Chronique d’Amérique latine : Tito Bassi

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Tito Bassi est né et a grandi en Suisse italienne. Il vit au Guatemala depuis le début des années 70. « La Bella Nin », que nous publions ici pour la première fois en français, est un fragment de sa tétralogie autobiographique « Insubria verso nord »… Par Marc Sagaert Continuer la lecture

Les Lettres Françaises, retour vers le papier

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Le 75e anniversaire des Lettres Françaises a été célébré le 13 décembre, à l’Espace Niemeyer. A cette occasion, Jean Ristat a prononcé un discours, dont voici la retranscription. Le directeur des Lettres y évoque l’histoire du journal et les objectifs qu’il se fixe. L’allocution se termine par l’annonce de la reparution en papier des Lettres Françaises en 2018. Continuer la lecture

Une nouvelle inédite d’Ana Fortuny

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Ana Fortuny fait partie aujourd’hui du groupe littéraire Los del quinto, que conduit Raúl de La Hora. Le texte, traduit par nos soins et que nous présentons ici, est le premier récit d’Ana Fortuny disponible en français, il a été publié en espagnol dans la revue mexicaine El Puro cuento… Par Marc Sagaert. Continuer la lecture

Chroniques d’Amérique latine : Jacinta Escudos

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De nationalité salvadorienne, Jacinta Escudos est auteure de romans, de contes, de chroniques et d’essais. Comme le souligne le grand écrivain nicaraguyen Sergio Ramirez, l’œuvre de l’écrivaine, appréhendée dans son ensemble, traduit de manière singulière et sensible le prisme d’une réalité tout à la fois terriblement brutale et comique. Nous proposons ici un extrait du roman inédit en français et traduit par nos soins… Par Marc Sagaert. Continuer la lecture

Lettres d’Amérique latine : Max Araujo

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Né au Guatemala en 1950, Max Araujo est écrivain et promoteur culturel. Diplômé de l’Université Mariano Galvez, il est également avocat. Il est aujourd’hui vice-ministre de la culture. Le texte, inédit en français, que nous traduisons et publions ici, est extrait de l’ouvrage De balas, de bolos y de bolas (De balles, de rumeurs et d’ivrognes), édité en 2014 chez Nueva Narrativa, lequel réunit de courtes nouvelles dont certaines sont autobiographiques… Par Marc Sagaert. Continuer la lecture

Juan Villoro : A l’écoute du monde

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Nous avons proposé, dans les dernières livraisons des Lettres Françaises, deux courtes nouvelles de l’écrivain et journaliste mexicain Juan Villoro. Voici un troisième et dernier texte qui montre une fois de plus le talent de l’auteur de « Récif », « Conférence sur la pluie », « le Livre sauvage », « Mariachi », « Les jeux sont faits », tous titres disponibles en français. Traduit par Marc Sagaert et Alba-Marina Escalòn. Continuer la lecture

Lettres d’Asie (III) : Le Vietnam, de Saigon à Tam Coc


Le Vietnam,  de Saigon à Tam Coc

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Rien ne ressemble à un poste frontière d’Asie du Sud-Est, car un poste frontière d’Asie du Sud-Est ressemble à bien peu de chose. On le passe à pied, foulant la poussière d’une piste, seule veine irriguant un no man’s land inhospitalier. Quelques dollars et un tampon plus tard, on est de l’autre côté. Comme à Chau Doc, lorsqu’on vient de Phnom Penh par le Mékong. Au reste, le changement de décor est radical. Le Vietnam a pris le train de la croissance muni d’un billet sans arrêt, ni correspondance. Sur la route menant à Can Tho, pas une parcelle en friche. Les aires de repos sont pour ceux qui ont besoin de se reposer. Avec une population composée à 60 % de moins de 30 ans, le Vietnam songe à avancer. Vite.

