Editorial – Avril 2011


Editorial

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Les Lettres Françaises, gardons-en mémoire, furent le journal de la Résistance intellectuelle contre l’occupant nazi. Fondées par Jacques Decour et Jean Paulhan, en 1942, elles cessèrent de paraître en 1972. Vercors, en novembre 1972, à la mairie du 9e arrondissement de Paris, rendait hommage à Jacques Decour, en ces termes : « Avec les Lettres Françaises et les Editions de Minuit, c’est pratiquement toute la Résistance intellectuelle dont Jacques Decour a été l’initiateur. » Vercors intervient alors au moment de la disparition des Lettres Françaises et s’écrie : « Ce n’est pas le lieu ici de discuter les causes de cette douloureuse disparition. (…) Il nous semble que sa mémoire a été trahie deux fois, et nous tous avec elle. » Le nom de Jacques Decour « est à jamais inscrit dans notre histoire ». J’écris dans un moment où, en France, le programme de la Résistance est peu à peu démantelé et le développement culturel de notre pays gravement menacé par des coupes budgétaires drastiques : loi du marché obligé ! Il faut donc résister et passer à l’offensive : la bataille d’idées n’attend pas. Les Lettres Françaises aujourd’hui veulent être un lieu de rassemblement des intellectuels, des artistes, des écrivains contre l’inculture organisée par le capitalisme mondialisé.

Par exemple, la discussion critique des œuvres de l’art, de la philosophie et de la littérature n’est pas, comme certains l’imaginent, tempête dans un encrier. L’adversaire, lui, ne s’y trompe pas : regardez le soins par exemple avec lequel le Monde via le livre de Mehdi Belhaj Kacem, s’attaque au travail d’Alain Badiou ! Il ne peut être question de fuite devant la discussion. Pour reprendre l’expression d’Aragon, « ne laissons pas l’avantage à l’ennemi sans combat ». C’est le rôle que les Lettres Françaises tentent de remplir depuis plus de sept ans qu’elles sont insérées dans l’Humanité. Malgré ses graves difficultés financières, L’Humanité continue de nous publier. Nous n’avons jamais cessé de lui en savoir gré. Nos lecteurs doivent savoir que depuis la disparition du journal le samedi, nous paraitrons désormais le jeudi. Nous sommes obligés de réduire notre pagination, passant de 16 à 12 pages, contribuant ainsi à l’effort de redressement de l’Humanité. Il est plus que jamais nécessaire d’aider les Amis des Lettres Françaises. Je n’oublie pas non plus tous les collaborateurs des Lettres Françaises qui, malgré leurs difficultés personnelles, travaillent bénévolement, mois après mois, pour que vive notre journal.

A vous toutes et à vous tous, merci.

 

Jean Ristat

 

Avril 2011 – N° 81

 


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