Degas est aussi un sculpteur


Degas est aussi un sculpteur

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Degas - Danseuse-de-14-ans

Au premier abord, on s’étonne. La Pis­cine de Roubaix – ce magnifique espace muséal dans le style Art déco des années trente et qui mérite à lui seul la visite pour sa collection de peintures, sculptures, céramiques et tissus – expose les sculptures d’Edgar Degas. De fait, tout le monde connaît les toiles et les pastels de cet artiste. Rattaché aux impressionnistes, avec lesquels il a souvent exposé, l’artiste ne partage pas leur trait le plus commun ; aux effets de lumières en plein air il préfère le mouvement sous ses différentes formes. Qu’il s’agisse de chevaux galopants, de danseuses s’exerçant à la barre ou de femmes captées dans leur intimité, c’est toujours le corps, animal ou humain, qui reste sa principale préoccupation.

Ainsi, c’est naturellement que Degas est attiré par ce corps-à-corps entre l’artiste et la matière qu’est la sculpture. Plus encore que dans la pein­ture, qui se permet des escapades occasionnelles dans le paysage ou la nature morte, la présence hu­maine demeure l’obsession du sculpteur. Comme de nombreux artistes peintres (Matisse, Picasso, Renoir), Degas pratique la sculpture occasionnel­lement et déclare à ce sujet : « C’est pour ma seule satisfaction que j’ai modelé en cire bêtes et gens, non pour me délasser de la peinture ou du dessin, mais plutôt pour donner à mes peintures et à mes dessins plus d’expression, plus d’ardeur et plus de vie. Ce sont des exercices pour me mettre en train, du document sans plus. » Fausse modestie ? Plutôt une précaution de la part du créateur dont la seule oeuvre montrée de son vivant (à la sixième exposition impressionniste, en 1881) a été violem­ment critiquée. Il faut avouer qu’il ne s’agissait pas de n’importe laquelle : la fameuse danseuse de quatorze ans, au visage lourd et inexpressif, habillée de matériaux empruntés au réel (un tutu en dentelle, un ruban de soie) – un assemblage au­dacieux autant qu’une sculpture, dont le réalisme absolu fit scandale. À La Piscine, elle trône au milieu de quelque soixante-dix pièces en prove­nance du musée d’Orsay. Ces bronzes réalisés par le fondeur Hébrard, contre la volonté de l’artiste, à partir des cires trouvées après son décès dans l’atelier de Degas, frappent le spectateur par leur ressemblance avec les personnages qu’on croise dans les toiles du peintre : une femme accroupie qui s’essuie, une danseuse réalisant un mouvement aérien, un cheval saisi en plein envol…

« Citations picturales » ? L’histoire de l’art les considère comme des modèles qui permet­tent à l’artiste d’explorer les problèmes de la forme dynamique en trois dimensions, avant de l’insérer sur la surface picturale. Mais, quoi qu’en ait dit Degas, ce sont de véritables oeuvres d’art autonomes et non pas de simples exercices d’atelier. Leur mise en scène élégante par le mu­sée de Roubaix permet au spectateur de profiter de ce pan méconnu de l’oeuvre du peintre, le premier à fixer l’éphémère.

Itzhak Goldberg

Degas sculpteur, La Piscine, Roubaix, jusqu’au 16 janvier 2011.
Catalogue, Éditions Gallimard, 248 pages, 39 euros.

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