Art, génie, morale : A propos de Gauguin et Derain

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Deux grandes expositions célèbrent deux créateurs qui ont marqué la fin du XIXe et le début du XXe siècle, par leur exceptionnelle créativité, leur non-conformisme, allant pour l’un jusqu’à faire parler de « sauvagerie » (revendiquée), pour l’autre à confronter le visiteur à un « fauve ». Ne modérons pas notre impression : les deux expositions consacrées à Gauguin au Grand Palais et au Derain des années 1904-1914 au Centre Pompidou sont éblouissantes… Par Philippe Reliquet. Lire la suite

« Moi cristal », l’abstraction selon Paul Klee

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Centrée sur la dimension abstraite dans l’œuvre de Paul Klee, l’exposition présentée à la Fondation Beyeler à Bâle, montre comment l’un des artistes majeur de l’art moderne européen relève le défi du rejet de la figuration dans la peinture, peu de temps après l’apparition de cette tendance radicale au début du XXe siècle… Par Jean-Jacques Régibier. Lire la suite

Pierre Buraglio ou la peinture qui réfléchit

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Sans doute, l’autoportrait, et surtout ceux qui ont été choisis par Buraglio, est devenu de l’ordre de ces sigles identifiables dans un musée ou sur une couverture d’un livre. On oublie pourtant qu’au départ l’auto-représentation est un geste qui s’inscrit dans le registre de l’intime, une manière de circuler entre soi-même et son reflet, un contrat confidentiel… Par Itzhak Goldberg Lire la suite

Jardins et Paysages, du semis au mystique

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Cette saison d’expositions nous donne l’occasion de rapprochements et confrontations qui prêtent à réfléchir sur des thèmes qui semblent dépasser, ou sublimer, la simple condition humaine. Il s’agit de deux expositions majeures, l’une au Grand Palais, qui évoque les Jardins de façon interdisciplinaire et poétique à la fois ; l’autre au Musée d’Orsay s’intéresse au paysage pictural sous l’angle du mysticisme, principalement à la fin du XIXème siècle… Par Philippe Reliquet Lire la suite

Exposition « Éditeurs, Les lois du métier » au Centre Georges Pompidou jusqu’au 9 janvier 2012


Exposition « Éditeurs, Les lois du métier » au Centre Georges Pompidou jusqu’au 9 janvier 2012.

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Revue culturelle littéraire  les lettres françaisesExposition Editeurs

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Il n’est peut être pas encore trop tard pour aller visiter cette exposition sur le monde de l’édition de française de l’après guerre à nos jours. À travers les procès, les affaires et les limitations de diffusion des livres, elle retrace toutes les occasions au cours desquelles les éditeurs ont été confrontés à l’ordre moral, politique, religieux, économique et les stratégies auxquelles ils ont eu recours pour poursuivre leur activité. Il s’agit aussi d’un hommage inédit aux combats des éditeurs. Dans le domaine du livre, la liberté de création dépend largement des éditeurs.

Près de quatre cents documents, archives juridiques, archives d’éditeurs ou d’auteurs, éditions originales de livres, articles de presse, photographies, documents audiovisuels illustrent le propos. Les fonds mobilisés sont ceux des Archives nationales, de l’Institut Mémoires de l’édition contemporaine (Imec), ainsi que des collections particulières. Certaines pièces, et notamment les archives du ministère de la Justice, n’avaient jamais été rendues publiques jusqu’ici. Lire l’article sur le site du Centre Pompidou.


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De l’excentricité en art


De l’excentricité en art

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revue culturelle et littéraire les lettres françaises - manet - art

Sur la plage - Edouard Manet

L’exposition présentée au musée d’Orsay autour de la figure emblématique d’Oscar Wilde est superbe. Les œuvres et les objets réunis, d’Edward Burne-Jones à William Morris, de Waterhouse  à James McNeill Whistler en passant par les grands académiciens (Albert Moore, James Tissot, Alma-Tadema, Frederic Leighton), sans oublier Aubrey Beardsley, qui a illustré Salomé, de Wilde, et qui a crééla revue The Yellow Book, l’ensemble nous donne une certaine idée de la fin de l’ère victorienne (Wilde meurt en 1900 et la reine Victoria, en 1901). Elle a été conçue avec un goût sûr et beaucoup de raffinement. Le catalogue, qui pour une fois n’est pas pléthorique, est un excellent réceptacle de cet événement. Mais – car il y a un mais – les chevilles ouvrières de cette reconstitution historique ont oublié tout un aspect de l’art anglais de l’époque, profondément influencé par la France, surtout par Manet et ensuite par les impressionnistes et puis Gauguin, Toulouse-Lautrec. Walter Sickert est sans doute l’un des meilleurs représentants dans cette veine. Et si l’on regarde de  plus près les écrits sur l’art d’Oscar Wilde réunis dans Intentions, force est de constater qu’il ne pense pas autant aux préraphaélites qu’Henry James, mais à Turner (il marque son respect pour John Ruskin) et aux impressionnistes pour le présent : « Je les aime bien. Leur tonalité blanche et ces variations lilas ont fait date dans l’histoire de la couleur. Bien que l’instant ne fasse pas l’homme, l’instant fait certainement l’impressionnisme, et en l’honneur de l’instant en art, et de ce “mouvement de l’instant”, pour reprendre l’expression de Rossetti, que ne pourrait-on dire ? Ils sont également évocateurs. »

