Jacqueline Lamba, l’égérie du surréalisme


Jacqueline Lamba, l’égérie du surréalisme

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Jacqueline Lamba, descendante de grands armateurs de Gênes, est venue à Paris avec sa mère et sa sœur après la mort précoce de son père. Elle suit ses études aux arts décoratifs, se passionne pour Bau­delaire, Cocteau, Freud et Proust, aime le symbolisme et lit Hegel. Elle commence à pratiquer la photogra­phie et fréquente l’atelier de Lhote. Pour vivre, elle dessine des tissus ou pose pour des artistes. Un ami lui conseille de se plonger dans les écrits d’André Breton. Elle ne rêve plus alors que de le rencontrer. Ce qu’elle ne tarde pas à faire et l’auteur de Tournesol (il voit ce poème comme une prémonition à cette rencontre) est fasciné par cette jeune beauté, qui fait alors la ballerine nautique au Co­liséum. Peu après, elle s’installe chez lui, rue Fontaine. Breton l’épouse en 1934 et veut en faire la « femme élue » du surréalisme. L’année suivante naît leur fille, Aube. Ses amis la photo­graphient, à commencer par Man Ray. Elle voyage avec lui, se rendant par exemple à Prague et participe à l’exposition surréaliste de Ténériffe en 1935, elle se rend au Mexique en 1938 et se lie d’amitié avec Frida Ka­hlo. Mais, Breton ne semble pas se passionner pour son œuvre picturale. Jacqueline en souffre, mais s’obstine. Avec la guerre, elle doit suivre son mari dans son exil : la Martinique (où Breton écrit Fata Morgana, qu’il lui dédie) et puis New York. Là, Peggy Guggenheim s’intéresse à elle. Sa première exposition personnelle a lieu dans une grande galerie, en 1944. Alors que Breton, qui connaît une crise sérieuse, s’éloigne encore plus d’elle Jacqueline fait la connaissance d’un artiste, David Hare. Elle devient sa maîtresse et elle se sépare défini­tivement de l’auteur des Pas perdus. Quand elle revient en France, en 1947, elle poursuit son travail de peintre et expose à Paris et au château d’An­tibes. Mais la gloire ne lui sourit pas. Comme la majorité des femmes qui ont été liées au surréalisme, elle n’a jamais eu qu’une position subalterne. C’est peut-être ça la « révolution sur­réaliste ».

Gérard-Georges Lemaire

Peintre rebelle, Alba Romano Pace, de Jacqueline Lamba, traduit de l’italien par Pascal Varejka, « Témoins de l’art », Gallimard, 320 p.ages, 23,50 euros.

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