N° 149 – Les Lettres Françaises du 7 juin 2017

Au sommaire du numéro 149 des Lettres FrançaisesLes Saisons de Franck Delorieux, par Jean Ristat ; Ryôkan, par René de Ceccatty ; la Biennale de Venise, par Jean-Jacques Régibier ; Alexandre Dumas fils, par Christophe Mercier ; Nathalie Sarraute, par Christophe Mercier ; un inédit en français de Juan Villoro ; Heiner Müller, par Jean-Pierre Han…

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N° 97 – Les Lettres Françaises du 4 octobre 2012

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Au sommaire du numéro 97 : Dossier Henry de Montherlant, par Julien Blaine et Franck Delorieux ; Nguyên Huy Thiêp, par Jean Pierre Han ; Mathieu Riboulet par René de Ceccatty ; Raymond Radiguet, par Christophe Mercier ; Fabric Humbert, par Marc Sagaert ; Linda Lê, par Jean-François Nivet ; Silvia Ocampo, par Gérard-Georges Lemaire ; Yahia Belaskri, par Nathalie Philippe ; Michel Surya, par Jacques-Olivier Bégot… Continuer la lecture

N° 92 – Les Lettres Françaises du 5 avril 2012

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Au sommaire du numéro 92 : Erckmann-Chatrian, par Marianne Alphant et Christophe Mercier ; Jacques Rancière, par Jacques-Olivier Bégot et Jean-François Poirier ; Pierre Alferi, par Marc Sagaert ; Pasolini et le sport, par Sébastien Banse ; la bibliothèque chinoise de Jean Ristat ; Thomas Mann, par François Eychart ; Jacques Bidet,par Baptiste Eychart ; l’industrie du mensonge de John Stauber, Sheldon Rampton, par Sébastien Banse ; José Maria Sert photographe, par Franck Delorieux ; de Leos Janacek à Philippe Fénelon, par Claude Glayman ; Ursula Meier , par Luc Chatel. Continuer la lecture

Un festival de combat


Un festival de combat

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C’est peu dire que nos gouvernants actuels ne s’intéressent guère à la francophonie. Il suffit de voir ce qui se passe dans nos centres culturels à l’étranger. Alors, pour ce qui est de la francophonie, et plus encore des francophonies, sur nos propres terres, en Li­mousin par exemple, où depuis vingt-huit ans maintenant se tient un festival d’un intérêt et d’une qualité que plus personne ne lui dénie… Résultat, le ministère des Affaires étrangères que dirige (vraiment ?) Bernard Kouchner a baissé sa subvention de 20 % ; autant dire que la manifestation que dirige Marie-Agnès Sevestre a vraiment du plomb dans l’aile, si on veut bien considérer que ce n’est pas franchement du côté du ministère de la Culture qu’elle pourra trouver un supplément d’aide… Savoir que ce n’est pas seulement le festival qu’elle dirige qui se trouve dans cette impasse ne la consolera sûrement pas…

C’est donc une sorte de petit miracle que les « Francophonies », comme on les surnomme puissent, grâce à la ténacité de ses responsables, poursuivre sa route cette année, et continuer à être un formidable lieu de rencontres foison­nantes d’hommes et femmes, artistes, écrivains ou non, de cultures différentes ce qui, là encore, n’est guère dans l’air du temps (de nos diri­geants s’entend). On comprendra aisément que l’éditorial du programme du festival que signe Marie-Agnès Sevestre, ait une tonalité plus radicale que d’ordinaire dans ce genre de pu­blication. Et si, comme elle l’écrit, « construire un festival, dans ce contexte (qu’elle vient de décrire – NDLR), relève d’une sorte de défi, d’inconscience pour tout dire… », suivons-la dans ce défi et cette inconscience, comme nous ne pouvons que la suivre lorsqu’elle affirme (c’est le titre de son édito) vouloir offrir « la jouissance du verbe dans un monde incertain »…

