Emmanuelle Grangé, récit d’une absence


Le premier livre de la comédienne Emmanuelle Grangé aurait très bien pu s’intituler, la Disparition, un titre malheureusement déjà pris par Georges Perec. Avec Son absence, l’auteure y gagne au change, en étant beaucoup plus juste par rapport à ce qu’elle développe dans son roman. Car s’il est bien question d’une disparition celle d’un jeune homme de « bonne » famille de six enfants qui, du jour au lendemain, décide de faire ses adieux et de disparaître définitivement sans donner la moindre explication à quiconque, des adieux avalisés par la carte postale qu’il a envoyée à ses parents et que le père va lire à l’ensemble de la famille convoquée « un soir d’été 1995 », c’est bien de sa disparition et de son absence dont il est question tout le long du livre.

Double absence si on peut dire, puisqu’il n’est pratiquement question dans le livre que des membres de la famille, lui-même n’apparaissant que fugacement dans quelques inserts écrits en italique. La famille donc est convoquée vingt ans plus tard pour avaliser officiellement l’absence (« déclaration d’absence » comme le stipule le Code civil dans son article 122 cité en tête de l’ouvrage) du jeune homme. C’est là une formidable occasion que s’est donnée Emmanuelle Grangé pour brosser un tableau impitoyable d’une bonne petite famille (six enfants quand même, moins un donc, avec belles-filles et petits enfants) bien « française ». Les portraits des uns et des autres sont des petites merveilles très habilement agencées dans le fil de l’intrigue. L’écriture d’Emmanuelle Grangé est sèche avec ses phrases courtes mais percutantes. Le tout sur un ton de constat décapant dans sa volontaire banalité. À force cela pourrait être drôle, cela finit par être terrifiant, car c’est un peu notre propre portrait qu’elle nous livre en miroir.

Jean-Pierre Han

Emmanuelle Grangé, Son absence
Editions Arléa, 152 pages, 17 €

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