Graine de fascistes à l’œuvre


Graine de fascistes à l’œuvre

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Que les spectateurs venus voir au Théâtre de la Ville la dernière création de l’Italien Romeo Castellucci, Sul concetto di volto nel figlio di Dio (Sur le concept du visage du fils de Dieu), aient eu à subir l’agression des intégristes de l’organisation Civitas n’étonnera sans doute personne, étant donné le climat délétère dans lequel nous vivons depuis quelque temps, résultat notoire du « travail » de l’équipe gouvernementale du moment aux ordres de son président bien-aimé. On sera encore moins étonné lorsqu’on se sera quelque peu renseigné sur les activités de cette fameuse Civitas, repaire de néofascistes de tout poil aux méfaits déjà fort anciens. Pour l’heure, et pour faire bonne figure, Civitas, qui avait officiellement demandé, par voie de justice, l’interdiction des représentations – demande rejetée par le tribunal de grande instance –, explique gravement que ses actions n’ont d’autre but que « la reconquête politique et sociale visant à rechristianiser la France». Reste à savoir selon quelles méthodes. Celles-ci excluant, ça va de soi, tout début de dialogue, ce que pourtant les responsables du Théâtre de la Ville, qu’il faut saluer ici, tentèrent à juste titre d’entamer sur le plateau envahi, le jour de la première du spectacle.

Les Lettres Francaises, revue littéraire et culturelle

Sur le concept du visage de Dieu, Romeo Castellucci

C’est bien connu : on n’est jamais aussi obtus que dans l’ignorance : la majeure partie des trublions fascisants n’ont pas vu le spectacle de Castellucci présenté cet été, sans incident, au Festival d’Avignon (et auraient donc été dans l’incapacité de nous expliquer en quoi le spectacle pouvait heurter leur conscience ou ce qui en tient lieu). Ne parlons pas des autres pays où le spectacle a été joué, en Italie, en Allemagne, en Belgique, en Norvège, en Grande-Bretagne, en Espagne, en Russie, aux Pays-Bas, en Grèce, en Suisse et en Pologne, sans aucun problème. Bref, ce n’est pas avec Civitas, qui parle de manifestation spontanée (!), une spontanéité préparée de longue date (ce n’était que hasard si quelques manifestants aux gros bras avaient des grenades lacrymogènes dans leurs poches et nous en ont fait, en bonne charité chrétienne, humer le parfum), qu’il faut espérer la moindre intelligible accroche. Et lorsque Castellucci, dans un grand geste œcuménique, explique, dans le communiqué qu’il a cru devoir faire paraître après les incidents, qu’il leur pardonne « parce qu’ils ne savent pas ce qu’ils font », on reste pour le moins sceptique, pour ne pas dire plus. Parce que, justement, si, « ils » savent ce qu’ils font ! Expliquer par ailleurs que son spectacle est « spirituel et christique », c’est se placer sur le terrain nauséabond de ces individus. Et si, d’aventure, Sur le concept du visage du fils de Dieu n’était ni spirituel ni christique, cela ne changerait rien à l’affaire, et nous nous ferions, de toute façon, un devoir de défendre le spectacle. Ne pas se mettre sur le même terrain que ces gens-là, ne pas répondre à la provocation comme l’ont fait les responsables du Théâtre de la Ville (il leur aurait été facile d’expulser manu militari ces faux angelots bramant quelques chants religieux) reste la meilleure des attitudes à adopter.

Civitas nous promet d’autres actions du même type avec le futur spectacle de Rodrigo Garcia, Golgota picnic, qui doit se donner au Théâtre du Rond-Point en décembre prochain : liste non close, je suppose.

