Lettres d’Asie (I) : Des royaumes de Siam a la Thailande


Des royaumes de Siam a la Thailande

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De la Thailande, l’Occidental moyen n’a généralement qu’une vision parcellaire, faite tout à la fois de paysages paradisiaques ou l’azur céleste le dispute à l’emeraude de la mer d’Andaman, et de commerces plus douteux. Or, la carte postale dissimule d’autres trésors, ne serait-ce que les vestiges de la grandeur des royaume de Siam qui se sont succédé. Sukothai, pour commencer, ou l’on circule paisiblement au milieu des ruines de la cité considérée, a son apogée, comme l’âge d’or de la civilisation thailandaise. Ici, ou la quiétude écrit ses plus belles mélopées, règne l’esprit de l’ancien empire khmer dont témoignent les prang des anciens temples disséminés ici et là. La Thailande moderne a élu domicile un peu plus loin, laissant son patrimoine aux bons soins des innombrables Bouddha que l’on ne peut ignorer tant est puissante l’immanence de Siddharta. Au soleil couchant, les pointes des stupas s’élancent comme des allumettes prêtes à s’enflammer et les prières des pèlerins avec elles. Plus tard, à partir de 1350, c’est vers Ayyuthaya que les regards convergent. De l’ancienne capitale royale ne subsistent plus que quelques reliques architecturales, toutefois très bien conservées. Vaste musée à ciel ouvert, la vieille ville soupire au milieu du tumulte de la vie. Dès les premières heures du jour, la population s’affaire devant, à côté et au milieu des reliquats d’une gloire révolue et silencieuse. Dernière capitale royale avant le déplacement des autorités vers Bangkok, Ayyuthaya demeure. Orpheline et exsangue. Sa mise à sac par les Birmans ne lui a laissé que des pierres blessées. Apres avoir vu régner trente-trois rois, la belle endormie, isolée par de trop timides douves, n’en impose plus beaucoup à personne. Dans ses vieilles pierres, seule la memoire a résisté. Elle se tait, attendant peut-être une renaissance sous les ors de plus grands palais, ainsi que le bouddhisme commande à ceux qui n’ont pas encore atteint le nirvana.

Le coeur thailandais bat plus fort au nord, à Chiang Mai, la perle du royaume Lanna des XIVe et XVe siècles. Aujourd’hui, la “rose du nord” se veut la capitale culturelle et artistique du pays, comme en attestent ses universités et son artisanat. A la croisée des grandes routes d’Asie, Chiang Mai arbore avec une fierte non feinte les stigmates de ses multiples influences chinoise, laotienne et birmane. Elle aussi protégée par une suite de douves marquant les limites de l’ancienne cité, Chiang Mai préserve ses trésors avec orgueil. Mais le troisieme millénaire est passé par là. Un trafic incessant fait bourdonner la ceinture aquatique de la ville presque au point de faire frémir l’onde de ses canaux. Pas un mètre carré de façade qui ne soit exploité par des panneaux publicitaires géants, à tel point que les anciennes maisons traditionnelles en bois de teck ayant résisté au béton des bureaux et des hôtels échappent aux regards gourmands d’authenticité. L’heure est à l’ouverture. L’Occident s’est installé confortablement parmi les étals de nourriture, dans les ruelles aux jardins luxuriants. Les visages aux longs nez, aux yeux et à la peau clairs sont légions dans cet oasis moderne, chéri par la Thailande tout entière, ou toutes les langues du monde se retrouvent dans un concert d’ouverture tant commerciale que culturelle. En quelques années, Chiang Mai est devenue la résidence secondaire, voire principale, des Occidentaux fatigués de la complexité écrasante de l’Ouest… de son inertie aussi. Par un sourire, on règle un léger différend, par un clin d’oeil, un contrat de bail. Etrange sentiment de simplicité… comme partout dans ce royaume qui ne dort jamais, mais où la vie a conservé un rythme humain, une respiration en phase avec la physiologie cardiaque des hommes, même à Bangkok ou le fourmillement n’est qu’une illusion. Toujours occupée mais jamais pressée, affairée sans être stressée, active et non productiviste, la Thailande cultive les préceptes bouddhiques avec rigueur, paisiblement, jusqu’à l’indolence. Demain est sans doute un autre jour, rien ne compte plus qu’aujourd’hui. Et l’on n’oublie jamais qu’une pièce de monnaie possède deux faces, que lorsqu’un commerce tire son rideau de fer le soir venu, on peut installer sur son trottoir quelques tables qui feront office de restaurant de plein air grâce à une cambuse motorisée d’où sortiront des soupes de nouilles de riz aux saveurs hétéroclites. L’espace n’est pas envahi. Il est utilisé, optimisé au nom d’un art de vivre commandé par la proximité. Quand l’Occidental se demande “pouquoi ?”, le Thai lui rétorque “pourquoi pas ?”. Parce qu’il a trouvé la solution avant d’avoir songé à la possibilite du problème.

