Alain Badiou Rouvre le « cas » Wagner


Edito

Alain Badiou rouvre le « cas » Wagner

par Jean Ristat

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Richard Wagner

En France, au milieu du XIXe siècle, deux poètes, Baude­laire et Mallarmé, vont célébrer Wagner. Baudelaire écrit dans la petite monographie qu’il lui consacre en 1861 : « Comme artiste traduisant par les mille combinaisons du son les tumultes de l’âme humaine, Richard Wagner [est] à la hauteur de ce qu’il y a de plus élevé, aussi grand, certes, que les plus grands. » Il avait écrit au musicien allemand pour lui dire la « commotion » qu’il avait reçue à l’écoute de sa musique – à l’égal du choc éprouvé à la lecture de Poe –, Wagner lui répond que son article l’a enivré… Et ne dit-on pas que Baudelaire mourant demande à ce qu’on lui joue du Wagner… ?

Mallarmé n’est pas en reste : « Voilà pourquoi, génie ! moi, l’humble qu’une logique éternelle asservit, ô Wagner… ». Nietzsche à son tour célèbre l’évènement Wagner, qui va bien au-delà de la musique, puisque « ce n’est pas seulement un art nouveau qui a été découvert, mais bel et bien l’art lui-même », dans sa quatrième Considération inactuelle écrite pour saluer l’ouverture du premier festival de Bayreuth. Mais il va connaitre, et exprimer avec véhémence, une déception aussi forte que la passion qu’il éprouva pour l’homme et son œuvre musicale, dans deux textes fameux : le Cas Wagner (mai 1888) et Nietzsche contre Wagner (Noël 1888). Querelle amoureuse, sans doute, mais plus « sérieusement » encore : « car nous – Wagner et moi – avons au fond vécu une tragédie l’un avec l’autre ».

Alain Badiou dans ses Cinq leçons sur le « cas » Wagner souligne que « le nom de Wagner pose depuis longtemps un problème musical et philosophique ». Dans son remarquable ouvrage il va montrer que le « cas » Wagner est une construction (à laquelle d’ailleurs « l’histrion » Wagner prêtera la main) qui a une histoire, celle d’un genre ou d’une entreprise « à laquelle ont participé […] Baudelaire, Lacoue-Labarthe, François Regnault, Žižek et moi-même (Alain Badiou), via Mallarmé, Nietzsche, Thomas Mann, Adorno et Heidegger ». C’est ce qu’il nomme « le premier cycle généalogique, suivi par un cycle idéologico-politique ». Pour ce dernier point la question reste – pertinente ou non – celle de son articulation à l’antisémitisme et au nazisme.

(à suivre)

OEuvres tome I, de Friedrich Nietzsche, Gallimard « Pléiade », 1158 pages, 55 euros.
Cinq leçons sur le « cas » Wagner, d’Alain Badiou. Éditions Nous, 196 pages, 22 euros.
 
 

Jean Ristat


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