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Golgota Picnic, de Rodrigo Garcia

En réalité, ces spectacles, de Romeo Castellucci ou de Rodrigo Garcia, ne sont que prétextes à manifestations : la « chose immonde », pour reprendre l’expression de Brecht, veut désormais se montrer en plein jour. Elle pense sans doute que le « climat » de notre société actuelle, je le répète, l’y autorise (voir l’« honorable » inscription du FN et de sa dame patronnesse dans notre univers quotidien). Pour ce qui est du spectacle théâtral (j’insiste sur ce qualificatif), Sur le concept du visage du fils de Dieu, je suis loin de partager l’enthousiasme d’une grande partie de mes confrères critiques, et les explications de texte de Castellucci lui-même ne changent rien à mon sentiment. Je comprends bien – il faudrait être aveugle pour passer à côté – le propos du metteur en scène italien, mais sa résolution scénique ne me convainc guère. Soit, très simplement, en toile de fond, le visage du fils de Dieu d’après le Salvator Mundi du célèbre peintre du Quattrocento, Antonello da Messina. Sous ce regard, sur le plateau donc, un intérieur bourgeois stylisé et réduit au strict minimum, le tout d’une blancheur éclatante.

Là, durant les cinquante minutes que dure le spectacle, un vieil homme incontinent souille le sol, le canapé, ses mains et son propre visage, le lit sur lequel il finira en tremblotant par déverser des litres d’excréments (le tout de manière on ne peut plus réaliste). Son fils, pourtant sur le point de partir à son travail, prend soin de lui, le rassure, le déshabille, le lave, lui met des couches, le rhabille, nettoie les saletés, réprime un mouvement d’impatience, se reprend, mais épuisé et découragé ira se plaquer contre l’immense figure du Christ… laquelle finit par se brouiller (un voile noir translucide vient le recouvrir), se fissurer et se déchirer… Apparaît cette citation : « You are not my shepherd (Tu n’es pas mon berger). » Noir.

C’est tout, avec juste quelques bribes de dialogue émises mezzo voce, et qui, en substance, sont de cet ordre (extrait pris auhasard) : « Le Fils : Ça va, papa? – … Le Fils : Comment vas-tu ce matin ? Tu as bien dormi ? Qu’est-ce que tu regardes ? Qu’est- ce qu’il y a à la télé? – Le Père: les… les… animaux – Le Fils: Oh ! Un documentaire, c’est bien. C’est quoi ? Des pingouins ? Voilà, j’ai préparé tes ”bonbons” », etc. C’est d’une violence insoutenable, paraît-il. J’entends bien le rapport du Christ et des pauvres créatures humaines que nous sommes, j’entends bien aussi que « nous sommes tous, nous, les spectateurs, l’objet de Son regard », que l’amour et la compassion du fils pour le père sont choses extraordinaires, mais encore ? « Cette histoire- là, cette condition nous appartient. C’est nous qui sommes sur le plateau… » Pas si sûr que cela. Tout cela glisse, comme le voile sur le visage du Christ, sur le mécréant que je suis, et que l’on ne me fasse pas le coup de l’« ineffable », je n’y crois pas plus, de cette manière-là qui est d’un sérieux de plomb.

Mais encore une fois, c’est là un avis tout personnel, qui n’obère en rien le fait de défendre bec et ongles la liberté de parole et de pensée de Castellucci. Que cela soit dit.

Jean-Pierre Han

Sul concetto di volto nel figlio di Dio, de Romeo Castellucci.
Jusqu’au 6 novembre au Cent Quatre.

 

 


René Schérer, éveilleur


René Schérer, éveilleur

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Importance des noms et, s’agissant des livres, importance donc des titres. Ses enfants de papier, un véritable écrivain les conçoit en effet avec son sang, son sperme, son amour, exactement comme ses enfants de chair. Aussi, donner un titre à un livre est un acte aussi important, et de même nature, que de choisir le prénom de baptême d’un enfant. Je n’irai pas jusqu’à dire que trouver le titre de notre prochain livre, c’est le principal, c’est quasi l’avoir déjà écrit, car souvent c’est au cours de l’écriture du livre que son titre nous vient à l’esprit, s’impose à nous, mais il y a un peu de ça.

