Aragon par Pierre Daix, troisième !


Aragon par Pierre Daix, troisième !

***

 

C’est la troisième édition de la biographie d’Aragon par Pierre Daix. Comme s’y retrouvent à peine modifiés les mêmes partis pris privilégiant l’aspect politique, on peut se demander si c’était bien la peine de remettre cet ouvrage sur le métier à chaque changement d’éditeur. Il est d’ailleurs aventureux pour l’auteur de laisser écrire en couverture qu’il est le « biographe classique » d’Aragon, le commentaire juste n’étant pas celui de classique mais de « sans concurrence » car jusque-là il est le seul sur le marché. Remarquons que lors de la publication de la première édition (au Seuil), du vivant d’Aragon, celui-ci prit la peine d’annoter le travail de son rédacteur en chef aux Lettres françaises, parfois avec vigueur. C’est un risque qui n’existe plus maintenant.

En réalité, si aucune biographie n’est venue concurrencer celle de Pierre Daix les études sur Aragon sont nombreuses, riches et productives. Tant sur le plan littéraire pur que sur celui de la politique, des travaux universitaires, des correspondances, des mémoires permettent de nuancer, modifier, récuser certaines affirmations qui sont trop souvent reprises comme argent comptant. On aurait aimé que P. Daix en tienne compte pour ce qui le concerne. Or il maintient, de réédition en réédition, un système d’affirmations qu’il perfectionne et qui lui permet de régler sans fin des comptes jamais apurés avec le parti qui fut le sien pendant plus de 30 ans. Certaines assertions ont pourtant besoin d’être prouvées. Ainsi de la prétendue mise à l’écart d’Aragon de Ce soir en 1944, dont P. Daix déclare dans la deuxième édition que ce fut sur manœuvre de Duclos pour lui faire payer son communisme national (alors que c’est pourtant Duclos qui lui avait fait l’honneur de lui demander d’écrire le texte Le Témoin des martyrs), maintenant attribuée à Thorez qui n’aurait pas apprécié la campagne d’Aragon dans Ce soir sur les milices patriotiques à la Libération. Ingrat Thorez qui ne veut pas savoir qu’Aragon fut un des premiers à faire campagne pour son retour en France. Même constat sur « le communisme national » et certains détails concernant Nizan en 1939, au moment du pacte germano-soviétique dont Jean Albertini, connaisseur sagace de cette période, a montré qu’ils étaient faux dans des travaux qui ne peuvent être ignorés de P. Daix, en particulier ceux relatifs à une réunion des communistes à Ce soir qui n’eut jamais lieu.

Daix construit et reconstruit sans cesse l’histoire de sa relation au communisme. Ce sera sans doute là son grand œuvre. Une biographie d’Aragon mérite d’être établie sur d’autres bases. Elle viendra, inéluctablement. Mais il faut reconnaître à l’auteur une qualité qu’il n’altère pas, de livre en livre, c’est celle des propos tenus sur Elsa et le souvenir qu’il en garde.

 

François Eychart

Aragon par Pierre Daix,
Éditions Tallandier, 26 euros

Une plaque pour Elsa Triolet et Louis Aragon

Galerie

Cette galerie contient 1 photo.

Le 1er octobre, Frédéric Mitterrand et Jean Ristat, entourés de Marie-George Buffet et de Jack Ralite, dévoilaient une plaque en l’honneur d’Elsa Triolet et de Louis Aragon au domicile des écrivains, 56, rue de Varenne, à Paris 7e…par Jean Ristat

Continuer la lecture

Marceline en Italie


Marceline en Italie

***

Curieux ce petit livre jaune qui fait se côtoyer le journal tenu à Milan par Marceline Desbordes-Valmore et le Voyage d’Italie de Louis Aragon. Jean Ristat dans une préface éclairante souligne l’admi­ration que portait Aragon à la poétesse. Il rappelle qu’au retour de Venise, à l’été 1928, après la rupture avec Nancy Cunard, Aragon s’arrêta à Milan, comme Marceline. Il y séjourna quinze jours « pour aller six fois entendre à la Scala « l’Othello de Verdi « .

Après son histoire d’amour avec Henri de Latouche, elle venait en Italie pour guérir son cœur blessé. C’était, selon ses propres mots, à la fois « étrange » et « fatal ». Que fit-elle à Milan ? Elle hanta les églises pour aller prier Dieu de l’épargner ainsi que son amant. Ces visites, on s’en doute, nous valent quelques descriptions fort mélancoliques qui séduiront les amateurs de tableaux de Monsu Desiderio. Mais Marceline ne va pas seulement se pâmer devant des Christs ou des Nativités, elle va aussi au théâtre. Il est possible qu’elle y prenne moins de plaisir. Rappelons tout de même que ce voyage à Milan est un voyage de comédiens, avec plein de bagages, de folles fantaisies, de douleur. En effet, son mari, Prosper Valmore, qui avait été désigné administrateur gérant du second Théâtre-Français, se trouvait de nouveau menacé par le chômage, car le premier exercice de l’Odéon étant défi­citaire, la Comédie-Française refuse de prolonger l’expé­rience. Il signa donc avec un impresario italien. Ses deux filles, Ondine et Ines, ainsi que Marceline sont du voyage. L’organisation de la tournée laissa très vite à désirer. Les conditions quotidiennes furent peu agréables. Quant à la location du théâtre Carcano, vétuste et loin du centre, elle concourut à clairsemer le parterre. On compta très vite sur Mlle Mars pour renverser la situation. La grande comédienne, proche des Valmore, arriva à Milan et fut dignement fêtée. Laissons Marceline errer dans les églises et lisons quelques vers du Voyage d’Italie d’Aragon :

