Foujita, l’excentrique et le séducteur

Foujita, l’excentrique et le séducteur

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En concordance avec l’exposition « Foujita et ses amis de l’école de Paris », qui a eu lieu au château de Chamerolles, Sylvie Buisson vient de publier un nouvel ouvrage sur Léonard Foujita, son peintre de prédilection, dont elle a établi le catalogue raisonné. Dans les imposantes considérations biographiques du catalogue, l’auteur nous avait déjà relaté l’essentiel de ce qu’il y avait à dire à propos de l’arrivée du peintre japonais à Paris et sur ses re­lations avec ses confrères à Montparnasse. Dans le présent ouvrage, elle met plus l’accent sur la personnalité de l’artiste et sur la manière dont il s’est intégré dans ce microcosme de l’avant-garde française (qui était composée, pour l’essentiel, d’étrangers !). Le jeune homme, à peine débarqué de Tokyo, s’est rapidement initié à la nouvelle manière de vivre l’art et aux usages des Mont­parnos. Il s’est d’abord forgé une esthétique vestimentaire n’appartenant qu’à lui : « J’étais jeune et beau. Une toque en peau de léopard cachait la moitié de ma frange de cheveux noirs. Ma casaque, complètement décolletée, laissait voir autour de mon cou un collier de pierres. Un sac de cuir était attaché à ma ceinture. Je mar­chais avec fierté. Les femmes m’envoyaient des baisers… » Les femmes, justement, vont jouer un rôle déterminant dans sa vie. Celle qu’il avait laissée au pays, Tomiko, ne lui répondait pas. Il resta à Paris et rompit de facto ses fiançailles. Il tomba amoureux de Fernande Barrey, une jeune Française qui était peintre. Il voulut l’épouser au plus vite. Il la représenta dans Fernande au perroquet, où elle était coiffée à la garçonne. En 1917, Foujita connut un grand succès avec ses aquarelles. Ami de Picasso et de Modigliani, il faisait désormais partie du cercle des artistes chéris par la fortune. Mais, absorbé par son travail, il délaissa son épouse qui le trompa. Il se vengea en fréquentant Lucie Badoud, qu’il rebaptisa Youki et qu’il installa dans son nou­vel appartement de Passy. Il la montra même nue aux yeux de tous au Salon d’automne de 1924 dans une composition où elle est allongée, blanche sur des draps blancs. Mais les choses se gâtèrent : celle-ci s’éprit bientôt de la maîtresse de Derain, Mado. Entraîné dans la spirale de la vie mondaine des artistes arrivés, Foujita, tout catholique fervent qu’il fut, adopta les moeurs libres de la modernité parisienne. Il peignit encore Youki dans le Nu assoupi (1926). Celle-ci ne tarde pas à s’éprendre de Robert Desnos, et Foujita, déjà frappé par le fisc, perdit le goût de peindre. Il décida d’épouser Youki et de partir avec elle au Japon en 1929. À son retour, il la quitta et s’embarqua pour le Brésil avec Madeleine Lequeux, son modèle. Puis il se rendit seul au Japon où il connut Kimiyo Horischi, une jeune serveuse. Madeleine devina sa trahison et fit scandale en arrivant au Japon. Elle se droguait de plus en plus et se noya dans le bassin de leur maison en 1936. Il se consola avec Kimiyo et rentra en France en 1939. Mais il dut repartir à cause de la guerre pour ne revenir qu’en 1950. Il divorça alors de Youki et finit ses jours dans cette France qu’il a tant aimée. En lisant l’histoire narrée par Sylvie Buisson, Foujita apparaît dans ses contradictions : léger, fantasque, dandy d’une part et, de l’autre, si faible devant l’amour, incapable de vivre son donjuanisme de façade.

Georges Férou

Foujita et ses amis du Montparnasse, de Sylvie Buisson, Éditions Alternatives.160 pages, 30 euros.

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