C’est que le royaume ne lui laisse pas vraiment le choix. Vénéré comme un dieu, le roi semble peu au fait de la condition moyenne de ses sujets. Pour vivre, le Thai se debrouille. Pour survivre, il déploie des trésors d’ingéniosité et tout est prétexte à commerce. D’une branche d’arbre marginale au-dessus d’un filet de rivière, il réalise la structure d’une balancoire. Un pneu usagé lui servira de siège. Quelques jours de trek dans la jungle du nord-ouest permettent de mieux saisir le situation des réfugiés birmans, regroupés par familles dans des villages moyenâgeux qui ignorent l’eau courante et parfois l’électricité. Un peu d’artisanat et d’agriculture suffisent à la subsistance des plus modestes d’entre eux. Le pouvoir royal a consenti à procurer gracieusement l’électricité à ces populations d’un autre temps et leur permet de cultiver des fruits et des légumes dans des zones spécialement créées pour elles. Pour combien de temps encore ? L’indigence des villages les plus reculés confine au désespoir. Toutefois, rien ne semble emtamer la joie de vivre de ces laissés pour compte de la géopolitique. Au-delà du symbole, ces excroissances de la répression birmane, coincées entre deux regimes, forment un creuset ethnique d’une richesse étonnante ou communiquent et se répondent les langues birmane, hmong et thai. Cependant, l’identité nationale thailandaise, loin d’être une simple idée ici, se rappelle à chacun et chacune tous les jours à 8 heures et 18 heures : au son de l’hymne national, tous se figent. Plus rien ne bouge. Le piéton s’immobilise et s’imprègne rigoureusement des paroles chantées par un choeur d’enfants sur une marche militaire joyeuse. En l’espace d’une minute, deux fois par jour, la Thailande entre en communion avec son roi, son royaume et sa nation. La minute suivante, la lutte pour la vie reprend ses droits.

Matthieu Levy-Hardy


Les Lettres Francaises, Janvier 2011, N°78


René Schérer, éveilleur


René Schérer, éveilleur

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Importance des noms et, s’agissant des livres, importance donc des titres. Ses enfants de papier, un véritable écrivain les conçoit en effet avec son sang, son sperme, son amour, exactement comme ses enfants de chair. Aussi, donner un titre à un livre est un acte aussi important, et de même nature, que de choisir le prénom de baptême d’un enfant. Je n’irai pas jusqu’à dire que trouver le titre de notre prochain livre, c’est le principal, c’est quasi l’avoir déjà écrit, car souvent c’est au cours de l’écriture du livre que son titre nous vient à l’esprit, s’impose à nous, mais il y a un peu de ça.

