Le courage poétique


Le courage poétique

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Avec ce douzième recueil, Philippe Lekeuche continue à creuser son sillon singulier dans le vaste champ de la poésie contemporaine. Comme toujours, la prosodie y est extrêmement maîtrisée et scande à la perfection la traque de cette « maladie au nom perdu », la vie même, dont le poète ne saurait guérir. « Dis-nous le donc, toi, l’homme / Qui est en toi / Et quelle est ta chimère si raisonnante ? » L’extrême abandon à ce que nous ignorons et le refus de toute imposture caractérisent depuis toujours la démarche de Lekeuche, faisant songer au « cou­rage poétique » dont parle Hölderlin. Le corps chute avec le poème pour mieux prendre appui sur le fond de la langue et rebondir transfiguré. « Toi, le mort, prends ta plume d’oiseau / Écris sur ta charogne / Afin qu’étincelle vive / Que tu sois cette lampe ! » Le poète cherche à réinscrire du « sacré » (au sens que Bataille donnait à ce terme) dans notre culture qui s’applique à l’évacuer : les dieux des Grecs parlaient, les nôtres se taisent ! Philippe Lekeuche s’adresse aux brisés de la vie, les incitant à se nourrir de l’abîme où ils gisent, afin de retourner vers la lumière. La poésie n’est pas qu’une simple affaire de mots, elle les bouleverse pour donner naissance à une musique terrible et délicieuse qui nous renverse et nous ouvre le chemin de l’infini.

L’Éperdu est illustré de reproductions de peintures de Jean Dalemans, boucliers, cibles ou symboles troués, qui attirent le regard pour mieux l’inviter à se perdre.

Jean-Claude Hauc


L’Éperdu, de Philippe Lekeuche, L’herbe qui tremble, 88 pages, 15 euros.

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