…et Norbert Glanzberg ?


…et Norbert Glanzberg ?

***

Norbert Glanzberg est né juif en Galicie ; là-bas, du côté de l’Allemagne et de la Pologne. À sa mère qui l’emmène écouter des concerts, il fait remarquer que la musique rit, chante. Ces moments l’enchantent. Il suit un conservatoire pour personnages doués et passionnés, plutôt en Allemagne. Il y rencontre Alban Berg, ajoute ses dix doigts encore frêles aux siens. S’adonne également à Chopin, à Bela Bartok, à Django Reinhardt, etc. Il est même engagé comme chef d’orchestre, en remplacement d’une défection, au profit d’une opérette viennoise, un genre qui, à l’époque, lui déplaît.
Déclaré « musicien dégénéré » par le Dr Goebbels, il file en France. Joue ce qui lui est demandé, mais écrit également la musique d’un film de Max Ophüls, un autre exilé. Fort opportunément, Norbert Glanzberg est un grand séducteur. « Mille e tre » est son surnom. Son milieu professionnel lui permet de rencontrer Lise Gauty, et, dit-on, Mistinguett. Or c’est un moment qui voit débarquer à Paris les soldats du Dr Goebbels, toujours à la poursuite de leurs proies. Le voilà en zone Sud, à Marseille, haut lieu alors d’un music-hall qui se regroupe. À Nice, il se réfugie chez le poète René Laporte.
Cet ange gardien, qui a dû publier dans Les Lettres Françaises, invite à sa table Elsa Triolet, Aragon, des peintres, Jacques Prévert. Devant un officier de la Wehrmacht imaginaire, Norbert Glanzberg interprète des pages célèbres de Beethoven, son auditeur
le félicite au nom du Reich ! Ce qui ne lui épargne pas la prison où piétinent nombre d’apatrides !
Survient la Libération, il se tourne vers la « variété ». Un matin, à la terrasse d’un café, il pianote, incrédule, une chanson qui deviendra Padam Padam, d’après la notation
de ses doigts. Padam le rend célèbre dans le monde entier et diminue ses soucis matériels. Ce sera une autre femme, Édith Piaf, qui l’immortalisera : Mon manège à moi, J’aime flâner sur les grands boulevards, popularisé par Yves Montand, Colette Renard, etc.
Sur la scène du Théâtre La Bruyère, Isabelle Georges lui a rendu hommage. Elle a du coffre, de l’abattage, de belles gambettes galbées pour la danse, les claquettes, sans omettre une voix puissante, qui « arrache » l’expression et la propulse en émotion. Trois instrumentistes lui donnent une sacrée réplique.
Frédérik Steenbrink est un pianiste de rythme et de mélancolie ; le contrebassiste
Jérôme Sarfati et sa sonorité ouverte font reluire l’instrument. N’oublions pas Édouard Pennes et sa guitare manouche, évidemment Django ! Ils sont épatants et nous quittent avec une parodie de Nabucco a capella. Norbert Glanzberg a également composé de la musique dite « classique », mal connue, mal diffusée.

Claude Glayman


Share this...
Share on Facebook
Facebook
Tweet about this on Twitter
Twitter