Aquarelle par RenéSchérer

La différence entre un bouquin et un mou­flet, c’est qu’un même prénom peut être donné au cours des siècles à des millions d’enfants (il y aura toujours des Marie, des Pierre, des Élisabeth, des Alexandre, ainsi que des René et des Gabriel), mais qu’un titre, une fois qu’il est donné, appartient à son auteur pour l’éternité, il devient inutilisable, et, sauf à être un imbécile (ou un sacré étourdi !), aucun de nous n’oserait intituler son nouveau livre l’Iliade ou De rerum natura, Manfred ou les Fleurs du mal, la Divine Comédie ou les Illusions perdues, Satiricon ou l’Éducation sentimentale, La vie est un songe ou Guerre et Paix, le Discours de la méthode ou le Monde comme volonté et comme représentation. Ces remarques préliminaires, je les fais pour aboutir à ceci : un auteur, qu’il soit romancier, ou poète, ou philosophe, si c’est un de ces écrivains (les seuls qui comptent à mes yeux) qui « se fourrent tout entiers dans leurs livres », selon l’heureuse formule de Schopenhauer, qui écrivent avec le sang de leur coeur (« Pour écrire, il faut mettre ses tripes sur la table », soutenait avec raison Céline) – il suffit de lire à haute voix la liste de ses ouvrages, et cette succession de titres vous donne une idée clair de sa sensibilité, de son univers singulier, de ses idées fixes.

Vous n’avez encore jamais lu une ligne de René Schérer ? Vous avez de la chance, car vous allez ainsi avoir le bonheur de découvrir un contemporain essentiel, un maître, un éveilleur. Et pour vous donner une idée, un avant-goût du monde où vous vous apprêtez à entrer, pour vous mettre en appétit, voici les titres de quelques-uns de ses livres : Charles Fourier, l’attraction passionnée ; Émile perverti ; Une érotique puérile ; l’Âme atomique ; Pari sur l’impossible ; Zeus hospitalier, éloge de l’hospi­talité ; Utopies nomades ; Passages pasoliniens ; Nourritures anarchistes. Je m’arrête là, il est hors de question que je vous mâche la besogne, à présent c’est à vous de partir à la chasse au trésor, à la rencontre de cet esprit libre et libéra­teur, mais j’espère que dans ces titres superbes vous avez déjà capté des mots, des formules qui vous font vibrer, rêver. J’ai, dans le privé, souvent comparé René Schérer à l’Aliocha Karamazov de Dostoïevski. Vous vous souvenez du sublime dernier chapitre des Frères Karamazov, d’Aliocha parmi les enfants ? Je vous en rappelle six ou sept lignes :

« Mes enfants, mes chers amis, ne craignez pas la vie ! Elle est belle quand on pratique le bien et le vrai !
– Oui, oui ! répétèrent les enfants enthou­siasmés.
– Karamazov, nous vous aimons, s’écria l’un d’eux, Kartachov, sans doute.
– Nous vous aimons, nous vous aimons ! reprirent-ils en choeur. Beaucoup avaient les larmes aux yeux.
– Hourra pour Karamazov ! proclama Kolia. »

Qu’il s’agisse de cet ultime chapitre, ou du livre X intitulé « Les Garçons », les pages que Dostoïevski consacre au jeune Aliocha, cet éducateur au coeur tendre, ce jeune homme lumineux qui éclaire les autres par son intelli­gence, sa bonté et son amour, me font, depuis que j’ai fait sa connaissance, toujours pensé à René Schérer. Il y a, dans la générosité, le courage, parfois l’apparente ingénuité de René Schérer, un je-ne-sais-quoi de dostoïevskien, de folie russe. J’ai nommé Aliocha Karamazov. Nommons aussi le prince Mychkine, ce fol en Christ, cet utopiste foudroyé. C’est en 1974 que je me suis lié d’amitié avec René Schérer. J’aurais pu le connaître dès les années 65, 66, par le truchement de notre ami commun Georges Lapassade, qui m’en parlait souvent à l’époque où nous vivions à Sidi-Bou-Saïd, lui professeur à l’Université de Tunis et moi écrivant mon premier roman, mais pour des raisons diverses (dues essentiellement à mon existence voyageuse et bohème), notre rencontre n’eut lieu que huit ans plus tard.