Aquarelle par RenéSchérer

La différence entre un bouquin et un mou­flet, c’est qu’un même prénom peut être donné au cours des siècles à des millions d’enfants (il y aura toujours des Marie, des Pierre, des Élisabeth, des Alexandre, ainsi que des René et des Gabriel), mais qu’un titre, une fois qu’il est donné, appartient à son auteur pour l’éternité, il devient inutilisable, et, sauf à être un imbécile (ou un sacré étourdi !), aucun de nous n’oserait intituler son nouveau livre l’Iliade ou De rerum natura, Manfred ou les Fleurs du mal, la Divine Comédie ou les Illusions perdues, Satiricon ou l’Éducation sentimentale, La vie est un songe ou Guerre et Paix, le Discours de la méthode ou le Monde comme volonté et comme représentation. Ces remarques préliminaires, je les fais pour aboutir à ceci : un auteur, qu’il soit romancier, ou poète, ou philosophe, si c’est un de ces écrivains (les seuls qui comptent à mes yeux) qui « se fourrent tout entiers dans leurs livres », selon l’heureuse formule de Schopenhauer, qui écrivent avec le sang de leur coeur (« Pour écrire, il faut mettre ses tripes sur la table », soutenait avec raison Céline) – il suffit de lire à haute voix la liste de ses ouvrages, et cette succession de titres vous donne une idée clair de sa sensibilité, de son univers singulier, de ses idées fixes.

Vous n’avez encore jamais lu une ligne de René Schérer ? Vous avez de la chance, car vous allez ainsi avoir le bonheur de découvrir un contemporain essentiel, un maître, un éveilleur. Et pour vous donner une idée, un avant-goût du monde où vous vous apprêtez à entrer, pour vous mettre en appétit, voici les titres de quelques-uns de ses livres : Charles Fourier, l’attraction passionnée ; Émile perverti ; Une érotique puérile ; l’Âme atomique ; Pari sur l’impossible ; Zeus hospitalier, éloge de l’hospi­talité ; Utopies nomades ; Passages pasoliniens ; Nourritures anarchistes. Je m’arrête là, il est hors de question que je vous mâche la besogne, à présent c’est à vous de partir à la chasse au trésor, à la rencontre de cet esprit libre et libéra­teur, mais j’espère que dans ces titres superbes vous avez déjà capté des mots, des formules qui vous font vibrer, rêver. J’ai, dans le privé, souvent comparé René Schérer à l’Aliocha Karamazov de Dostoïevski. Vous vous souvenez du sublime dernier chapitre des Frères Karamazov, d’Aliocha parmi les enfants ? Je vous en rappelle six ou sept lignes :

« Mes enfants, mes chers amis, ne craignez pas la vie ! Elle est belle quand on pratique le bien et le vrai !
– Oui, oui ! répétèrent les enfants enthou­siasmés.
– Karamazov, nous vous aimons, s’écria l’un d’eux, Kartachov, sans doute.
– Nous vous aimons, nous vous aimons ! reprirent-ils en choeur. Beaucoup avaient les larmes aux yeux.
– Hourra pour Karamazov ! proclama Kolia. »

Qu’il s’agisse de cet ultime chapitre, ou du livre X intitulé « Les Garçons », les pages que Dostoïevski consacre au jeune Aliocha, cet éducateur au coeur tendre, ce jeune homme lumineux qui éclaire les autres par son intelli­gence, sa bonté et son amour, me font, depuis que j’ai fait sa connaissance, toujours pensé à René Schérer. Il y a, dans la générosité, le courage, parfois l’apparente ingénuité de René Schérer, un je-ne-sais-quoi de dostoïevskien, de folie russe. J’ai nommé Aliocha Karamazov. Nommons aussi le prince Mychkine, ce fol en Christ, cet utopiste foudroyé. C’est en 1974 que je me suis lié d’amitié avec René Schérer. J’aurais pu le connaître dès les années 65, 66, par le truchement de notre ami commun Georges Lapassade, qui m’en parlait souvent à l’époque où nous vivions à Sidi-Bou-Saïd, lui professeur à l’Université de Tunis et moi écrivant mon premier roman, mais pour des raisons diverses (dues essentiellement à mon existence voyageuse et bohème), notre rencontre n’eut lieu que huit ans plus tard.