Ne t’en va pas méchant ne t’en va pas fantôme
Mon cœur après vingt ans et plus est toujours une
porte qui bat
Sur ton départ J’ai beau dire de la fermer aux servantes
Les rideaux frémissent encore où tu les as froissés
Je n’ai jamais jeté ces roses qui périrent

Et pour encore rester parmi les spectres, écoutons la poétesse nous raconter sa rencontre avec l’ex-impératrice Marie-Louise ; elle la croise dans les escaliers du théâtre de la Canobiana, faisant plus âgée que son âge, portant toute son attention à ne pas trébucher : « Il me passa quelque chose devant les yeux dans ce moment, qui me saisit. Je vis l’empereur mort et le roi de Rome, également comme une ombre, qui la suivait dans ce froid corridor, et il me fut difficile de rester jusqu’à la fin de Jeanne la Folle, dont elle n’avait pu supporter le terrible dénouement. » Il pleut à Milan (Aragon décrit fort bien cette pluie italienne de septembre). Marceline a horriblement froid dans les maisons humides qu’elle habite. Le moral des comédiens français est au plus bas. Cependant, grâce à une représentation donnée par Mlle Mars à leur bénéfice, on put leur distribuer de l’argent et la troupe se dispersa.

À lire les lignes qui précédèrent, on aura l’impression de se laisser entraîner dans un vent de folie. Marceline nous conforte dans cette tourmente, si l’on en croit ce qu’elle écrit à la fin de son journal : « Milan, encore Milan ! C’est en Italie que Tasso a perdu la raison… et toi aussi, pauvre Violet… (le valet de Mlle Mars). Cette ville en apparence si déserte enferme dans un hospice deux mille aliénés. »

Michel Bulteau

Les Yeux pleins d’églises : le voyage d’Italie, de Marceline Desbordes-Valmore, Louis Aragon. Avant-propos de Jean Ristat, préface et notes Claude Schopp. 16 euros, 175 pages, Éditions La Bibliothèque, collection « l’Écrivain voyageur ».

N°76 – Novembre 2010


Mon ami, Pierre Bourgeade


Mon ami, Pierre Bourgeade

***

Me voici confronté, une fois de plus, à cette « terrifiante lumière glacée » de la mort. La mort d’un ami. Pierre Bourgeade n’est plus.

Nous fumes quelques-uns à l’avoir accompagné jusqu’au cimetière du Montparnasse où la terre, désormais, recouvre son corps à jamais. Et, depuis lors, je diffère sans cesse le moment d’écrire les mots Pierre Bourgeade et mort comme si ne pas les inscrire sur la feuille de papier pouvait me donner l’illusion qu’il est encore en vie, que j’ai fait un mauvais rêve. Un écrivain ne devrait-il pas savoir, en regardant la couverture d’un de ses livres, que son nom y figure déjà comme sur une pierre tombale ? « Le nom court à la mort plus vite que nous. Nous qui croyons naïvement le porter il est d’avance le nom d’un mort. » (1).

Pierre Bourgeade est mort. Il nous avait envoyé à Franck Delorieux et à moi, il y a quelques mois, peu de temps après avoir appris qu’il était habité d’un mal qu’il ne nommait pas mais dont le nom terrible s’entendait comme un glas, une lettre que je m’obstine à ne pas retrouver. Lettre tendre et sereine qui parlait de projets, d’avenir donc, et qui pourtant sonnait comme un adieu. Voici le temps de se souvenir.

Nous nous retrouvions régulièrement, en fin de matinée, dans un bar, Le Ronsard, place Maubert. Il venait quelques fois nous rendre visite dans l’île Saint-Louis. Il nous apportait son dernier livre ou une plaquette à ne pas mettre entre toutes les mains, éditée à un petit nombre d’exemplaires. J’entends encore son rire clair et malicieux comme celui d’un enfant. Il avait une telle énergie, un enthousiasme si contagieux  que nous nous demandions souvent : mais quel âge a-t-il ? Est-ce possible ? tant il paraissait plein d’allant, de vivacité et de gaieté. Et puis, il nous quittait, subitement, appelé soudain à quelque tâche urgente et mystérieuse. L’ami n’est-il pas « à jamais inconnu et infiniment secret » (1) ?