Des artistes tels que John Singer Sargent, Philip Wilson Steer, George Clausen et Stanhope Forbes,  réunis depuis 1885 au sein du New English Art Club, auraient  eu leur place dans cette vision rétrospective. Et puis, on aurait aimé que les théories paradoxales de l’auteur du Portrait de  Dorian Gray soient mises en valeur. Elles étaient excentriques  en diable et affirmaient que la critique était plus importante que l’art, que sa critique du siècle de Périclès n’aurait pas connu un tel épanouissement dans la peinture et la sculpture. C’est l’esprit  critique qui définit l’esprit des œuvres – ce serait donc pour lui  un art en soi, l’art suprême : « La critique est, en fait, tout à la  fois créatrice et indépendante », ne serait-ce que par le simple fait que c’est elle qui fait vivre les œuvres d’autrefois, comme l’a fait Walter Pater dans ses Vies imaginaires.

Gérard Georges Lemaire

« Beauté, morale et volupté dans l’Angleterre d’Oscar Wilde »,  musée d’Orsay, jusqu’au 15 janvier 2012.  Catalogue : Musée d’Orsay/Skira Flammarion, 224 pages, 25 euros.
 
N° 87 – Novembre 2011

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Ouvrier, patron images et caricatures du XIXe siècle à nos jours


Exposition au musée de l’Histoire vivante « Ouvrier, patron images et caricatures du XIXe siècle à nos jours » à partir du 15 octobre jusqu’au 17 juillet 2012.

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revue culturelle et littéraire les lettres françaisesLe musée de l’Histoire vivante, musée d’histoire ouvrière et sociale, poursuit son travail de réflexion sur les représentations et propose à partir du 15 octobre 2011 une grande exposition : « Ouvrier, patron images et caricatures du XIXe siècle à nos jours »

 
 
 
Musée de l'Histoire vivante 
Parc Montreau 31, Boulevard Théophile Sueur – 93100 Montreuil 
 

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Des nabis à Dufy


Des nabis à Dufy

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La pêche, de Raoul Dufy. Gravure

Le musée de Lodève a eu la bonne idée de consacrer son exposition d’été au mouve­ment nabi, dont la dernière rétros­pective remonte à 1993 (au Grand Palais à Paris). Le principal mérite de cette présentation est d’offrir une vision d’ensemble et d’évoquer à travers 120 œuvres – dont les deux tiers proviennent du musée Mau­rice-Denis de Saint-Germain-en-Laye, une collection trop méconnue – les différents protagonistes de ce groupe, dont seuls trois ou quatre noms sont passés à la postérité et sont connus du grand public. Il s’agit d’un mouvement charnière, entre impressionnisme et modernité, très hétérogène, bien plus que les autres courants symbolistes en Europe, que ce soit au Royaume-Uni, en Bel­gique, en Allemagne, en Suisse, regroupant des peintres tant français qu’étrangers, d’inspiration et de talent très inégaux, mais qui marqua le développement artistique en France au XXe siècle. Le mouvement nabi, terme qui signifie « prophète » en hé­breu, poursuit de hautes ambitions. Partant de l’enseignement de Gauguin, transmis par Sérusier, il se propose de « dépasser » l’impressionnisme, d’abolir les frontières entre peinture de che­valet et arts décoratifs (vitraux, tapisseries, décors, paravents, papiers peints, éventails) et surtout de créer une nouvelle peinture narrative en corrélation avec la poésie et le théâtre. On peut distinguer dès le départ deux tendances au sein du groupe : l’une, mystique, qui cherche à donner un nou­veau souffle à l’art sacré et puise ses références dans le passé, notamment le Quattrocento, illustrée par Maurice Denis, Sérusier, Ranson, Verkade, Ballin ; l’autre, profane, ne reje­tant pas l’héritage impressionniste, attachée à la modernité et aux sujets quotidiens, où l’on retrouve Bonnard, Vuillard, Vallotton. Toutefois, ces deux mouvances ont en partage la composition condensée, le trait synthétique, la planéité et la recherche du cadrage insolite.