Dans l’avant-propos d’une nouvelle édition d’Émile perverti, René Schérer évoque avec une justesse extrême l’atmosphère de ces années soixante-dix où nous devînmes amis. C’était l’époque où tout semblait possible, où pa­raissaient dans un mouchoir de poche des livres tels qu’Émile perverti de René Schérer, l’Après-mai des faunes de Guy Hocquen­ghem, le Bon Sexe illustré de Tony Duvert, les Moins de seize ans de votre serviteur. Nous accor­dions alors, d’une manière qui, rétrospectivement, nous semble aujourd’hui fort naïve, un grand pouvoir à la littérature. Nous étions convaincus que nos livres pouvaient contribuer à rendre la société plus lucide, et donc plus libre ; nous voulions convaincre nos lecteurs de n’avoir pas peur de leurs passions, nous voulions leur enseigner le bonheur. « Époque d’illusions au­jourd’hui perdues », observe René Schérer. Soit, mais l’essentiel est que nos livres aient été écrits et publiés. Désormais, ils existent et rien ne pourra les empêcher d’exister. En revanche, je plains sincèrement les jeunes gens qui entrent ces jours-ci dans la vie littéraire, car les directeurs littéraires ayant été désormais remplacés par des avocats qui couchent les manuscrits inédits sur le lit de Procuste et coupent tout ce qui dépasse, tout ce qui pourrait choquer les quakeresses de droite et les psychiatres de gauche, tout ce qui est contraire au nouvel ordre mondial cher aux puritains amerloques, tout ce qui serait susceptible d’en­voyer l’auteur et l’éditeur devant les tribunaux, ces braves jeunes gens risquent de ne plus oser s’exprimer ; risquent d’être tentés par ce qui est bien pire que la plus flicarde des censures : l’irrémédiable autocensure.

Pour les livres que nous avons publiés dans les années où la liberté régnait, nous sommes tranquilles. Certes, ils sont parfois épuisés, in­trouvables, et en raison de la régression pha­risaïque qui s’impatronise sur la planète, et singulièrement en France, nos pusillanimes éditeurs hésitent à les rééditer. C’est fâcheux, mais secondaire, car, comme l’écrit très bien René Schérer lui-même, « l’Histoire procède en zigzag ». Un jour, le vent tournera, les gens seront las de se voir dicter par l’État, la justice et la police ce qu’ils doivent penser, écrire, fumer, manger, aimer (et surtout ce qu’ils ne doivent pas penser, écrire, fumer, manger, aimer), ils se dresseront contre ce fascisme de la santé et de la vertu qui nous surplombe, prétend régenter nos vies, et alors nos livres maudits se retrou­veront en piles chez les libraires, à l’honneur dans leurs vitrines.

Les premiers livres de Schérer ne sont peut-être pas faciles à trouver, mais ils sont aujourd’hui encore plus actuels, nécessaires, que lors de leur publication, car chacun d’eux est animé par un joyeux et dionysiaque souffle libertaire qui ouvre grand les fenêtres, brise les verrous de la prison politique et morale où tant de nos contemporains demeurent enfermés.

