Connaissez-vous Grazyna Bacewicz…


Connaissez-vous Grazyna Bacewicz…

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Le nom de Grazyna Bacewicz ne peut plus être ignoré. Ce qui est peu à peu révélé de son oeuvre permet de la considérer, sui­vant en celà Lutoslawski, comme « l’une des plus grandes femmes compositeurs de musique de tous les temps ». Quand elle mourut prématurément à cinquante-neuf ans, des suites d’une fièvre contrac­tée lors d’un voyage en Arménie, Grazyna Bacewicz était l’auteur de plus de deux cents compositions, dont quatre symphonies, sept quatuors, cinq so­nates pour violon et piano, sept concertos pour violon, etc. Son oeuvre est un trait d’union entre l’esthétique de Szymanowski et celle de Lutos­lawski. Elle a trouvé aliment musical auprès de sources diverses : les musiques arménienne, arabe, indienne et naturellement la tradition polonaise qu’elle connaissait dans tous ses détails. Mais ces influences, organisées selon son goût des formes classiques, n’ont fait que nourrir et développer sa propre originalité.

Elle a passé quelques années à Paris, avant la Seconde Guerre mondiale, ce qui lui a permis de bénéficier de l’apport pédagogique de Nadia Boulanger, qui eut une grande influence sur de nombreux compositeurs. Elle avait donc une bonne connaissance de ce qui s’écrivait et se jouait à Paris qui était une place en pleine effervescence créatrice. De retour en Pologne, elle devint violon solo de l’Orchestre de la radio polonaise. Grazyna Bacewicz était une violoniste et une pianiste de tout premier ordre, parfaitement au fait de toutes les difficultés d’exécution que ses partitions recélaient.

Joanna Kurkowicz, violoniste américaine d’as­cendance polonaise, a enregistré trois concertos pour violon avec l’Orchestre symphonique de la radio polonaise sous la direction du jeune chef Tukasz Borowicz. Le Concerto n° 1 date de 1938. Il est caractérisé par une concision d’écriture, un motorisme certes plus discret que chez Prokofiev mais réel et par une inventivité qui n’exclut nul­lement du lyrisme. Le Concerto n° 3 a été écrit en 1948. Curieusement, il ne semble pas marqué par la période de la guerre dont on trouve trace au même moment chez de nombreux compositeurs, comme si Grazyna Bacewicz avait vécu à l’abri des horreurs de cette période. Son finale, qui incorpore des thèmes populaires polonais, est même marqué d’une certaine insouciance qui regarde résolument vers l’avenir.

L’oeuvre la plus marquante de cet enregistrement est sans conteste le Concerto n° 7, qui date de 1965. Maints développements évoquent Penderecki et Gorecki. L’univers en est chimérique, marqué par une incessante inventivité, un attrait soutenu pour les couleurs et par une énergie dans le discours qui se trouvait déjà dans le Concerto n° 1. Créé en 1966, il fut considéré à sa création « comme exotique, plein de parfums, alternant délicatesses à la Szymanowski et orchestration d’une efficacité wébérienne ». Grazyna Bacewicz est à l’évidence une com­positrice dont il faut surveiller l’actualité disco­graphique.

François Eychart

Grazyna Bacewicz, Concertos pour violon n° 1, 3 et 7 par Joanna Kurkowicz, orchestre de la radio polonaise, disque Chandos.
Grazyna Bacewicz

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