Férocement dignes


A l’inverse de Merci Patron, où François Ruffin s’amuse comme un fou à sauter les deux pieds joints dans les eaux troubles de LVMH, Françoise Davisse s’est coulée sans remous dans le cours mouvementé de la grève des ouvriers PSA d’Aulnay-sous-Bois. Ici, pas d’interviews, ni de commentaires en voix off : il s’agit de capter le réel sur le vif. Il n’est pas tout à fait étonnant que ces deux films au thème similaire paraissent au moment où le gouvernement « socialiste » avance son projet de loi visant à démanteler le code du travail : cette abjection n’est que l’aboutissement de forfaitures plus anciennes.

Voyez, dans le film de Françoise Davisse, le candidat Hollande faire un détour sur le chemin des studios de télévision pour saluer les ouvriers d’Aulnay. Ceux-ci ont appris six mois plus tôt, par un courrier anonyme, que leur usine était condamnée. « 3000 emplois supprimés, on ne laissera pas faire », lance Salah Keltoumi à Hollande. Le cariste se penche sur le futur président : « Vous nous donnez rendez-vous après le 6 mai, on verra. On sera là. » C’est tout vu. Après l’élection, viendront les CRS. « Hollande s’aplatit devant les patrons et nous envoie les paniers à salade », tonne Keltoumi en montant dans le fourgon.

Voyez Montebourg, couvrant de l’autorité de l’Etat les mensonges du constructeur automobile : « Pas une seule personne ne sera sans solution identifiée à son problème d’emploi. » A Aulnay, Philippe Julien n’est pas dupe. « Ma première grève ici, c’est en 1984 », se souvient-il. Il préconise un comité de grève, au-dessus des syndicats : « Qu’on soit syndiqué ou non, on décide ensemble, à égalité. » Et prévient ses camarades que la route sera longue : « Ne pas s’imaginer qu’il y a une action magique pour tout régler d’un coup. »

Devant la détermination de ces trois cents héros de tragédie industrielle à secouer la fatalité économique, une armée de menteurs déploie ses forces. « Avez-vous ordonné la poursuite de la grève aux vôtres ? », demande le servile Elkabbach à Jean-Pierre Mercier. « Je n’ordonne rien », rétorque le délégué de la CGT. « Les salariés décident en assemblée générale. » Aux sbires de la direction, dépêchés à Aulnay pour fliquer les grévistes, il explique : « On défend notre boulot, on a des familles, des enfants à nourrir. » Les autres ne répondent pas, ils ont le mutisme pour consigne. On cherche en faire des robots, Mercier leur parle comme à des hommes : « Si on vous demande de faire du sale boulot, de faire des saloperies, il faut refuser. »

Quatre mois de grève plus tard, quatre mois remplis de larmes, d’espoir, de fierté, de doutes, les travailleurs coincent Montebourg dans la rue. Où en sont les promesses de reclassement de PSA ? Faussement affable, le ministre est agacé. On l’attend au « studio de design » d’une grande enseigne d’ameublement. « J’arrive tout de suite », lance-t-il à son rendez-vous, hors champ. Et, désignant les hommes et femmes qui l’encerclent: « J’ai un petit truc à régler. »

Sébastien Banse

 

Comme des Lions, réalisé par Françoise Davisse
115 minutes, sortie le 23 mars 2016.

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