America : les Etats-Unis lus et relus


America. Voici une nouvelle revue (c’est le deuxième numéro) qui nous promet l’Amérique — originale, inédite, « l’Amérique comme vous ne l’avez jamais lue. » Lisons donc. La couverture nous annonce « enquêtes et reportages » sur Donald Trump. « Le président des Etats-Unis est-il coupable de trahison ? » se demande le directeur de la rédaction, François Busnel, dès la première ligne de son éditorial. « Il aura suffi de six mois pour que la question soit sur toutes les lèvres. » C’est le genre d’hyperbole grossière dont Trump lui-même est coutumier. Il pèse sur lui des soupçons d’entrave à l’exercice de la justice. La chose est assez grave pour qu’on n’en rajoute pas.

Mais Busnel nous dit que les gens d’America sont plutôt, « plus que jamais, des collectionneurs de récit ». La rédaction a donc choisi pour ses lecteurs « dix livres incontournables » qui reflètent « les facettes d’un pays complexe ». Parcourons les comptes rendus des ouvrages qui composent cette « bibliothèque idéale américaine» : Thomas Saintourens « jette une lumière implacable sur les failles d’une nation » ; John Edgar Wideman a écrit un nouveau chapitre de la « grande saga des parias » ; Donald Ray Pollock se fait « le héraut de l’Amérique profonde, le porte-voix des rednecks et des losers » ; Smith Henderson « chronique avec sensibilité l’Amérique des laissés-pour-compte » ; Lauren Groff nous offre les causes du « fiasco du rêve américain » ; quant au livre de George Packer, il nous aide à comprendre « comment l’optimisme, qui fut si longtemps la marque du peuple américain, se dissout dans le grand bain du désenchantement. » C’est vraiment la « bibliothèque idéale », qui permet d’écrire six articles avec une seule idée !

Dans le reste du sommaire, on trouve aussi une enquête de bonne facture sur la « Résistance » à Donald Trump, un entretien avec Colson Whitehead, un texte bilingue de Salman Rushdie… Il y a aussi des photos pittoresques des bayous de Louisiane ; un reportage scolaire sur la grande réserve naturelle de Yellowstone (« Yellowstone est le lieu de tous les superlatifs »)…

C’est l’Amérique convenue, réduite à des petites cases et qui répond d’avance à un fantasme français des Etats-Unis : des intellectuels s’opposent au milliardaire vulgaire en racontant la vie des hobos, rednecks et autres losers qui détiennent, en eux-mêmes et sans le savoir, la critique du système. L’Amérique comme on l’a déjà lue si souvent… Les indulgents, les optimistes guetteront les numéros suivants.

 

Sébastien Banse


America (revue trimestrielle)
N°02/16, été 2017
194 pages, 19 euros.

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