Marie-Geneviève Ripeau, les feux absolus de l’art


Marie-Geneviève Ripeau (1942-2017) repose au cimetière des Batignolles. Comme l’un de ses personnages, elle voulait une tombe au soleil pour avoir chaud et voir passer les gens… Une femme drôle, vive, d’une grande intelligence. Une femme talentueuse, une femme vivante. Cet été, devant l’église romane d’Aulnay-de-Saintonge, on l’imaginait commentant avec érudition et poésie ces chapiteaux historiés, ces modillons, cette bible de pierres, comme en d’autres temps l’abbatiale de Conques, l’abbaye du Thoronet ou celle de Saint-Guilhem-le-Désert…

Diplômée de l’Institut des hautes études cinématographiques (IDHEC), elle a été chef monteuse (de 1972 à 1978), scénariste (de 1982 à 1999 : Milena, Elena Berrocal, Cinq jours en Grèce) et directrice du département scénario à la Fémis (de 1995 à 2009). Elle a dirigé des séminaires en France, en Suisse, en Equateur et au Liban. Elle a écrit avec Yvette Biro un livre pédagogique à destination des apprentis scénaristes, Direction scénario. Exercices d’imagination (2001).

Auteure de films de fictions en 35mm, elle a réalisé notamment Nuit, une guerre (1976, avec Virginie Thévenet et Jean-François Stévenin) et Adieu, voyages lents (1978-1979, avec Andrée Tainsy, Michèle Simonnet, Evelyne Dandry, Jean-François Stévenin et les habitants de Peyrat-la-Nonnière, en Creuse). Inspiré de la vie de Paula Modersohn-Becker, En l’absence du peintre (1985, avec Michèle Simonnet, Martine Chevalier, Philippe Noël), tourné à Brême, à Wuppertal et à Paris, a remporté de nombreux prix tant en France qu’au Portugal ou en Pologne. On lui doit des documentaires en 16mm, dont Si tu t’imagines (1973) et The Cloisters Museum, New York (1982). Ses textes radiophoniques  — La Colère du Hanneton, L’Ascension de Fadette, Aveuglément — ont été diffusés sur France-Culture (1993-1996). Elle a écrit des Poèmes du mauvais vouloir et de nombreux romans policiers dont Boulevard du bonheur.

Dans sa production littéraire et artistique, Conversations avec Marie-Geneviève Ripeau (2005) est un livre singulier, bâti à partir des entretiens menés avec sa mère et qui raconte la vie de Marie-Louise Ripeau, née Chrétien, avec ses mots à elle et qui replace la biographie maternelle dans l’Histoire. Comme sa mère, femme née à Versailles et d’ascendance bretonne, Marie-Geneviève Ripeau a un caractère bien trempé. Son ouvrage La Femme debout (2011) la définit bien. Dans ce texte à caractère autobiographique, elle évoque les temps heureux où elle regardait son père, Luc Ripeau, créer des vitraux colorés, elle dit sa vie et son « insolente santé » comme un allant de soi jusqu’à l’annonce du cancer et ses conséquences, le corps comme une « usine en chômage technique dont le propriétaire n’a rien décidé ». Tant qu’elle le peut, elle se forge ses propres armes pour lutter contre « la bête ». Tant qu’elle le peut, elle écrit et demeure à l’écoute du monde.

D’une inlassable curiosité intellectuelle, d’une grande culture, Marie-Geneviève Ripeau était passionnée d’histoire et d’art. Critique artistique, elle a publié ses articles dans Les Lettres françaises. Et aujourd’hui, voici ce texte inédit :

« Comme certains cieux, un cloître roman, une cathédrale gothique, une usine moderniste, un paysage, un beau visage nous poursuivent, certaines œuvres nous hantent et nous savons que nous mourrons avec les déclinaisons du bœuf écorché de Rembrandt, Soutine ou Francis Bacon, Les Ménines de Vélasquez, les toiles noires monumentales de Rothko, les séries d’Andy Warhol, et, pour ceux qui y furent confrontés à Washington, la forêt de sculptures de Mildred Thompson, ou en Allemagne, ses dessins de la série des Gas Mask, les auto-portraits de sa période parisienne, et les toiles vibrantes de ses séries cosmiques d’Atlanta, dont les Images ne peuvent s’effacer. »

 

Martine Sagaert


 

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