Alain Badiou Rouvre le « cas » Wagner

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En France, au milieu du XIXe siècle, deux poètes, Baude­laire et Mallarmé, vont célébrer Wagner. Baudelaire écrit dans la petite monographie qu’il lui consacre en 1861 : « Comme artiste traduisant par les mille combinaisons du son les tumultes de l’âme humaine, Richard Wagner [est] à la hauteur de ce qu’il y a de plus élevé, aussi grand, certes, que les plus grands. »…Par Jean Ristat Lire la suite

Editorial – Avril 2011


Editorial

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Les Lettres Françaises, gardons-en mémoire, furent le journal de la Résistance intellectuelle contre l’occupant nazi. Fondées par Jacques Decour et Jean Paulhan, en 1942, elles cessèrent de paraître en 1972. Vercors, en novembre 1972, à la mairie du 9e arrondissement de Paris, rendait hommage à Jacques Decour, en ces termes : « Avec les Lettres Françaises et les Editions de Minuit, c’est pratiquement toute la Résistance intellectuelle dont Jacques Decour a été l’initiateur. » Vercors intervient alors au moment de la disparition des Lettres Françaises et s’écrie : « Ce n’est pas le lieu ici de discuter les causes de cette douloureuse disparition. (…) Il nous semble que sa mémoire a été trahie deux fois, et nous tous avec elle. » Le nom de Jacques Decour « est à jamais inscrit dans notre histoire ». J’écris dans un moment où, en France, le programme de la Résistance est peu à peu démantelé et le développement culturel de notre pays gravement menacé par des coupes budgétaires drastiques : loi du marché obligé ! Il faut donc résister et passer à l’offensive : la bataille d’idées n’attend pas. Les Lettres Françaises aujourd’hui veulent être un lieu de rassemblement des intellectuels, des artistes, des écrivains contre l’inculture organisée par le capitalisme mondialisé.

Par exemple, la discussion critique des œuvres de l’art, de la philosophie et de la littérature n’est pas, comme certains l’imaginent, tempête dans un encrier. L’adversaire, lui, ne s’y trompe pas : regardez le soins par exemple avec lequel le Monde via le livre de Mehdi Belhaj Kacem, s’attaque au travail d’Alain Badiou ! Il ne peut être question de fuite devant la discussion. Pour reprendre l’expression d’Aragon, « ne laissons pas l’avantage à l’ennemi sans combat ». C’est le rôle que les Lettres Françaises tentent de remplir depuis plus de sept ans qu’elles sont insérées dans l’Humanité. Malgré ses graves difficultés financières, L’Humanité continue de nous publier. Nous n’avons jamais cessé de lui en savoir gré. Nos lecteurs doivent savoir que depuis la disparition du journal le samedi, nous paraitrons désormais le jeudi. Nous sommes obligés de réduire notre pagination, passant de 16 à 12 pages, contribuant ainsi à l’effort de redressement de l’Humanité. Il est plus que jamais nécessaire d’aider les Amis des Lettres Françaises. Je n’oublie pas non plus tous les collaborateurs des Lettres Françaises qui, malgré leurs difficultés personnelles, travaillent bénévolement, mois après mois, pour que vive notre journal.

A vous toutes et à vous tous, merci.

 

Jean Ristat

 

Avril 2011 – N° 81

 


Badiou rouvre le « cas » Wagner (II)

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Il y a depuis le milieu du XIXe siècle jusqu’à nos jours une construction du cas Wagner que Badiou va démonter (déconstruire), après en avoir exposé les principaux éléments. Il en retient quatre : le rôle du mythe, de la technologie, de la totalisation et de la synthèse. Doit-on considérer que l’entreprise wagnérienne est tributaire des mythes (chrétiens ou païens) ? Pour Badiou, la mise en scène Boulez-Chéreau-Regnault à Bayreuth de la Tétralogie montre que nous ne sommes pas obligés de consi­dérer le recours aux mythes comme un trait essentiel du travail de Wagner…Par Jean Ristat Lire la suite

À nos lecteurs


À nos lecteurs

Les Lettres françaises

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Tout d’abord, merci à toutes celles et à tous ceux qui, en répondant, mois après mois, à l’appel des Amis des Lettres françaises nous aident à poursuivre notre travail. Nous n’oublions pas non plus l’Humanité qui permet à de nombreux créateurs, artistes, écrivains, philosophes, de s’exprimer en toute liberté dans les Lettres. Il faut le souligner, aujourd’hui plus que jamais, dans un temps où l’inculture, le mépris de l’intelligence, le racisme, le nihilisme sont instrumentalisés par le pouvoir en place pour mieux assurer sa domination. D’autre part, les Amis des Lettres ont ouvert un site Internet où l’on pourra chaque mois retrouver les Lettres françaises. Enfin, grâce aux éditions le Temps des cerises, une collection « les Lettres françaises » accueille aussi bien des textes du patrimoine littéraire que des ouvrages de création contemporains. Après la publication d’un premier livre, Ils, de Franck Delorieux, elle peut annoncer dès maintenant la parution, dans les semaines ou les mois à venir, de deux titres, quasiment introuvables, le Musée Grévin, d’Aragon, et le Maïakovski, vers et proses, d’Elsa Triolet, en attendant la première biographie française de Burroughs par Gérard-Georges Lemaire. Le lancement de la collection aura lieu ce lundi 6 décembre, à partir de 18 h 30, au siège du Temps des cerises, 47, avenue Mathurin-Moreau.

