Sur la Toile, récemment… (12)


Sur la Toile, récemment… (12)

 

Les Lettres Françaises, revue littéraire et culturelleIl y a peu, les gens de Pièces et Main d’Oeuvre  publiaient, aux éditions de l’Echappée, un ouvrage intitulé l’Industrie de la contrainte. Divisé en trois parties, ou plutôt en trois études de cas (IBM, Thales, Clinatec), le livre montre l’étendue réelle du progrès technologique le plus récent et ses perspectives d’application, qui ne sont pas forcément celles qui sont annoncées haut et fort en place publique. En étudiant attentivement le détail des programmes de recherche, l’identité des investisseurs et de leurs partenaires, la langue dans laquelle ces gens s’expriment, l’histoire des recherches qu’ils ont menées et leurs prédécesseurs avant eux, le livre offre une vision assez complète des « retombées » que l’on peut attendre de tels projets : multiplication et diversification des dispositifs de surveillance, collecte et analyse de toutes ces nouvelles données par un système global de traitement des informations…

« Au-delà de ce que la loi, la coutume, les normes sociales et la force brute ont toujours imposé ou interdit aux sans-pouvoir, des innovations, issues de l’informatique et des statistiques, des nano et neurotechnologies, des supercalculateurs et de l’imagerie médicale, induisent bientôt la possession et le pilotage du monde-machine comme de l’homme-machine par le pouvoir. La pure gestion de flux et de stocks d’objets au lieu de la perpétuelle répression des sujets : macropilotage d’ensemble et micropilotage individuel ».

La force de l’ouvrage est d’articuler ces quelques cas particuliers avec l’entreprise globale que poursuit le capitalisme technologique, qui est véritablement un projet de contrôle et de surveillance total. Qu’il se compare à Dieu, dans le discours, ou bien s’allie occasionnellement au IIIè Reich, dans les faits, le projet au long terme mené par IBM, par exemple, n’est rien d’autre en définitive qu’une tentative totalitaire, en ce qu’il cherche à coloniser tous les aspects de la vie. Contrairement aux tentatives totalitaires du passé, celle-ci progresse diffusément avec le consentement de la majorité qui s’en fout, ou bien croit comme toujours qu’on lui raconte l’histoire d’un autre quand on lui parle de ce qui se passe sous ses fenêtres. L’histoire que racontent les gens de PMO se déroule en bonne partie à Grenoble, où s’est développée, notamment sous l’impulsion du maire (PS) et ancien ingénieur atomiste Michel Destot, une concentration de pôles de recherche pour tout ce qui concerne les technologies de pointe (biotechnologies, micro et nanotechnologies,  neurosciences…).

PMO n’avait pas attendu cet ouvrage pour analyser le phénomène. Entre deux livres, ils poursuivent leur tâche critique au jour le jour, sur leur blog. La dernière livraison concerne l’inauguration de Clinatec, la clinique expérimentale du cerveau de Minatec.

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On a beaucoup parlé des difficultés financières de la Tribune ou de France-Soir. La presse régionale n’est pas à l’abri de ces vicissitudes, comme le montre l’exemple de Paris-Normandie, du Groupe Hersant Media. La presse locale indépendante ne l’est pas plus, mais on en parle encore moins. La Brique, journal lillois (quelque chose comme un bimensuel, à peu de choses près), en appelle à ses lecteurs pour boucler des fins de mois difficiles. Face au géant de la Voix du Nord (propriété du groupe Rossel), le journal tente, depuis 2007, de faire entendre une voix indépendante. Sans affiliation à aucun parti, institution ou organisation, l’équipe de journalistes de la Brique se gère et s’édite par ses propres moyens, qui ne sont pas immenses puisqu’ils ne proviennent pas de la publicité, mais des ventes et des abonnements. Et des dons.

(Et comme le hasard fait bien les choses, on notera  que l’un des collaborateurs de La Brique, dénommé Tomjo, a fait récemment paraître un livre, L’Enfer vert, qui complète bien celui de PMO).


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