Le jeune nabi Pierre Bonnard et le jeune fauve Raoul Dufy ont en commun d’avoir

Paul Gauguin, Femme à la Mangue

commencé leur carrière en Normandie pour se fixer ensuite dans le Midi et de devenir les parangons d’une certaine peinture française, exprimant la joie de vivre à travers l’éclat de la couleur. Là s’arrête pourtant l’analogie entre les deux artistes, car si pour Bonnard le motif n’était que prétexte à une lente élaboration picturale tout intérieure, Dufy, au contraire, cherche à restituer l’atmosphère et l’esprit du lieu avec la légèreté et la vélocité du voyageur de passage. C’est une sorte de carnet de voyage que nous invite à feuilleter le musée de Sète à travers les vues ou plutôt les visions de la Provence, de la Côte d’Azur, de la Sicile ou encore du Maroc que nous livre Dufy. Car de même que l’artiste dissocie la couleur du dessin, il dissocie la lumière du ton local, et interprète librement le motif au gré de sa fantaisie.

Yves Kobry

« De Gauguin aux nabis », musée de Lodève. Catalogue : 35 euros. Jusqu’au 14 novembre.« Dufy en Méditerranée », musée Paul Valéry, Sète. Catalogue 36 euros. Jusqu’au 31 octobre.


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Foujita, l’excentrique et le séducteur

Foujita, l’excentrique et le séducteur

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En concordance avec l’exposition « Foujita et ses amis de l’école de Paris », qui a eu lieu au château de Chamerolles, Sylvie Buisson vient de publier un nouvel ouvrage sur Léonard Foujita, son peintre de prédilection, dont elle a établi le catalogue raisonné. Dans les imposantes considérations biographiques du catalogue, l’auteur nous avait déjà relaté l’essentiel de ce qu’il y avait à dire à propos de l’arrivée du peintre japonais à Paris et sur ses re­lations avec ses confrères à Montparnasse. Dans le présent ouvrage, elle met plus l’accent sur la personnalité de l’artiste et sur la manière dont il s’est intégré dans ce microcosme de l’avant-garde française (qui était composée, pour l’essentiel, d’étrangers !). Le jeune homme, à peine débarqué de Tokyo, s’est rapidement initié à la nouvelle manière de vivre l’art et aux usages des Mont­parnos. Il s’est d’abord forgé une esthétique vestimentaire n’appartenant qu’à lui : « J’étais jeune et beau. Une toque en peau de léopard cachait la moitié de ma frange de cheveux noirs. Ma casaque, complètement décolletée, laissait voir autour de mon cou un collier de pierres. Un sac de cuir était attaché à ma ceinture. Je mar­chais avec fierté. Les femmes m’envoyaient des baisers… » Les femmes, justement, vont jouer un rôle déterminant dans sa vie. Celle qu’il avait laissée au pays, Tomiko, ne lui répondait pas. Il resta à Paris et rompit de facto ses fiançailles. Il tomba amoureux de Fernande Barrey, une jeune Française qui était peintre. Il voulut l’épouser au plus vite. Il la représenta dans Fernande au perroquet, où elle était coiffée à la garçonne. En 1917, Foujita connut un grand succès avec ses aquarelles. Ami de Picasso et de Modigliani, il faisait désormais partie du cercle des artistes chéris par la fortune. Mais, absorbé par son travail, il délaissa son épouse qui le trompa. Il se vengea en fréquentant Lucie Badoud, qu’il rebaptisa Youki et qu’il installa dans son nou­vel appartement de Passy. Il la montra même nue aux yeux de tous au Salon d’automne de 1924 dans une composition où elle est allongée, blanche sur des draps blancs. Mais les choses se gâtèrent : celle-ci s’éprit bientôt de la maîtresse de Derain, Mado. Entraîné dans la spirale de la vie mondaine des artistes arrivés, Foujita, tout catholique fervent qu’il fut, adopta les moeurs libres de la modernité parisienne. Il peignit encore Youki dans le Nu assoupi (1926). Celle-ci ne tarde pas à s’éprendre de Robert Desnos, et Foujita, déjà frappé par le fisc, perdit le goût de peindre. Il décida d’épouser Youki et de partir avec elle au Japon en 1929. À son retour, il la quitta et s’embarqua pour le Brésil avec Madeleine Lequeux, son modèle. Puis il se rendit seul au Japon où il connut Kimiyo Horischi, une jeune serveuse. Madeleine devina sa trahison et fit scandale en arrivant au Japon. Elle se droguait de plus en plus et se noya dans le bassin de leur maison en 1936. Il se consola avec Kimiyo et rentra en France en 1939. Mais il dut repartir à cause de la guerre pour ne revenir qu’en 1950. Il divorça alors de Youki et finit ses jours dans cette France qu’il a tant aimée. En lisant l’histoire narrée par Sylvie Buisson, Foujita apparaît dans ses contradictions : léger, fantasque, dandy d’une part et, de l’autre, si faible devant l’amour, incapable de vivre son donjuanisme de façade.

Georges Férou

Foujita et ses amis du Montparnasse, de Sylvie Buisson, Éditions Alternatives.160 pages, 30 euros.

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