Les « desperate housewives » de Camille Morineau


Camille Morineau a eu le nez creux. Au moment où le harcèlement sexuel montre clairement que la discrimination de la femme dans notre société reste un fait indiscutable, elle organise une exposition où les artistes femmes parlent des femmes et de leur condition. Camille Morineau est une « récidiviste » car déjà en 2009, avec elles@centrepompidou, elle avait mis en scène toutes les créatrices qui font partie de la collection du Centre Pompidou, mais qui y sont rarement exposées. Si, à cette occasion, certaines critiques ont considéré qu’il s’agissait d’une ghettoïsation non productive, fort est à parier que l’initiative récente aura un accueil nettement plus favorable. D’autant plus favorable que la manifestation, qui affiche clairement un point de vue féministe et militant, n’a nullement réduit le choix des œuvres à leur contenu politique. On est loin ici des manifestes ou des affiches simples et univoques ; partout, cette interrogation critique sur le rôle de la femme n’oublie pas la qualité esthétique des oeuvres réunies.

L’intitulé de la manifestation évoque un thème traité par l’une des artistes les plus connues du XXe siècle : la franco-américiane Louise Bourgeois. Sa série nommée « Femme-maison », un titre ironique et où la femme est représentée nue dans sa partie inférieure, tandis que le tronc est remplacé par une maison de plusieurs étages. On trouve également ici, placée dans le salon d’honneur, son œuvre iconique monumentale : l’Araignée, une métaphore intemporelle terrifiante de la femme comme prédatrice. Une autre figure historique est Niki de Saint Phalle, dont la monumentale Nana-Maison accueille le spectateur dans la cour de la Monnaie de Paris. Maison ou foyer, deviennent ainsi le lieu des revendications féministes.

Parmi les nombreuses artistes – trente-neuf au total –, plus ou moins jeunes, plus ou moins connues, une bonne partie fait appel à la vidéo ou aux performances filmées. On y voit l’espace domestique comme le plus souvent la prison – rarement le refuge – pour les femmes. A commencer par Martha Rosler qui, à la fin des années 1960, se montre dans sa cuisine. Visage impassible, elle y exécute des gestes quotidiens comme un automate, tout en laissant sentir la violence que lui inspire cette activité.

Violence et ironie féroce qui caractérisent la majorité de ces créatrices. Ainsi, une femme fait passer la serpillière, serpillière qui a la forme d’un petit homme en costume. Ailleurs, c’est la photographe américaine Cindy Sherman qui, déguisée, joue tous les rôles stéréotypées de la femme au cinéma. Ailleurs encore, Lydia Schouten filme sa performance où la maison est présentée comme une cage sans issue dans laquelle elle tourne en rond. Avec la même logique, Monica Bonvicini détruit systématiquement les murs à coup de masse. Bref, tout laisse à penser que les ambitions du « sexe faible » ne se limitent plus à « l’avenir de l’homme » et son confort intérieur.

 

Itzhak Goldberg

 

Women House, jusqu’au 28 janvier
Monnaie de Paris, 11 quai de Conti.

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