Quand nous sommes-nous rencontrés pour la première fois ? Je cherche en vain dans ma mémoire : il me semble l’avoir toujours connu. Était-ce chez Georges Lambrichs, le directeur de la fameuse collection, chez Gallimard, « le Chemin » ? Probablement. Il y publia les Immortelles, la Rose rose et New York Party. Mais je le revois, à nos côtés, je veux parler des Vigilants de Saint-Just, place de la Concorde, chaque 21 janvier, pour célébrer les régicides. Il était présent lorsque nous avons débaptisé la rue de Varenne pour lui donner le nom d’Aragon. Et, sans doute, en consultant la collection de la revue Digraphe, verra-t-on sa signature, année après année. Voilà que je parle de nous, alors qu’il ne faudrait parler que de lui. Mais, comment parler de lui sans dire nous ? Maintenant, il vit en nous. Et le dialogue que nous avons avec lui, il ne l’entend pas.

J’ai repris quelques-uns de ses livres dans ma bibliothèque. Je vais les relire, et sans doute, plus justement, les lire différemment. Il savait, comme Aragon, que « l’art a de tout temps été une grande bataille pour la liberté ». Il l’a menée, toute sa vie, avec courage et sans jamais faillir ou composer avec l’ordre. Il n’était pas de ces écrivains qui regardent les révolutions depuis leurs fenêtres.

Ce numéro des Lettres françaises est un témoignage d’amitié et d’admiration. Il ne prétend pas faire le point sur une vie et une oeuvre, en peser le bien et le mal, le pour et le contre, comme l’indécente et vulgaire habitude de la presse contemporaine nous en donne régulièrement l’exemple à la mort d’un écrivain ou d’un artiste renommé. Le nom de Pierre Bourgeade lui survit déjà.

Le voici, comme l’écrivait Mallarmé, dans « l’avare silence et la massive nuit ». J’ouvre l’un de ses ouvrages consacrés à Man Ray, La photographie est l’art, qu’il nous avait envoyé, en 2006, Man Ray dont il fut l’ami et le compagnon de route. Une lettre de Pierre a été glissée entre les pages. Je lis : « Mon silence n’a que les apparences du silence, ça ressemble au silence, ça a la couleur du silence, mais ce n’est pas du silence ! »

Merci Pierre.