www.les-lettres-francaises.fr


Avec René Schérer


Avec René Schérer

Edito

par Jean Ristat

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Je relisais, il y a quelques jours, les pages consacrées à Jacques Derrida par Alain Badiou dans son livre Pe­tit panthéon portatif. D’entrée, il remarque qu’il y eut en France un « moment philosophique » fulgurant entre la fin de la guerre d’Algérie et la tempête révolutionnaire des années 1968-1976. Hélas, « la génération philosophique qui a été identifiée à ce moment a presque complètement disparu ».

Aquarelle de René Schérer

René Schérer est sans doute l’un des derniers représen­tants d’une époque que les forces réactives voudraient bien nous faire oublier. Celle, par exemple, de l’université de Vincennes, dont il nous dit qu’elle était ouverte à tous, ou­verte aussi à des contenus insolites : la politique, la sexualité. Professeur dès 1969, René Schérer y enseigne avec Foucault, Deleuze, Châtelet, Lyotard, Rancière, Revault d’Allonne, Lucien Goldmann. Son ami, Guy Hocquenghem, entre à Vincennes comme chargé de cours en philosophie en 1971. Ses interventions sur la conception homosexuelle du monde feront date. Il y renverse le point de vue jusqu’alors admis : « L’homosexualité n’est pas une maladie, une perversion de la sexualité mais une valeur positive, une affirmation du désir dans sa plénitude. » Il écrira, avec René Schérer, deux livres : en 1976, Co-ire, album systématique de l’enfance et, en 1985, l’Âme atomique. Pour sa part, René Schérer dans ses cours parle de Fou­rier, de la pédagogie et de son histoire, de l’enfance et de la sexualité. En 1972, il publie Charles Fourier, l’ordre subversif et, en 1974, son fameux Émile perverti. L’essentiel de son œuvre s’organise autour de ces thèmes. Ainsi, en 2001 et 2006, reviendra-t-il sur Fourier avec respectivement l’Écosophie de Charles Fourier et Charles Fourier, vers une enfance majeure. N’oublions pas Enfantines en 2002, livre dans lequel il rappelle que le XVIIIe siècle fut le siècle inventeur de l’enfance. « Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle s’accumulent les indices que, dans l’attitude des adultes envers les enfants, quelque chose se met à changer. » René Schérer n’a jamais cessé de philosopher sur l’enfance, même si aujourd’hui il constate qu’« il n’y a plus aucune liberté ou possibilité de penser l’enfance sans qu’on vous objecte le sexuel… ou alors, si l’on veut vraiment entreprendre une philosophie de l’enfance, on en arrive à gommer tout ce qui touche à la sexualité ainsi que le passionnel, l’émotif d’une manière générale. Ce qui n’est pas préférable non plus ».

Adorno écrivait déjà en 1963 : « Le tabou le plus fort, ac­tuellement, est celui qui concerne tout ce que l’on définit par “mineur” qui suscita déjà des tempêtes lorsque Freud découvrit la sexualité infantile. » Je renvoie le lecteur à son ouvrage Tabous sexuels et droit aujourd’hui. Il n’est pas question ici de s’attarder sur ces sujets, mais je veux simplement souligner la nécessaire liberté d’expression sans laquelle il n’y a pas non plus de liberté de penser. La rencontre de René Schérer avec les Lettres françaises (Franck Delorieux) traite également de son exclusion en 1954 du PCF pour des raisons, non de divergence politique, mais de morale sexuelle. La morale prolétarienne, comme on disait alors, n’admettait pas l’homosexualité. C’était un autre temps, et heureusement, le PCF a bien changé. Cela n’a pas détourné René Schérer du « communisme en tant qu’idée mais de sa mise en exercice dans le Parti ». Son témoignage, m’a-t-il semblé, peut nous aider à réfléchir sur notre histoire.

On présente René Schérer un peu rapidement comme un utopiste. Certes, il s’appuie sur Fourier pour réhabiliter l’idée d’utopie « comme la recherche d’une réalité absente ». Il ajoute qu’il « sauve Marx avec Fourier… Dans l’oeuvre de Marx, ce qui est absent, effacé, est au centre de celle de Fourier : la passion, le désir ».J’ai évoqué bien rapidement une œuvre que j’invite nos lecteurs à relire ou a découvrir. L’intelligence a tout à y ga­gner. Un livre d’entretiens de René Schérer avec Geoffroy de Lagasnerie, Après tout, est une excellente introduction à son parcours.

Jean Ristat


Novembre 2010 – N°76

Après tout, de René Schérer et Geoffroy de Lagasnerie. Éditions Cartouche, 206 pages, 17 euros.