Ce combat, cette radicalité se retrouvent dans la programmation qui a dû être resserrée sur dix jours seulement, du 23 septembre (jour de grève et de manifestations nationales : tout un symbole !) jusqu’au 2 octobre (autre jour de manifestation). Avec en ouverture « théâtrale », un spectacle québécois de Louis Mauffette, Poé­sie, sandwichs et autres soirs qui penchent, un spectacle de poésies (Marie-Agnès Sevestre tient parole, si on ose dire, concernant la « jouissance du verbe »), avec plus de vingt acteurs pour clamer et jouer Rimbaud, Aragon, Joyce, Tsve­taïeva et quelques autres. Un beau pied de nez aux « assis » de toutes sortes et de tous bords, malheureusement pas toujours convaincant, et même, à certains égards, plutôt naïf et convenu. Mais enfin le « la » était donné. Aux antipodes de cette « foire » poétique, le Corps blanc, de la chorégraphe Ea Sola, est apparu d’une rigueur extrême, bâti à partir du texte d’Étienne de La Boétie, Discours de la servitude volontaire. Il aura donc fallu que ce soit une artiste vietna­mienne qui nous restitue, à sa belle manière, ce texte majeur écrit par un jeune homme de seize ou dix-huit ans aux alentours de 1548, dans un pays en proie aux troubles religieux… Le résultat sur le plateau (le spectacle avait été créé il y a un peu plus d’un an mais a été retra­vaillé, et apparaît encore plus rigoureux qu’il ne l’était) est étonnant et fort, d’une radicalité qui aura sûrement choqué plus d’un spectateur peu habitué à ce type de proposition. Il n’empêche, trois danseurs tentent de se dépêtrer comme ils le peuvent de cette servitude qui leur colle à la peau. Leurs gesticulations (ou ce que l’on pourrait considérer comme tel) réglées avec une rigueur extrême ne nous apparaissent la plus grande partie du spectacle que derrière un écran de plastique translucide, nous projetant dans une sorte de vision cauchemardesque qui nous renvoie à notre propre existence ligotée dans notre société de consommation. Corps contraints, Ea Sola s’interdit et nous interdit toute échappatoire, c’est-à-dire tout mouve­ment chorégraphique traditionnel.

Le festival, cette année, marche en synergie avec le 50e anniversaire des indépendances africaines. Retour donc sur les années 1960 et l’émergence de jeunes nations débarras­sées du colonialisme et pleines de nouvelles espérances. Avec Vérité de soldat, un « docu-fiction théâtral » de BlonBa, mis en scène par Patrick Le Mauff l’ancien directeur (de 2000 à 2006) du festival, sur un texte de Jean-Louis Sagot-Duvauroux d’après le livre de Soungalo Samaké, nous y plongeons totalement. Nous sommes au coeur du Mali contemporain où Soungalo Samaké, un sous-officier parachu­tiste qui arrêta lui-même le premier président de la République du Mali, Modibo Keita, et devint donc un des principaux acteurs de la répression menée par le nouveau chef d’État, Moussa Traoré, avant d’être arrêté et empri­sonné à son tour, retrouve à sa sortie de prison un intellectuel progressiste qu’il a lui-même torturé. Entre les deux hommes un surpre­nant rapport s’établit, le deuxième, Amadou Traoré, finissant par publier les mémoires de son ex-tortionnaire… Docu-fiction ? L’histoire est véridique. Elle nous permet de suivre les soubresauts de l’évolution d’un pays en voie d’émergence. Comme l’affaire est menée, à la fois en langue bamanan et en français, avec doigté et un vrai et discret savoir théâtral par Patrick Le Mauff, on est réellement captivé. Les trois acteurs Adama Bagayoko, Maïmou­na Doumbia (le personnage de la femme née d’un viol collectif ressortit ici de la fiction) et Michel Sangaré sont tout simplement parfaits de retenue. Un spectacle éminemment poli­tique, aux antipodes de la mode du bruit et de la fureur d’aujourd’hui, voilà qui est rare et mérite attention, malgré les quelques défauts (longueur, rythme) que les mauvais esprits ne manqueront pas de mettre en exergue.

