Cesare De Marchi : La quête de l’authenticité


La quête de l’authenticité

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Cesare De Marchi (né en 1949 et auteur de romans publiés avec succès depuis 1981) fait dans son dernier roman une description détaillée d’une vie à la recherche de sa pleine réalisation et qui veut écarter de son chemin toute forme de compromis.

Quand on se promène dans les rues de Milan, il est possible de passer près de l’entrée d’un fast-food sans en être surpris. Pourtant, on devrait y regarder de plus près, avec la plus grande attention : dans la cuisine, où les pommes de terres sont frites, on trouve Luigi Martinotti, un homme désespéré car il est prisonnier d’une existence qui ne coïncide pas avec sa «  vocation ». Le protagoniste est frustré à cause de l’impossibilité de pouvoir être lui-même de manière authentique. Il cherche refuge dans des « pensées » qui semble la seule issue en regard de la réalité qui l’entoure.

Les Lettres Françaises, revue littéraire et culturelle

Cesare De Marchi, La Vocation

Luigi se sent l’otage de choses qui ne le satisfont pas : seule l’étude du passé et le désir de devenir un historien parviennent à lui donner des motivation valables pour continuer à survivre. L’obsession de la lecture transcende la simple acquisition d’informations : il veut faire une brèche dans l’atmosphère illusoire dont il fait l’expérience tous les jours pour essayer de comprendre la vérité absolue recluse dans le récit des événements passés. Les journées sont scandées par l’étude, chez lui et à la bibliothèque, et par les exténuants tours de travail se prolongeant jusqu’à minuit. Les fins de semaine sont occupées par sa relation avec Antonella, qui est sa compagne. Elle se montre condescendante et sensible, même si elle ne réussit pas à percevoir la nature complexe de l’homme dont elle est tombée amoureuse.

L’incapacité de s’adapter aux vicissitudes quotidiennes a porté le protagoniste à se forger une armure solide, imperméable aux émotions. L’absence de chaleur humaine n’est qu’une manifestation superficielle. Le monde intérieur de Luigi est saturé de passion et d’élans vitaux. De Marchi concrétise dans son personnage la volonté de renaître à soi-même par la prise de conscience de sa « vocation » ne pouvant être rapprochée d’une inclination élémentaire, mais correspondant à un code spirituel de l’individu. La perte de contact avec la réalité anticipe le glissement définitif dans la folie : le jeune homme a toujours eu le désir de rechercher un équilibre lui permettant de trouver un nouveau souffle et de réaliser cette fameuse « vocation ». Mais, à un moment donné, il ne parvient plus à supporter le poids de cette lutte dérisoire et l’inconscient s’empare de lui. Sa volonté inébranlable de s’affranchir des habitudes contraignantes de ce bas monde ne cesse de hanter les réflexions de Luigi, qui semble emporté dans une course folle en vue de l’émancipation totale des conventions sociales : il est maintenant prêt à écouter, sans la moindre interruption, l’appel de sa voix véritable, venue du plus profond de son être.

Leonardo Arrighi

La Vocation, Cesare De Marchi, traduit de l’italien par Marguerite Pozzoli, 320 p., 23 €

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