Garcia Lorca Quand les phalangistes assassinaient le poète de Grenade.


Garcia Lorca

Quand les phalangistes assassinaient le poète de Grenade.

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Alors que l’Espagne ouvre quelques-unes des fosses com­munes où sont enfouies des victimes du franquisme, le Conseil général du pouvoir judiciaire suspend le juge Garzon pour avoir enquêté sur la disparition et l’exécution de plusieurs dizaines de milliers de per­sonnes durant la guerre civile. Cette Espagne où les descendants des vic­times de Franco semblent obtenir gain de cause n’en finit plus pourtant de voir ressurgir ses démons. C’est cette histoire d’hier à aujourd’hui que nous évoque avec force et émotion le récit de Bruno Doucey, Federico Garcia Lorca : « Non au franquisme », consacré à l’as­sassinat du poète andalou. Par le biais d’une collection qui s’adresse en priorité aux adolescents, l’auteur fait revivre la violence des franquistes qui prirent le pouvoir à Grenade et la noblesse et la dignité de celui qui s’était déclaré « du parti des pauvres ». L’alternance de points de vue, où le journal d’un jeune franquiste encadre le récit de la fin de la vie de Federico Garcia Lorca, permet de comprendre en profondeur ce qui déter­mine socialement et humainement les choix politiques des hommes des deux camps. Mais Bruno Doucey est un poète et c’est en poète qu’il nous fait connaître et aimer son héros, in­telligent, tendre, aimable et habité par la poésie. Le récit, où les vers de Garcia Lorca coulent de source pour dire ce que seule la poésie peut dire, avance dans une tension et une émotion de plus en plus vives jusqu’à ces jours de 2009 où sont ouvertes les fosses dans cette région de Viznar où fut fusillé « le Rossignol de Gre­nade ». Au même moment, le phalangiste à la retraite, qui n’a en rien changé, relit son journal et se dit qu’avec ces fouilles, il faudrait peut-être investir dans l’édition, car Garcia Lorca prend de la valeur ! Suivi d’une biographie, d’un album de photos et d’un texte qui place la mort du poète dans un éclairage personnel et historique, ce court récit brosse avec force le panorama des intellectuels et des artistes engagés dans le combat contre le franquisme. L’auteur a judicieusement établi le lien avec l’Espagne actuelle, où la majorité des Espagnols sont favorables à une justice réparatrice , mais où les tortionnaires ont été amnistiés.

Ce petit ouvrage enrichit la collec­tion dirigée par Murielle Szac où, parmi d’autres titres, on trouve les « Non » à la torture, à la guerre, à l’exploitation, aux avortements clandestins… Il est le bienvenu et participe par sa qualité d’écriture et de réflexion à l’éveil de l’in­telligence et de la sensibilité au monde ainsi qu’au refus de la passivité devant l’injustice, et par là même à notre faculté de révolte face à l’inacceptable, d’hier à aujourd’hui.

Marie-Thérèse Siméon

Federico Garcia Lorca : « Non au franquisme », de Bruno Doucey, Éditions Actes Sud, 96 pages, 7,80 euros.
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