Delta du Mékong. Le verger du Vietnam. Le long de ses innombrables canaux, on y cultive doctement tout ce que la terre a à offrir. Ses mille et un fruits se réunissent dans une gigantesque farandole multicolore sur les marchés flottants où chaque embarcation reste le temps d’écouler son stock. Le Bassac devient alors, pour quelques jours, une semaine, un vaste parking plus ou moins ordonné, où chaque variété tient sa place. Ramboutan, papaye, carambole, anone, mangoustan, jaque, longane, goyave, durian, pomme étoilée au cœur de lait, mangue, litchi, ananas… La nature prodigieuse sait aussi bien régaler les papilles que les pupilles. Même ambiance au marché Binh Tay de Cholon, l’ancienne cité marchande chinoise, aujourd’hui fondue dans l’immensité urbaine d’Hô-Chi-Minh-Ville, où s’achète tout ce qui peut se vendre. Le marché, c’est le mètre-étalon de l’Asie. Son sceau, son ADN. Une cité dans la ville, avec ses quartiers, sa circulation, son organisation. On y vit, mange et boit. On y discute, s’y rencontre, rit – et pleure, sans doute. Pour un peu, on y dormirait. Mais on vient pour faire tourner la maison. Les marchés sont les poumons magnifiques du Far-East.

À Saigon, la mue poursuit son œuvre : la ville se regarde désormais le nez en l’air. Autour de l’ancienne rue Catinat, ce ne sont plus que buildings et hôtels de luxe. Lorsque la vue se dégage, c’est qu’un nouveau projet germe derrière les longues palissades de chantier sur lesquelles sont affichés les plans du nouvel édifice. Sous peu, la cathédrale Notre-Dame et l’Opéra s’habilleront d’une ombre permanente. Que de mythes, de mystères vaporeux dont s’est nimbée, des décennies durant, la grande Saigon : fumeries d’opium, tripots secrets, trafics en tous genres, intrigues géopolitiques… La grande dame au fume-cigarette est aujourd’hui bousculée par une jeunesse pressée, énergique, animée d’une soif de vivre inégalée. Le cœur économique du Vietnam affiche un optimisme saisissant, qui se traduit par une rage de conquête hors normes. Qu’on ne lui parle plus de la lenteur asiatique proverbiale. Ici, on a pris la mesure des indicateurs du marché. Et on sait s’en servir. Le Vietnam immuable est à rechercher du côté de Hoi An, grand village de l’ancien Annam que la patine du temps a su envelopper d’élégance. Les maisons antiques s’y transmettent de génération en génération. Pas question de céder le patrimoine familial. Et quelle fierté… On serait fier à moins. Dans l’entrelacs des ruelles cheminent des esprits aussi nombreux que les écailles d’un dragon. Au crépuscule, à l’heure où les lanternes de papier dardent leurs feux, on croit entrevoir leur fuite sur la rivière Thu Bon. Pour leur plaire, on danse sur les quais sur des airs d’outre-temps, tout de soie vêtu. La carte postale est parfaite. Un peu trop, peut-être…

À Hué, on est plus sobre. La cité impériale déroule ses vestiges paisiblement, entre ciel et terre. Inutile de vouloir plaire à tout prix. La grandeur du Vietnam est là, imposante, gracieuse et sublime. Voisin de ce joyau millénaire, le musée de la Guerre expose des machines utilisées pendant la guerre du Vietnam. Triste contraste. Un canon américain de 175 millimètres pointe son fût vers la rivière des Parfums. Il ne menace plus rien ni personne : la Cité interdite continue à laisser entrer qui elle veut. Les cyclo-pousse promènent les visiteurs d’un jour, déballant un laïus approximatif mais au charme inimitable. Les Vietnamiens sont des conteurs, des diseurs d’aventures. Celles qui ont dû se jouer à Tam Coc valent, à n’en pas douter, leur pesant de jade. Que de légendes recèle cette immensité calcaire, aux pitons karstiques fabuleux, dressés ça et là au milieu des rizières… Ces pains de sucre ombrageux dessinent une épine dorsale dans le brouillard de l’hiver. La « baie d’Along terrestre » confère son éternité au Vietnam, sa singularité empreinte de féerie. Elle scelle une idée étrange selon laquelle la lenteur accepte en mariage la frénésie de la croissance avec bienveillance. Une union sans nulle concession, pourvu que le bonheur soit enfin au rendez-vous. Et tout porte à croire que l’alliance est heureuse, car l’on vit ici comme on vide les verres de bia hoi : « Tram phan tram ! » (« Cent pour cent ! »).

 

Matthieu Lévy-Hardy

Mars 2011 – N°80