Pierre Buraglio ou la peinture qui réfléchit


Il y a comme un contraste étonnant entre le titre modeste de l’exposition de Pierre Buraglio, Se cantonner, et les premiers tableaux qui accueillent le visiteur à la galerie Jean Fournier. Ces œuvres, peintes sur contreplaqué, sont composées à partir d’une série d’autoportraits de petite taille, parfois tronqués, qui remplissent la surface du tableau de bord à bord. Plus précisément, ce sont des citations d’autoportraits de célébrités artistiques telles que Van-Gogh, Cézanne, Derain, Bonnard… Des citations ? Certes, mais « recyclées » dans le style de Buraglio, dont le visage se glisse parmi les autres.

Comment interpréter ce geste ? Un mélange de fierté et d’hommage rendu à ces illustres pairs ? Pourquoi pas, car indiscutablement l’homme a sa place dans l’histoire de l’art du XXe siècle. Plus important, c’est dire haut et fort que l’ensemble de sa production plastique depuis cinquante ans – y compris les divers Recouvrements et Agrafages et les objets, Châssis, Cadres ou Fenêtres – reste toujours dans le domaine de la peinture.

Mais il y a peut être une autre façon d’aborder ces travaux. Sans doute, l’autoportrait, et surtout ceux qui ont été choisis par Buraglio, est devenu de l’ordre de ces sigles identifiables dans un musée ou sur une couverture d’un livre. On oublie pourtant qu’au départ l’auto-représentation est un geste qui s’inscrit dans le registre de l’intime, une manière de circuler entre soi-même et son reflet, un contrat confidentiel. Bref, une manière de se cantonner.

Un regard sur les œuvres présentées ici découvre d’autres espaces d’intimité. Ainsi, le lieu d’habitat est figuré par des variations sur la façade de la maison de Buraglio à Maisons-Alfort, déclinées en peinture, gouache et dessins. D’une échelle réduite, comme dans une volonté de les ramener à taille humaine, ces maisons blanches, à la toiture rouge, n’ont rien d’une architecture austère et tout du charme d’une maquette.

Plus proches encore du corps sont les deux peintures qui mettent en scène une veste noire, accrochée directement au mur sur un cintre. On le sait, l’habit n’est pas un objet comme un autre. Cette seconde peau, même détachée de son propriétaire, évoque inévitablement la présence ou plutôt l’absence de l’être humain. Rien ici ne nous indique l’identité de la personne à laquelle appartient cette veste, pas plus que la nature du cadre dans lequel elle se trouve. Sauf un seul détail : dans le premier tableau, à gauche, un petit dessin encadré est également accroché au mur. Curieusement, dans la seconde version, ce dessin s’efface ou disparaît, remplacé par une tache blanche.

Ainsi, le parcours qui a débuté par cette marque distincte qui donne à l’autoportrait sa singularité, à savoir le fier visage de son créateur, se termine sur un autoportrait métonymique qui a perdu sa face. Sommes-nous certains qu’il s’agit de celui de Pierre Buraglio ? Nullement. Mais depuis quand l’art promet-il des certitudes ?

 

Ithzak Goldberg

 

Se cantonner, jusqu'au 9 décembre
Galerie Jean Fournier, 22 rue de Bac, Paris.
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