Dans l’avant-propos d’une nouvelle édition d’Émile perverti, René Schérer évoque avec une justesse extrême l’atmosphère de ces années soixante-dix où nous devînmes amis. C’était l’époque où tout semblait possible, où pa­raissaient dans un mouchoir de poche des livres tels qu’Émile perverti de René Schérer, l’Après-mai des faunes de Guy Hocquen­ghem, le Bon Sexe illustré de Tony Duvert, les Moins de seize ans de votre serviteur. Nous accor­dions alors, d’une manière qui, rétrospectivement, nous semble aujourd’hui fort naïve, un grand pouvoir à la littérature. Nous étions convaincus que nos livres pouvaient contribuer à rendre la société plus lucide, et donc plus libre ; nous voulions convaincre nos lecteurs de n’avoir pas peur de leurs passions, nous voulions leur enseigner le bonheur. « Époque d’illusions au­jourd’hui perdues », observe René Schérer. Soit, mais l’essentiel est que nos livres aient été écrits et publiés. Désormais, ils existent et rien ne pourra les empêcher d’exister. En revanche, je plains sincèrement les jeunes gens qui entrent ces jours-ci dans la vie littéraire, car les directeurs littéraires ayant été désormais remplacés par des avocats qui couchent les manuscrits inédits sur le lit de Procuste et coupent tout ce qui dépasse, tout ce qui pourrait choquer les quakeresses de droite et les psychiatres de gauche, tout ce qui est contraire au nouvel ordre mondial cher aux puritains amerloques, tout ce qui serait susceptible d’en­voyer l’auteur et l’éditeur devant les tribunaux, ces braves jeunes gens risquent de ne plus oser s’exprimer ; risquent d’être tentés par ce qui est bien pire que la plus flicarde des censures : l’irrémédiable autocensure.

Pour les livres que nous avons publiés dans les années où la liberté régnait, nous sommes tranquilles. Certes, ils sont parfois épuisés, in­trouvables, et en raison de la régression pha­risaïque qui s’impatronise sur la planète, et singulièrement en France, nos pusillanimes éditeurs hésitent à les rééditer. C’est fâcheux, mais secondaire, car, comme l’écrit très bien René Schérer lui-même, « l’Histoire procède en zigzag ». Un jour, le vent tournera, les gens seront las de se voir dicter par l’État, la justice et la police ce qu’ils doivent penser, écrire, fumer, manger, aimer (et surtout ce qu’ils ne doivent pas penser, écrire, fumer, manger, aimer), ils se dresseront contre ce fascisme de la santé et de la vertu qui nous surplombe, prétend régenter nos vies, et alors nos livres maudits se retrou­veront en piles chez les libraires, à l’honneur dans leurs vitrines.

Les premiers livres de Schérer ne sont peut-être pas faciles à trouver, mais ils sont aujourd’hui encore plus actuels, nécessaires, que lors de leur publication, car chacun d’eux est animé par un joyeux et dionysiaque souffle libertaire qui ouvre grand les fenêtres, brise les verrous de la prison politique et morale où tant de nos contemporains demeurent enfermés.

Voilà déjà longtemps que la Charte des enfants publiée en 1977 par notre ami Bertrand Boulin a été détournée de son sens et « récu­pérée » (comme on dit) par les pires ennemis du droit des enfants et des adolescents. Sous le prétexte de les protéger, la société adulte trace autour d’eux un véritable cordon sanitaire, un nouveau mur de Berlin. « Non seulement les enfants ont des droits, écrit Schérer, mais ils étouffent sous eux. » Aujourd’hui, nos ado­lescents sont mis en cage par une législation à prétentions pédagogiques dont le plus clair effet est de les empêcher de disposer d’eux-mêmes, de leur cœur, de leur corps, de leurs caresses et de leurs baisers, leur interdit de cir­culer librement, de se lier d’amitié ou d’amour avec des adultes autres que ceux désignés par l’institution. Jadis, on expliquait à l’enfant, à l’Émile de Rousseau, que la masturbation rendait fou ; à présent, on lui apprend à se méfier des vilains messieurs, et à les dénoncer à la police.