Jean Ristat

(1) A chaque fois unique, la fin du monde, Jacques Derrida, éditions Galilée

Avril 2009 – N° 58


Causer avec Dieu


Causer avec Dieu

***

La littérature française, au XXe siècle, a connu deux grands poètes engagés, Claudel et Aragon, celui qui croyait au ciel et celui qui n’y croyait pas. Oh ! s’il vous plaît, ne sortez pas à votre tour votre boîte à malices : je sais tout ce que ma formule a de provocateur et, sans doute, d’un peu réducteur. Leurs oeuvres, complexes et riches, procèdent d’une démarche qui va bien au-delà d’une simple illustration et défense partisanes. Aragon m’aurait, au simple énoncé d’« engagement », accablé d’une colère cinglante et, peut-être, envoyé faire un tour du côté de Sartre. Aragon ne se disait-il pas écrivain et communiste ?
Les surréalistes n’aimaient guère Claudel. Il faut dire que ce dernier les avait provoqués, en 1925, en affirmant que « le surréalisme ne peut conduire à une véritable rénovation poétique ». Il avait même ajouté que le dadaïsme et le surréalisme n’avaient « qu’un seul sens : pédérastique ». Ils lui répondirent, lors du fameux banquet Saint-Pol-Roux, à la Closerie des Lilas, par un tract imprimé sur un papier rouge sang, dans lequel ils faisaient remarquer qu’on ne pouvait être « à la fois ambassadeur de France et poète ». Ils dénonçaient les « bondieuseries infâmes » de Claudel, le traitaient de « cuistre » et de « canaille ». Il ne faut pas oublier, pour comprendre la violence de ces jeunes hommes, la boucherie de 1914-1918 et l’après-guerre où régnaient les bien-pensants et les chauvins. Je pense aux Poèmes de guerre de Claudel, écrits en 1915, 1916, et en particulier à celui-ci, intitulé Tant que vous voudrez, mon général !, où je relève ces vers : « Y a de tout dans la tranchée, attention au chef quand il va lever son fusil ! / Et ce qui va sortir, c’est la France, terrible comme le Saint-Esprit ! » Mais rien n’est simple. En 1916, la revue Sic, lieu de rassemblement de l’avant-garde, publie son second manifeste : « Vous qui avez ri ou craché sur Mallarmé, Manet, […] Claudel, Marinetti, Picasso, Debussy […], c’est vous qui avez failli perdre la France. » Aragon y collabore dès 1918 avec des « critiques synthétiques ». L’une d’entre elles, consacrée à la pièce de théâtre de Paul Claudel le Pain dur, parle « de cette âpre beauté qui vous prend à la gorge ».
Mais, en 1930, il va juger l’oeuvre de Claudel « moins intéressante et moins neuve que les affiches du dernier savon lancé en Amérique » ! Il faudra attendre 1954 pour qu’Aragon avoue dans les Yeux et la mémoire : « J’ai souvent envié le vers de Paul Claudel. » Et, à la fin de sa vie, n’ai-je pas été le témoin de l’hommage qu’il rendit au poète ? Il avait exposé dans son salon, rue de Varenne, les éditions originales des oeuvres de Claudel qu’il possédait – presque toutes, et certaines reliées – et invité la famille de celui-ci à le visiter à cette occasion…
Je rappellerai, pour mémoire, l’article de Claudel saluant, en 1945, dans les Étoiles, la publication d’Aurélien comme celle d’un grand poème. Je ne raconte tout cela que pour montrer la complexité de ces deux grandes figures de notre littérature, leurs contradictions et, pour tout dire, leur commun amour de la langue. Pris, chacun à leur manière, dans le filet des circonstances, ils ont cependant une même liberté de ton, de jugement, d’écriture. C’est ainsi que Claudel admire Colette, l’écrivain, et la diabolise pour ses moeurs. Lionel Ray m’a rapporté cet échange à la fin d’un déjeuner (en quelle année était-ce ? Peu importe) qui réunissait Aragon et Claudel. « Au fond, dit Claudel, à part nous deux, il n’y a pas d’écrivains en France. – Maître, lui répond Aragon, il y a Colette. – Je crois bien que la divine providence l’a inventée pour nous mortifier. »
J’ai donc sur ma table de travail un livre de Paul Claudel, Psaumes. Je suis resté quelques jours à le feuilleter avant d’en entreprendre la lecture. J’ai une grande admiration – c’est peu dire – pour le théâtre de Claudel, les Cinq Grandes Odes, les Cent Phrases pour éventails ou ses Petits poèmes d’après le chinois. Mais ses Poèmes de guerre, on l’aura compris, ou ses Poèmes durant la guerre de trente ans, m’irritent. Et tout l’ensemble plus spécifiquement religieux intitulé Corona Benignitatis anni Dei, même s’il comporte quelques beaux poèmes, me donne, le lisant, l’impression de parcourir un missel et d’assister à la messe. Le mécréant que je suis avait bien envie d’en rester là avec ce qui s’annonce sur la couverture comme des traductions des Psaumes s’échelonnant de 1918 à 1953. Mais c’était sans compter avec la préface de Guy Goffette. Avec passion, enthousiasme, Guy Goffette donne l’envie à son lecteur de plonger comme Claudel « la tête la première dans le tas des psaumes ». Il nous explique que nous allons y trouver « un Claudel pur jus, sauvage, baroque, opulent, tour à tour humble et dressé comme la justice ». Rien à voir, dit-il, « avec la platitude des traductions modernes ». Il a cette belle formule : « Ce n’est pas de littérature qu’il s’agit, mais de respiration. » Certes, mais qu’il me permette simplement de lui faire remarquer, ce qu’il sait mieux que tout autre, que le poète respire sa langue. La poésie est peut-être simplement une pneumatique, c’est-à-dire une affaire de souffle. Mais il est fidèle à Claudel, homme de foi, qui s’écrie : « Et non, sacrebleu, ce n’est pas beau ! Il ne s’agit pas de littérature. » Qu’on veuille bien me pardonner, mais j’entends avant tout dans ces traductions une poésie incomparable, du grand Claudel. Ce dernier le savait bien, qui avoue : « De temps en temps, il vient des morceaux d’homme de lettres ! Que voulez-vous que j’y fasse ? » Pour notre plus grand bonheur…
