Première rétrospective Viallat en Amérique centrale


« Prendre un espace compliqué, chargé, difficile et installer des toiles ou éléments divers, dedans, de manière à lui donner un caractère, une décision, une circulation du regard, et créer un jeu de lectures, de forces, qui donne sens à toutes les parties qui dès lors l’occupent. La peinture est utilisée non comme un ensemble d’œuvres finies, constituées, magnifiées, mais comme élément de questionnements possibles sur des lectures ouvertes. Chaque point de vue devient ouverture sur une compréhension différente par le jeu des proximités, des positionnements, des rencontres fortuites ou raisonnées. » Ces quelques lignes de Claude Viallat résument assez bien le travail de cet artiste prolifique, qui, longtemps après avoir fondé, dans les années 1960, le groupe Supports/surfaces, (avec Vincent Bioulés, Louis Cane, Marc Devade, Daniel Dezeuze, Patrick Saytour, André Valensi…) continue d’ouvrir de nouvelles perspectives, de nouvelles approches, d’explorer de nouveaux chemins. Tout en restant fidèle à sa démarche initiale, la répétition « hors cadre » d’une même empreinte, dans laquelle certains voient un osselet et d’autres tout autre chose, et au fond cela n’a aucune importance, chaque œuvre « soulignant la richesse de l’expression, la forme et les caractéristiques intrinsèques de la matière », chaque toile s’exprimant « en relance de celles qui l’on précédées ».

Saluons, d’entrée de jeu, le grand œuvre de l’artiste. Salons aussi le magnifique travail du commissaire de l’exposition Nicolas Martin Ferreira et celui des organisateurs, Brice Roquefeuil et Sylvia Benassy, qui ont permis que cette grande exposition monographique Viallat en Amérique centrale, proposée par l’Ambassade de France au Panama, soit une éblouissante réussite.

Intitulée « Claude Viallat,  la couleur à perte de vue », cette première grande rétrospective d’un artiste contemporain français à Panama s’est déployée sur trois sites : la Casa Blanca, remarquable édifice de style néoclassique (construit en 1924-1925) du quartier de Bella Vista, siège de la présence culturelle française dans la ville, l’alliance Française ; le Papaya Planet, un espace culturel-café-librairie situé dans le Casco Antiguo, la partie la plus ancienne de la ville, et qui présente à la fois les réalisations d’artistes jeunes ou émergents et celles de grands noms de l’art contemporain ; et enfin l’Hôtel Hilton, un édifice moderne de soixante-dix étages, situé à quelques mètres des quartiers financiers, doté d’une galerie de 200 m2 et surplombant l’océan.

Acryliques sur bâches, draps, rideaux, montages de tissus, tissus d’ameublement, voiles, parasols, nappes ; acryliques montées sur des cercles de barriques ou des cerceaux de gymnastique, les œuvres de grands ou moyens formats, parcourues de motifs imprimés sont tendues dans l’espace. Elles voisinent avec cordes et filets sandow et coco dans un étonnant jeu de couleurs et de formes ou l’identique répété formant sa signature ne cesse d’être à la fois même et toujours différent. Anne Favier, dans son intéressant texte publié dans le catalogue de l’exposition parle de ce rituel de l’artiste chaque jour rejouant le motif qui « comme une partition à chaque interprétation, fait retentir toutes les reprises préalables, mais produit une musique différente à chaque fois ». Car, « chaque jour de nouveaux évènements adviennent entre supports et matières colorantes ». Ces toiles, « marquées régulièrement comme une rime plastique », vibrent en effet de mille couleurs, entre en résonance, dansent ad libitum une semblable danse sans cesse renouvelée. Et de ces formes élémentaires naissent, tel le vent dans les cordages, l’ondoiement des couleurs, de nouvelles rêveries, toute une gamme de tons, de nouveaux sons.

Trois expositions, une même exposition. Les variations infinies de matières colorées, de formes et de supports proposées dans ces espaces non conventionnels sont étonnantes, facilitent la rencontre entre différents imaginaires esthétiques… Et offre également le début d’un questionnement sur la place de l’art dans l’espace public de la ville … de Panama.

 

Marc Sagaert

 

Claude Viallat, La couleur à perte de vue 
Textes de R. Roquefeuil, N. Martine Ferreira, S. Benassy, A.Favier 
Ceysson éditions d’art, 91 pages.
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