Schérer est un philosophe, mais, à l’instar des plus grands, de Platon à Kant, il n’oublie jamais qu’il est aussi un éducateur, un aîné qui a un savoir à transmettre à ses cadets (un des plus beaux livres de Nietzsche, qui est un hommage au maître de sa jeunesse, s’intitule précisément Schopenhauer éducateur). C’est pourquoi une bonne part de l’oeuvre de Schérer peut être lue comme un manuel sur l’art de résister au pouvoir adulte, l’art de refuser un univers aseptisé où le juridique codifierait nos actes et réglerait nos comportements. Il y a l’art du tir à l’arc cher au bouddhisme zen ; il y a l’art de l’errance, de l’aventure, de la passion, cher au fouriériste René Schérer.

Ceux qui ont lu les tomes déjà publiés de mon journal intime savent que le nom de René

Aquarelle de René Schérer

Schérer y est souvent associé à des événements d’ordre culinaire, gastronomique. « Quand on te lit, m’a déclaré en riant un de nos amis communs, on a l’impression que René et toi vous passez votre temps à vous taper la cloche ! » De fait, voilà trente-six ans que j’ai mon rond de serviette chez René Schérer, et les bouteilles que nous avons vidées de concert sont plus nombreuses que les arbres de la forêt de Brocéliande. Lucullus dîne chez Lucullus, tel est notre cri de guerre. Je m’empresse de préciser que si je suis una buona forchetta e un buon bicchiere, René, lui est d’une frugalité spar­tiate qui fait l’admiration de ses proches. Je donne ces détails d’ordre intime pour mettre en lumière un trait caractéristique de notre philosophe : son sens de l’amitié, sa capacité d’accueil, son goût de l’hospitalité. Un de ses plus beaux livres, publié en 1993 et récemment réédité dans une collection de poche, se nomme Zeus hospitalier, et a pour sous-titre Éloge de l’hospitalité. C’est un essai qui occupe dans son œuvre une place toute spéciale, comparable à celle qu’occupe la Beauté du métis dans l’oeuvre de Guy Hocquenghem. Schérer s’engage, se dévoile, dans cha­cun de ses ouvrages, mais j’ai, à tort ou à raison, l’impression qu’il s’est « fourré » (pour parler comme Schopenhauer) dans ce­lui-ci avec encore plus d’audace et d’enthousiasme que dans les autres. C’est un livre d’une ri­chesse extraordinaire où René Schérer convoque l’histoire et la poésie, l’amour et la loi, la sphère politique et la vie privée, où il in­vite au banquet ses contempo­rains d’élection (Walter Benjamin, Jean Genet, Pier Paolo Pasolini, Guy Hocquenghem) où, dans un style d’une vivacité et d’une limpidité enchanteresses (vous vous souvenez de la prière de Tolstoï que chaque écrivain véritable peut faire sienne : « Seigneur, donne-moi la simplicité du style »), il livre le meilleur de sa pensée, de son enseignement.

Oui, en vérité, Lucullus dîne chez Lucullus ! Lire René Schérer est un vrai régal, une vivi­fiante nourriture. Comme un plat roboratif et un vin rapicolant, ses livres dilatent notre coeur, libèrent nos petites cellules grises, insufflent à nos corps et à nos âmes (atomiques) une énergie toujours adolescente, une attraction passionnée.

Gabriel Matzneff

N°76-Novembre 2010