Claudel avait, pour un choix de psaumes publié en 1948, donné une préface intitulée : « Paul Claudel répond les Psaumes ». Il s’explique sur l’emploi qu’il fait du verbe répondre, au sens actif, autorisé par Littré. « On répond la messe. Et alors moi, pourquoi est-ce que je ne répondrais pas les Psaumes ? » En effet, répondre est, à l’origine, un terme appartenant à la langue religieuse. Répondre signifie se présenter à un appel, mais aussi se refléter. Le mot va au cours des siècles connaître des inflexions de sens qui vont de « faire connaître en retour » à « discuter au lieu d’obéir ». Eh bien, c’est ce que fait Claudel. Il discute. Par exemple : « Et alors, Seigneur, c’est pour toujours ? Ça va durer longtemps que Tu m’oublies et que Tu détournes de moi la figure ? […] Regarde-moi, écoute-moi tout de même un petit peu, Seigneur mon Dieu ! » (Psaume 12.) Il loue : « Comblé de grâce et de tendresse, mes livres donnent issue à ce flot en moi de poésie qui monte ! » Il supplie : « Sauve-moi, Dieu, juge-moi, mon dossier est sur ta table/ Perçois, percepteur, chacun de ces mots que je verse à ta caisse. […] Au secours, Monsieur l’Agent, j’ai un coupe-file ! » (Psaume 53.) Il condamne, et avec quelle virulence et férocité, « tous ces braves gens qui vont tous les dimanches à la messe, c’est pas leur faute s’ils puent au nez du bon Dieu comme de l’eau de Cologne ! » (Psaume 36.)
Le lecteur a maintenant, je l’espère, une petite idée de la façon dont Claudel « traduit » les Psaumes. On comprend que le poète s’adresse, avec son souffle, par pneumatique en somme, à Dieu, « au bon Dieu lui-même avec qui je cause ». Il ne se demande pas, comme Roland Barthes préfaçant les Exercices spirituels de saint Ignace de Loyola, comment parler avec Dieu. Il y va, tout d’un bloc, avec « quelque chose d’enragé que l’on sent dans les reins, pire que la Marseillaise, ah !… » Il note que « l’hébreu de David et le latin de saint Jérôme ne sont pas faits pour déclencher au fond de notre cavité spirituelle un écho à nous-mêmes étranger ». Il avoue ne pas tout comprendre, s’ennuyer parfois. « Mais il y a tout de même un mot que j’ai saisi, et alors cet enfant de la harpe que je suis aussi bien que l’autre, l’ami de Saül, il se met à travailler dessus… »
Renée Nantet et Jacques Petit, qui ont établi et annoté les textes, parlent d’un « journal prié » à propos de ces traductions. Elles reflètent « l’atmosphère de la journée » et sont, souvent, liées aux malheurs et aux misères du temps de la Seconde Guerre mondiale et de l’immédiat après-guerre. « Ne me confonds pas, Seigneur, avec les inutiles et les carnassiers/ Ni avec tous ces gens qui ne songent qu’aux gros sous », ou bien : « À quoi ça sert, le sang qui coule par terre sans servir à rien ?/ C’est la boue qui te servira de miroir pour que Tu y voies Ta figure ? »
Étonnant, surprenant Claudel. Voici que, à la faveur de la lecture de ses Psaumes, j’ai relu dans les Feuilles de saints le long et magnifique poème qu’il consacre à Verlaine : « Un seul a regardé cet enfant et a compris qui c’était./ Il a regardé Rimbaud, et c’est fini pour lui désormais./ […] Pourvu qu’il suive cet enfant, qu’est-ce qu’il dit au milieu des rêves et des blasphèmes. » Et tout cela me ramène à Guy Goffette, à son livre paru en février dernier, l’Autre Verlaine. Son Verlaine n’est pas étranger à l’image qu’en a Claudel, un Verlaine « dans cette chambre de prostituée, la face contre la terre,/ Aussi nu par terre que l’enfant quand il sort tout nu du ventre de sa mère ! ».
Guy Goffette nous a déjà donné, en 1996, un passionnant et émouvant Verlaine d’ardoise et de pluie. Il revient donc, en 2008, nous entretenir de « son » Verlaine. Cela mérite explication. « Son » Verlaine est d’abord le grand garçon dont le patronyme est Verlaine, un grand garçon « frais déboulé de l’Ardenne sombre », arrivé en milieu d’année dans sa classe et qui lui inspire « tout de suite une admiration mêlée de crainte ».
Un jeudi, il entre dans l’équipe de foot dont fait partie Guy – il a onze ans – et s’impose comme un champion en marquant « trois buts d’affilée dans des angles impossibles ». Goffette explique qu’il lui ravit son titre d’honorable gardien de but et surtout l’admiration de sa fiancée et « des petites délurées qui ne se tenaient plus » et « frétillaient comme des gardons » devant lui. Cette blessure fera que « ce fichu nom » de Verlaine va fermer pendant longtemps « l’oeuvre entier du poète homonyme qui disait l’avoir si dûment porté ». Quarante ans plus tard, en 1991, Goffette est au Québec. Il lit Émile Nelligan, « ce Rimbaud québécois, si grand connaisseur de Verlaine qu’il en recopiera jusqu’à sa mort les vers de mémoire en se les attribuant dans sa folie ». À cause de lui ou de Léo Ferré chantant la Chanson bien douce, il se met à dévorer les oeuvres poétiques de Verlaine et rentre en France. « Le printemps venu, j’ai pris la route avec Paul Verlaine. Ensemble, nous avons refait les chemins de son enfance, bu la pluie et les brouillards de l’Ardenne, écouté les nuances du vert et du gris, et celles du schiste roux qui chante et qui pleure. » Il va passer, dit-il, trois années « de compagnonnage intérieur et presque physique avec Verlaine ». Le Verlaine dont il nous parle maintenant est l’homme de foi. Ce n’est sans doute pas celui qui est le plus connu et admiré aujourd’hui, tant il est vrai que nous avons dans l’esprit l’image qu’en a laissée Rimbaud, celle du pauvre Lélian, un chapelet aux pinces… Il ne va pas recourir aux textes en prose de Verlaine, à ses confessions « et Dieu sait s’il faut les prendre avec des pincettes »… Non, il ira le plus souvent possible vers les poèmes : « C’est la part la moins suspecte, celle qui, dans ses meilleurs moments, lui échappe – aveu, cri ou sanglot. » Il va donc traiter de foi et de poésie. « Un drôle de ménage. Comme l’eau et le feu. »
La « conversion » de Verlaine ? Goffette préfère la désigner « comme un retour à la foi d’enfance ». Il trouve le mot « théâtral et un brin pompeux » et parle d’une « foi d’enfant de coeur ». Son Verlaine « n’aura été, derrière le poète de génie et comme le soutenant de son ombre, qu’un grand enfant jamais fatigué d’être attentif et naïf ».
Je cite encore : « Il a beau grogner comme un cochon dans le « recès de sa triperie », comme dit Claudel, il n’est jamais qu’un enfant qui pleure ».
Au fond, Guy Goffette, tout au long de ses courts récits, par petites touches, tente de nous donner un portrait tout en nuances du « vieux Socrate chauve » (Claudel encore !). Il veut corriger les images généralement reçues du poète : celle « du pochtron moulinant de sa canne de fer avant de rouler dans la rigole » ou celle du vieux libidineux que l’amour des femmes a repris à la fin de sa vie.
Dans ce beau livre, à l’écriture dense, impeccable et sensible, il a entrelacé sa vie et celle de Verlaine.
Et si je disais : Guy Goffette né Verlaine ?

