Soutien à Gabriel Matzneff


L’un de nos grands écrivains, Gabriel Matzneff, a été, il y a quelques jours, victime d’une attaque lors d’une réunion littéraire dans un café parisien. Je veux dire, aujourd’hui, l’estime dans laquelle je tiens son œuvre et sa personne, l’amitié qui nous lire depuis des décennies – ensemble nous avons fait une revue, 1492, dès 1962. Certes, nous avons parfois des désaccords, des points de vue qui divergent sur tel ou tel problème de société. Jamais rien de grave. Il est un homme de liberté. On comprend donc qu’une petite bande de fascistes s’en prenne à sa personne sans, probablement jamais l’avoir lu. Cette affaire montre, avec tant d’autres ces dernières années dans notre pays, que la pire réaction entend maintenant agir à visage découvert et en toute impunité. La petite morale, la « moraline », non seulement se répand à grands renforts médiatiques, dans beaucoup d’esprits mais s’en prend physiquement à ceux qui la combattent par l’écrit et la pensée. Gabriel Matzneff, je le répète, est l’homme de la liberté mais aussi l’homme de l’amour. Je suis et reste à ses côtés, lui le « garde blanc » comme le surnommait Elsa Triolet et à qui Aragon n’hésitait pas à donner la une des Lettres françaises.

Jean Ristat


Je connais Gabriel Matzneff depuis mon adolescence. Je veux dire que ce fut à cette époque tourmentée et douloureuse que j’ai découvert son œuvre. Il s’est tout de suite révélé un maître et un complice, selon son expression, non pas pour devenir comme lui mais pour m’aider à devenir moi. Gabriel Matzneff est un homme libre qui incite avec grâce et légèreté à le devenir. Dans ma lutte contre l’ordre familial, bourgeois, social ou religieux, ses livres furent de très précieux alliés. Je lui en suis reconnaissant, d’autant plus que son style est une merveilleuse source de délectation. Toute son œuvre prend bien sûr une place de choix dans ma bibliothèque, d’où j’extrais régulièrement un volume pour le relire.

Je disais que Gabriel Matzneff est un homme libre et il convient d’insister sur ce point : c’est ce que la vermine lui reproche. Comme disait Bernanos, « les ratés ne vous rateront pas ». Voici quelques jours, des fascistes au petit pied se sont drapés dans l’étendard miteux de la bien-pensance. Ils se voulaient des héros et ne sont que les corbeaux pouilleux de la censure. Ont-ils seulement ouvert une seule fois un de ses livres ? Il va de soi que non. Sont-ils sensibles à la beauté, à l’amour, au panache ? Non, bien évidemment. Ils méritent amplement les coups de pied au cul qu’ils ont reçu. Je n’étais hélas pas présent mais il ne m’aurait pas déplu d’essuyer mes semelles sur leurs derrières rances. Lorsque j’ai appelé Gabriel au lendemain de cette attaque, il a évoqué l’entretien que nous avions fait sur le retour de l’ordre moral dans les Lettres françaises alors insérées dans L’Humanité. C’était en 2002 ! Non seulement la situation ne s’est pas améliorée mais force est de constater qu’elle a empirée. Lire Matzneff et affirmer notre admiration est devenu plus que jamais un acte de résistance.

Quant aux gauchistes (« Le gauchisme est la maladie infantile du communisme » disait Lénine), il est tout autant évident qu’ils ne l’ont pas lu et qu’ils ne savent strictement rien de ses prises de position. Affirmer que Matzneff est d’extrême-droite parce qu’il est intime de gens d’extrême-droite est aussi absurde que de dire qu’il est léniniste parce que nous sommes amis ! Gabriel Matzneff est, clamons-le bien haut, un grand écrivain, un parfait honnête homme et, de surcroit, un formidable ami. Son œuvre – et notamment son journal intime qui n’a d’égal dans l’histoire de la littérature que les mémoires de Casanova – restera pour les siècles comme une des plus originale, forte et belle de langue française. On continuera de le lire dans deux ou trois cents ans tandis que ses ennemis auront plongé dans les égouts de l’oubli. Je lui envoie par ce petit texte toute mon admiration, tout mon respect et toute mon affection.

Franck Delorieux


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