Hermann Scherchen


Hermann Scherchen

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Quand on écrira l’histoire de l’art de conduire les orchestres, nul doute que le chapitre consacré à Hermann Scherchen ne soit des plus riches. En effet, une série d’enregistrements récents rappelle que ce chef d’orchestre est un des principaux acteurs de la vie musicale du XXe siècle. Sous l’impulsion de Myriam Scherchen et de René Trémine, la firme Tahra présente au public, dans des pressages qui bénéficient des plus récentes techniques de restauration du son, quelques-uns de ses concerts. Dans tous, on peut entendre une leçon de musique, qu’il s’agisse de l’Art de la fugue, de Bach, de la Messe selon saint Matthieu, des symphonies de Beethoven, ou de partitions de compositeurs du XXe siècle comme Schoenberg, Dessau, Haba, Nono, Maderna, Varèse, Xenakis et tant d’autres, dont Scherchen a été un ardent défenseur. Sa passion pour faire connaître les nouveautés de son temps n’est pas dissociable de son travail sur les classiques. Ces deux pôles de son activité sont complémentaires et étroitement imbriqués. Ils doivent beaucoup à ses études sur l’acoustique, à ses réflexions théoriques et à ses propres essais de composition.

Sa carrière s’est largement déroulée en marge du bruit médiatique et des opérations commerciales. Elle fut ponctuée de scandales, par exemple à Berlin, en 1912, avec la Symphonie de chambre, de Schoenberg, ou lors de l’audition, à Paris, de Déserts, de Varèse. Face à l’intolérance d’un certain public, son attitude est à rapprocher de celle de Klemperer, de Bruno Walter, de Désormières, de Furtwangler. Elle n’a rien à voir avec celle de Karajan, Scherchen ayant toujours privilégié la dimension spirituelle et sociale de la musique, se souciant comme d’une guigne du vedettariat et de ses paillettes.

La place manque pour raconter sa vie. Elle touche au roman tant il s’est impliqué dans d’innombrables combats pour promouvoir une musique participant aux grandes espérances de son temps. Deux anecdotes donneront une idée de sa personnalité. De sa captivité en Russie, il rapporta, en 1917, des chants révolutionnaires qu’il fit éditer et jouer. Les nazis les ayant pris et travestis, il osa leur faire un procès avant de s’exiler, en 1933. Plus tard, parce qu’il avait participé au Printemps musical de Prague, en 1946, une cabale politique l’obligea à quitter la Suisse. Il dut affronter des accusations comminatoires comme celles de Schoenberg, ce même Schoenberg qu’on n’avait guère connu très pugnace à l’endroit du régime nazi. Il n’en continua pas moins à jouer ses oeuvres. Pour plus de détails, le mieux est de se tourner vers Mes deux vies, ses Mémoires éditées par les Éditions Tahra dont nous publions un extrait.

Kurt Weill et Emmanuel Conquer (violoniste et chef d’orchestre) complètent ce trop bref portrait d’un musicien dont l’oeuvre est plus que jamais d’actualité.

François Eychart

Remerciements à Myriam Scherchen et à René Trémine.

Décembre 2010 – N°77


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