Jean Ristat

Psaumes, de Paul Claudel,
éditions Gallimard, 320 pages, 25 euros.
L’Autre Verlaine, de Guy Goffette, éditions Gallimard, 99 pages, 11,50 euros.

Un festival de combat


Un festival de combat

***

C’est peu dire que nos gouvernants actuels ne s’intéressent guère à la francophonie. Il suffit de voir ce qui se passe dans nos centres culturels à l’étranger. Alors, pour ce qui est de la francophonie, et plus encore des francophonies, sur nos propres terres, en Li­mousin par exemple, où depuis vingt-huit ans maintenant se tient un festival d’un intérêt et d’une qualité que plus personne ne lui dénie… Résultat, le ministère des Affaires étrangères que dirige (vraiment ?) Bernard Kouchner a baissé sa subvention de 20 % ; autant dire que la manifestation que dirige Marie-Agnès Sevestre a vraiment du plomb dans l’aile, si on veut bien considérer que ce n’est pas franchement du côté du ministère de la Culture qu’elle pourra trouver un supplément d’aide… Savoir que ce n’est pas seulement le festival qu’elle dirige qui se trouve dans cette impasse ne la consolera sûrement pas…

C’est donc une sorte de petit miracle que les « Francophonies », comme on les surnomme puissent, grâce à la ténacité de ses responsables, poursuivre sa route cette année, et continuer à être un formidable lieu de rencontres foison­nantes d’hommes et femmes, artistes, écrivains ou non, de cultures différentes ce qui, là encore, n’est guère dans l’air du temps (de nos diri­geants s’entend). On comprendra aisément que l’éditorial du programme du festival que signe Marie-Agnès Sevestre, ait une tonalité plus radicale que d’ordinaire dans ce genre de pu­blication. Et si, comme elle l’écrit, « construire un festival, dans ce contexte (qu’elle vient de décrire – NDLR), relève d’une sorte de défi, d’inconscience pour tout dire… », suivons-la dans ce défi et cette inconscience, comme nous ne pouvons que la suivre lorsqu’elle affirme (c’est le titre de son édito) vouloir offrir « la jouissance du verbe dans un monde incertain »…

Ce combat, cette radicalité se retrouvent dans la programmation qui a dû être resserrée sur dix jours seulement, du 23 septembre (jour de grève et de manifestations nationales : tout un symbole !) jusqu’au 2 octobre (autre jour de manifestation). Avec en ouverture « théâtrale », un spectacle québécois de Louis Mauffette, Poé­sie, sandwichs et autres soirs qui penchent, un spectacle de poésies (Marie-Agnès Sevestre tient parole, si on ose dire, concernant la « jouissance du verbe »), avec plus de vingt acteurs pour clamer et jouer Rimbaud, Aragon, Joyce, Tsve­taïeva et quelques autres. Un beau pied de nez aux « assis » de toutes sortes et de tous bords, malheureusement pas toujours convaincant, et même, à certains égards, plutôt naïf et convenu. Mais enfin le « la » était donné. Aux antipodes de cette « foire » poétique, le Corps blanc, de la chorégraphe Ea Sola, est apparu d’une rigueur extrême, bâti à partir du texte d’Étienne de La Boétie, Discours de la servitude volontaire. Il aura donc fallu que ce soit une artiste vietna­mienne qui nous restitue, à sa belle manière, ce texte majeur écrit par un jeune homme de seize ou dix-huit ans aux alentours de 1548, dans un pays en proie aux troubles religieux… Le résultat sur le plateau (le spectacle avait été créé il y a un peu plus d’un an mais a été retra­vaillé, et apparaît encore plus rigoureux qu’il ne l’était) est étonnant et fort, d’une radicalité qui aura sûrement choqué plus d’un spectateur peu habitué à ce type de proposition. Il n’empêche, trois danseurs tentent de se dépêtrer comme ils le peuvent de cette servitude qui leur colle à la peau. Leurs gesticulations (ou ce que l’on pourrait considérer comme tel) réglées avec une rigueur extrême ne nous apparaissent la plus grande partie du spectacle que derrière un écran de plastique translucide, nous projetant dans une sorte de vision cauchemardesque qui nous renvoie à notre propre existence ligotée dans notre société de consommation. Corps contraints, Ea Sola s’interdit et nous interdit toute échappatoire, c’est-à-dire tout mouve­ment chorégraphique traditionnel.