Voilà déjà longtemps que la Charte des enfants publiée en 1977 par notre ami Bertrand Boulin a été détournée de son sens et « récu­pérée » (comme on dit) par les pires ennemis du droit des enfants et des adolescents. Sous le prétexte de les protéger, la société adulte trace autour d’eux un véritable cordon sanitaire, un nouveau mur de Berlin. « Non seulement les enfants ont des droits, écrit Schérer, mais ils étouffent sous eux. » Aujourd’hui, nos ado­lescents sont mis en cage par une législation à prétentions pédagogiques dont le plus clair effet est de les empêcher de disposer d’eux-mêmes, de leur cœur, de leur corps, de leurs caresses et de leurs baisers, leur interdit de cir­culer librement, de se lier d’amitié ou d’amour avec des adultes autres que ceux désignés par l’institution. Jadis, on expliquait à l’enfant, à l’Émile de Rousseau, que la masturbation rendait fou ; à présent, on lui apprend à se méfier des vilains messieurs, et à les dénoncer à la police.

Schérer est un philosophe, mais, à l’instar des plus grands, de Platon à Kant, il n’oublie jamais qu’il est aussi un éducateur, un aîné qui a un savoir à transmettre à ses cadets (un des plus beaux livres de Nietzsche, qui est un hommage au maître de sa jeunesse, s’intitule précisément Schopenhauer éducateur). C’est pourquoi une bonne part de l’oeuvre de Schérer peut être lue comme un manuel sur l’art de résister au pouvoir adulte, l’art de refuser un univers aseptisé où le juridique codifierait nos actes et réglerait nos comportements. Il y a l’art du tir à l’arc cher au bouddhisme zen ; il y a l’art de l’errance, de l’aventure, de la passion, cher au fouriériste René Schérer.

Ceux qui ont lu les tomes déjà publiés de mon journal intime savent que le nom de René

Aquarelle de René Schérer

Schérer y est souvent associé à des événements d’ordre culinaire, gastronomique. « Quand on te lit, m’a déclaré en riant un de nos amis communs, on a l’impression que René et toi vous passez votre temps à vous taper la cloche ! » De fait, voilà trente-six ans que j’ai mon rond de serviette chez René Schérer, et les bouteilles que nous avons vidées de concert sont plus nombreuses que les arbres de la forêt de Brocéliande. Lucullus dîne chez Lucullus, tel est notre cri de guerre. Je m’empresse de préciser que si je suis una buona forchetta e un buon bicchiere, René, lui est d’une frugalité spar­tiate qui fait l’admiration de ses proches. Je donne ces détails d’ordre intime pour mettre en lumière un trait caractéristique de notre philosophe : son sens de l’amitié, sa capacité d’accueil, son goût de l’hospitalité. Un de ses plus beaux livres, publié en 1993 et récemment réédité dans une collection de poche, se nomme Zeus hospitalier, et a pour sous-titre Éloge de l’hospitalité. C’est un essai qui occupe dans son œuvre une place toute spéciale, comparable à celle qu’occupe la Beauté du métis dans l’oeuvre de Guy Hocquenghem. Schérer s’engage, se dévoile, dans cha­cun de ses ouvrages, mais j’ai, à tort ou à raison, l’impression qu’il s’est « fourré » (pour parler comme Schopenhauer) dans ce­lui-ci avec encore plus d’audace et d’enthousiasme que dans les autres. C’est un livre d’une ri­chesse extraordinaire où René Schérer convoque l’histoire et la poésie, l’amour et la loi, la sphère politique et la vie privée, où il in­vite au banquet ses contempo­rains d’élection (Walter Benjamin, Jean Genet, Pier Paolo Pasolini, Guy Hocquenghem) où, dans un style d’une vivacité et d’une limpidité enchanteresses (vous vous souvenez de la prière de Tolstoï que chaque écrivain véritable peut faire sienne : « Seigneur, donne-moi la simplicité du style »), il livre le meilleur de sa pensée, de son enseignement.

Oui, en vérité, Lucullus dîne chez Lucullus ! Lire René Schérer est un vrai régal, une vivi­fiante nourriture. Comme un plat roboratif et un vin rapicolant, ses livres dilatent notre coeur, libèrent nos petites cellules grises, insufflent à nos corps et à nos âmes (atomiques) une énergie toujours adolescente, une attraction passionnée.

Gabriel Matzneff

N°76-Novembre 2010