Didier Pinaud ; Wodehouse, par Christophe Mercier ; Laure des Accords, par Anaïs Héluin ; la chronique poésie de Françoise Hàn ; Frédéric Boyer, par Didier Pinaud ; une histoire du Ku Klux Klan, par Baptiste Eychart ; les natures mortes de Paula Modersohn-Becker, par Marie-Geneviève Ripeau ; Hans Hartung, parc Marc Sagaert ; Schoenberg, par Itzhak Goldberg ; la chronique cinéma d’Eric Arrivé ; Shakespeare au théâtre du Peuple, par Anaïs Héluin. Lire la suite

N° 85 – Les lettres Françaises du 1er septembre 2011


Les lettres Françaises du 1er septembre 2011

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Les Lettres Françaises du 1er septembre 2011

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Trois compositeurs d’aujourd’hui :

Yves Prin, Thierry Pécou, Bernard Cavanna

 

Emmanuel Conquer, violoniste et chef d’orchstre, présente trois compositeurs d’aujourd’hui :
Yves Prin, Thierry Pécou, Bernard Cavanna. C’est un choix qu’il assume parmi les nombreux compositeurs qui font l’originalité de la musique française actuelle.

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«La vérité de l’oeuvre est dans l’oeuvre », martelait Pierre Boulez en réponse à une question sur la nécessité de connaître, chez un compositeur, sa biographie et tout son environnement pour accéder au sens de son oeuvre. En tant qu’interprète, on a même envie de suggérer que la vérité est en nous, et sous la forme que nous lui attribuons. Suivons l’exemple de Léonard Bernstein qui déclarait : « Je fais ce début de la 5e de Beethoven ainsi, non pas seulement parce que ça me plaît comme ça, mais parce que c’est ce que je pense qu’il voulait ! » (extrait d’une vidéo avec l’Orchestre philharmonique de Vienne).

Les multiples sens du verbe composer donnent un éclairage particulier sur l’activité en question. On « compose » un bouquet de fleurs, en associant des éléments complémentaires, on « compose » avec certaines personnes, comme on dit « faire avec » des éléments contradictoires, voire défavorables. On « compose » en éliminant telle ou telle partie d’un tout hétérogène. On élabore un « composé » en allant du simple au multiple. Composer tient donc de l’action de trier, de restituer, de mettre en perspective, tout autant que de l’invention. L’intérêt d’un événement musical dépend de l’utilisation personnelle de ses différentes caractéristiques sonores. C’est ensuite dans l’agencement des événements, dans les enchaînements et les ruptures, dans le sens des proportions que se dévoile une composition. L’organisation engendre ainsi pour chaque instant un « avant » et un « après » dont la succession est le temps musical, qui, libre de contraintes, ouvre la porte de l’infini. Les trois compositeurs dont il est question ici font entendre que la musique n’est pas affaire de sons mais de rapports entre les sons, et qu’inventer des rapports crée du sens, des formes. « Le vase donne une forme au vide et la musique au silence, » écrivait Georges Braque, dans le Jour et la Nuit. Leurs œuvres confirment que le « contemporain » n’est pas une sous-division subventionnée de la musique mais bien sa part vivante et chargée d’espoir.

À mille miles de toute terre habitée, là où se sont posés les poètes et les compositeurs, vous pourrez toujours rencontrer un Petit Prince en quête de sons et de musique… S’il vous demande « dessine-moi ton monde », faites-lui écouter Cavanna et il entendra dans sa musique la frénésie urbaine, l’urgence des désirs et des relations humaines. S’il vous demande « dessine-moi tes rêves », alors il s’échappera dans des voyages inouïs vers les lointains qui chantent. Et si, poursuivant sa route, notre Petit Prince demande « dessine-moi nos traces», c’est avec Pécou qu’il pourra s’interroger sur l’humanité et sur ce qu’elle laissera dans la nature et le temps.

Emmanuel Conquer