Le festival, cette année, marche en synergie avec le 50e anniversaire des indépendances africaines. Retour donc sur les années 1960 et l’émergence de jeunes nations débarras­sées du colonialisme et pleines de nouvelles espérances. Avec Vérité de soldat, un « docu-fiction théâtral » de BlonBa, mis en scène par Patrick Le Mauff l’ancien directeur (de 2000 à 2006) du festival, sur un texte de Jean-Louis Sagot-Duvauroux d’après le livre de Soungalo Samaké, nous y plongeons totalement. Nous sommes au coeur du Mali contemporain où Soungalo Samaké, un sous-officier parachu­tiste qui arrêta lui-même le premier président de la République du Mali, Modibo Keita, et devint donc un des principaux acteurs de la répression menée par le nouveau chef d’État, Moussa Traoré, avant d’être arrêté et empri­sonné à son tour, retrouve à sa sortie de prison un intellectuel progressiste qu’il a lui-même torturé. Entre les deux hommes un surpre­nant rapport s’établit, le deuxième, Amadou Traoré, finissant par publier les mémoires de son ex-tortionnaire… Docu-fiction ? L’histoire est véridique. Elle nous permet de suivre les soubresauts de l’évolution d’un pays en voie d’émergence. Comme l’affaire est menée, à la fois en langue bamanan et en français, avec doigté et un vrai et discret savoir théâtral par Patrick Le Mauff, on est réellement captivé. Les trois acteurs Adama Bagayoko, Maïmou­na Doumbia (le personnage de la femme née d’un viol collectif ressortit ici de la fiction) et Michel Sangaré sont tout simplement parfaits de retenue. Un spectacle éminemment poli­tique, aux antipodes de la mode du bruit et de la fureur d’aujourd’hui, voilà qui est rare et mérite attention, malgré les quelques défauts (longueur, rythme) que les mauvais esprits ne manqueront pas de mettre en exergue.

Voilà aussi qui est emblématique du festival, nouvelle manière si on ose dire, qui se profes­sionnalise au plan de l’esthétique et qui aborde de front les problèmes politiques, comme cela a sans doute été le cas dans le très attendu Amne­sia des tunisiens Jalila Baccar et Fadhel Jaïbi, qui tournera dans notre Hexagone à défaut de pouvoir être joué dans son pays d’origine. Comme c’est le cas pour les Inepties volantes, de Dieudonné Niangouna, reprises ici après avoir triomphé en 2009 au Festival d’Avignon. Mais c’est un juste retour des choses, puisque la pièce avait été lue au festival des Francophonies en 2008…

Ce ne sont là que quelques très lacunaires mais emblématiques exemples destinés à (ré)affirmer la nécessité du festival des Francopho­nies en Limousin, puisque malheureusement la question est bien de savoir s’il pourra perdurer.

Jean-Pierre Han

Festival les Francophonies en Limousin, jusqu’au 2 octobre. Tél. : 05 55 10 90 10.

Barceló, un peintre insulaire en Avignon


Barceló, un peintre insulaire en Avignon

***

Les clefs de la bonne ville d’Avignon ont été remises à Miquel Barceló. Il y était déjà venu en 2006 avec le chorégraphe Josef Nadj pour représenter Paso doble où il fabriquait une architecture et des figures en terre cuite dans une confrontation des plus singulières. Cette fois, trois lieux lui ont été offerts pour développer toute l’étendue de son univers. D’emblée une contradiction majeure saute aux yeux : il fait de Majorque, son île natale, le centre de cet empire plastique alors qu’il s’étend de l’Afrique jusqu’à des territoires passés ou imaginaires. Dans son très bel essai, Alberto Manguel fait remarquer : « À Ma­jorque, dont le paysage et l’histoire définissent probablement en grande partie la perception du monde de Barceló, les premiers exemples d’ac­tivité humaine furent les traductions de terre en habitations pour les vivants et les morts.» La première pièce de la cartographie qui est une des pièces essentielles du puzzle esthétique qu’il a mis en scène est celle de Majorque, de sa christianisation, de sa conquête par Jaume Ier d’Aragon, qui en chasse les musulmans en 1228. Dans la chapelle revestiaire des cardinaux et dans le cloître de Benoît XII, il figure les gisants de ces grands prélats en les revêtant de masques icthyques ou effrayant les gisants des grands prélats et des souverains pontifes et en les entourant de personnages issus d’un rêve médiéval. La relation de Majorque avec la papauté installée en France au XIVe siècle est aussi représentée au sein du musée avec des peintures provenant de l’église de Santa Eulalia ou du monastère de Santa Clara : des retables ou des peintures sur panneau, exécutés par Jean de Valenciennes, le maître de la pas­sion de Majorque, le maître de la conquête de Majorque ou encore Francesco Comes, mani­festent la puissance de la foi des Majorquins et de la richesse de leur art pendant cette période fondatrice de leur nouvelle culture.

Et c’est cette culture d’hommes de la mer que Barceló a installé dans l’hôtel de Caumont avec des confrontations déroutantes entre de faux antiques avec des animaux marins, des portraits d’écrivains (Mallarmé, Modiano) d’artistes (Degas, Renoir vieux) et de très belles sculptures en plâtre et répétées en bronze avec des ânes ou des singes, les uns portant des livres, les autres évoluant au sommet d’une pile de vieux volumes et, à côté de fausses pièces ar­chéologiques en terre cuite et d’une vision hallucinée d’une bibliothèque, s’alignent des toiles avec des aubergines ou des tomates. Il y a dans ce croisement de sujets une indéniable propension à tout ramener à la spécificité de ce qui constitue ses origines.