Voilà aussi qui est emblématique du festival, nouvelle manière si on ose dire, qui se profes­sionnalise au plan de l’esthétique et qui aborde de front les problèmes politiques, comme cela a sans doute été le cas dans le très attendu Amne­sia des tunisiens Jalila Baccar et Fadhel Jaïbi, qui tournera dans notre Hexagone à défaut de pouvoir être joué dans son pays d’origine. Comme c’est le cas pour les Inepties volantes, de Dieudonné Niangouna, reprises ici après avoir triomphé en 2009 au Festival d’Avignon. Mais c’est un juste retour des choses, puisque la pièce avait été lue au festival des Francophonies en 2008…

Ce ne sont là que quelques très lacunaires mais emblématiques exemples destinés à (ré)affirmer la nécessité du festival des Francopho­nies en Limousin, puisque malheureusement la question est bien de savoir s’il pourra perdurer.

Jean-Pierre Han

Festival les Francophonies en Limousin, jusqu’au 2 octobre. Tél. : 05 55 10 90 10.

Un bel Octobre pour Elsa Triolet et Aragon


Un bel Octobre pour Elsa Triolet et Aragon

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Hier, le ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, et moi-même avons dévoilé une plaque commémorative au 56, rue de Varenne, à Paris. Elsa Triolet et Louis Aragon, en effet, ont vécu et écrit au dernier étage de l’hôtel Gouffier de Thoix, dès le mois de mars 1960. Aragon y ferma les yeux le 24 décembre 1982. Jusqu’en 1984, j’ai espéré que le gouvernement de la République en ferait un musée. Pour des raisons diverses et pas toujours avouées, le président François Mitterrand fit la sourde oreille et renvoya la responsabilité
du refus de l’État au premier ministre de l’époque, Laurent Fabius. C’est du moins ce qu’il me confia alors que je lui exprimais, quelques années plus tard, mes regrets. L’hôtel avait été acheté en 1975 par Matignon, et l’urgence d’y installer certains services du premier ministre l’emporta sur la nécessité d’inscrire dans le patrimoine de la nation l’appartement de l’un des plus grands écrivains français. Il faut savoir que, dans les dernières années de sa vie, le poète l’avait transformé en un collage extraordinaire, en faisant à lui seul une véritable œuvre d’art. Bref, je ne relancerai pas la polémique. Le lecteur me pardonnera, mais cette affaire, comme celle du refus d’obsèques nationales pour Aragon, reste pour moi depuis lors un sujet de colère. Ah !, si Aragon n’avait pas été communiste ! Le président Pompidou ne lui avait pourtant pas demandé de rendre sa carte du PCF en l’assurant, après l’achat de l’immeuble, qu’il y vivrait jusqu’à la fin de ses jours. Il accéda aussi au souhait du poète de voir les autres locataires bénéficier de la même faveur que celle dont il faisait l’objet.
La pose d’une plaque console un peu. Et il me revient à la mémoire une manifestation que j’avais organisée avec les amis de la revue Digraphe et la Société des amis de Louis Aragon et Elsa Triolet, rue de Varenne, précisément, au 56. Nous voulions débaptiser la rue et lui donner le nom d’Aragon. Nous demandons que le poète de Paris – vous savez celui qui écrivit : « Arrachez-moi le coeur, vous y verrez Paris » – possède enfin sa rue dans la capitale et, en attendant, à tout le moins, sa place ou son square.
Aujourd’hui, samedi, une autre plaque sera dévoilée par le maire du 1er arrondissement, à 17 h 30. Elsa et Louis, de 1935 à 1960, ont habité dans un petit immeuble situé rue de la Sourdière, « un petit deux pièces et demie », pour reprendre l’expression de Jean Cocteau qui leur rend visite en 1956, et ne s’explique pas « comment Louis et Elsa n’y disparaissent pas sous les livres ».

Jean Ristat