Cosmopolite et chauvin à la fois, Barceló s’enfonce dans un paradoxe torturant, qui est une fuite en avant, et dans un porte-à-faux im­pressionnant. Terra-Mare est un périple homé­rique, souvent inspiré et picaresque qui tourne parfois au comique et au jeu d’esprit, parfois au tragique ou au grotesque. Et son oeuvre en souffre car elle peut être stupéfiante tout comme elle peut s’avérer décevante. Peut être trouvera-t-on la réponse à cette énigme dans l’autobio­graphie de l’artiste dans le catalogue…

Gérard-Georges Lemaire

Terra-mare, Miquel Barceló, chapelle du palais des Papes, collection « Lambert », musée du Petit Palais, Avignon, jusqu’au 7 novembre 2010. Catalogue : Actes Sud, 380 pages, 39 euros.

Un bel Octobre pour Elsa Triolet et Aragon


Un bel Octobre pour Elsa Triolet et Aragon

***

Hier, le ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, et moi-même avons dévoilé une plaque commémorative au 56, rue de Varenne, à Paris. Elsa Triolet et Louis Aragon, en effet, ont vécu et écrit au dernier étage de l’hôtel Gouffier de Thoix, dès le mois de mars 1960. Aragon y ferma les yeux le 24 décembre 1982. Jusqu’en 1984, j’ai espéré que le gouvernement de la République en ferait un musée. Pour des raisons diverses et pas toujours avouées, le président François Mitterrand fit la sourde oreille et renvoya la responsabilité
du refus de l’État au premier ministre de l’époque, Laurent Fabius. C’est du moins ce qu’il me confia alors que je lui exprimais, quelques années plus tard, mes regrets. L’hôtel avait été acheté en 1975 par Matignon, et l’urgence d’y installer certains services du premier ministre l’emporta sur la nécessité d’inscrire dans le patrimoine de la nation l’appartement de l’un des plus grands écrivains français. Il faut savoir que, dans les dernières années de sa vie, le poète l’avait transformé en un collage extraordinaire, en faisant à lui seul une véritable œuvre d’art. Bref, je ne relancerai pas la polémique. Le lecteur me pardonnera, mais cette affaire, comme celle du refus d’obsèques nationales pour Aragon, reste pour moi depuis lors un sujet de colère. Ah !, si Aragon n’avait pas été communiste ! Le président Pompidou ne lui avait pourtant pas demandé de rendre sa carte du PCF en l’assurant, après l’achat de l’immeuble, qu’il y vivrait jusqu’à la fin de ses jours. Il accéda aussi au souhait du poète de voir les autres locataires bénéficier de la même faveur que celle dont il faisait l’objet.
La pose d’une plaque console un peu. Et il me revient à la mémoire une manifestation que j’avais organisée avec les amis de la revue Digraphe et la Société des amis de Louis Aragon et Elsa Triolet, rue de Varenne, précisément, au 56. Nous voulions débaptiser la rue et lui donner le nom d’Aragon. Nous demandons que le poète de Paris – vous savez celui qui écrivit : « Arrachez-moi le coeur, vous y verrez Paris » – possède enfin sa rue dans la capitale et, en attendant, à tout le moins, sa place ou son square.
Aujourd’hui, samedi, une autre plaque sera dévoilée par le maire du 1er arrondissement, à 17 h 30. Elsa et Louis, de 1935 à 1960, ont habité dans un petit immeuble situé rue de la Sourdière, « un petit deux pièces et demie », pour reprendre l’expression de Jean Cocteau qui leur rend visite en 1956, et ne s’explique pas « comment Louis et Elsa n’y disparaissent pas sous les livres ».

Jean Ristat

N° 55 – Les Lettres Françaises du 10 janvier 2009

Galerie

Cette galerie contient 1 photo.

Les Lettres Françaises du 10 janvier 2009, en téléchargement au format Pdf.
Au sommaire : Dossier Alain Badiou ; Winshluss, par Sidonie Han ; Paul Bowles, par Gérard-Georges Lemaire ; Louis Krémer, par Christophe Mercier ; Poème pour Pierre Lartigue, par Sapho, le style Célie Pauthe, par Jean-Pierre Han… Continuer la lecture

N° 53 – Les Lettres Françaises du 8 novembre 2008

Galerie

Cette galerie contient 1 photo.

Au sommaire du numéro 59 : Un inédit de Jean-Luc Raharimanana ; Aragon en Pléiade, par Bernard Leuilliot et François Eychart ; Théodore Guéricault, par Gérard-Georges Lemaire ; Les Lettres Françaises et les Etoiles dans la clandestinité, par Carine Trévisan ; la littérature écossaise, par Jean Ristat ; J.M.G. Le Clézio, par Martine Sagaert ; chronique de George Orwell, par Sébastien Banse ; Brautigan, par Sidonie Han, NIetzsche, par Jean-François Poirier ; le futurisme et la politique, par Gérard-Georges Lemaire ; entretien avec Gabriel Le Bomin… Continuer la lecture