Bulteau : À la recherche d’un New York disparu


C’était hier. Grâce à Allen Ginsberg, un jeune poète français se retrouve à New York. Il voue un culte à Andy Warhol et rêve au mariage mystique de la musique et de la poésie. Bientôt l’explosion punk va bousculer le monde. Le jeune poète s’appelle Michel Bulteau. On a aujourd’hui l’occasion et la chance de pouvoir lire sa trilogie new-yorkaise, New York est une fête – Flowers (d’après Warhol), À New York au milieu des spectres et la Reine du pop -, qui vient de paraître en poche en un volume.

Les Lettres Françaises, revue littéraire et culturelle

Bulteau nous fait glisser dans une petite coterie dont bien des membres vont devenir célèbres : Johnny Thunders, Debbie Harry, Richard Hell, Alan Vega, Patti Smith. Sans parler des stars rayonnantes comme Warhol et Burroughs. Très proustien tout cela. Comme si Bulteau avait eu conscience que ce monde disparaîtrait un jour (ça y est, c’est fait) et qu’il fallait en dire quelques mots. Avec un poète pour narrateur, nous ne sommes pas déçus. C’est aussi un très bon portrait de ville. Michel Bulteau écrit dans la préface à sa nouvelle édition : « Les choses étaient embrouillées. Nous piétinions les cendres encore chaudes du pop art. Mais nous ne croyions qu’à New York et à rien d’autre. »

Ces portraits souvenirs sont de la veine de ceux de Cocteau : situations abracadabrantes, bons mots, héros de série B portés au pinacle. L’auteur reprend à son compte une bravade de Truman Capote : « Toute la littérature est commérages. » Certes, commérages, mais de haute volée. Bulteau fait le portrait de gens pressés, dont beaucoup d’entre eux ont rendez-vous avec la mort. Les notes qu’il nous donne à lire, pour reprendre une autre expression de Capote, sont « comme une sorte d’atlas personnel de géographie » de sa vie d’écrivain.

Un autre tour de force du livre (particulièrement de Flowers) est de nous persuader qu’il existe des liens secrets entre le décadentisme fin de siècle (imaginez le rapprochement saugrenu de Robert de Montesquiou et de Jimi Hendrix ou de Kit Lambert, le manager des Who, et du baron Corvo !). Nous sommes entraînés dans un film au montage savant, avec des juxtapositions inattendues, et l’utilisation du fameux « rail-temps » cher à Burroughs. Du présent nous sommes, sans ménagement, projetés dans le passé par des personnages qui ne croient pas au futur.

Outre les private jokes et les énigmes cryptées qui parsèment ce livre, on devine un mystère, un peu douloureux, dont Bulteau ne parle pas. Outre s’amuser, qu’attendait-il de New York ? « J’espérais que je deviendrais quelqu’un d’autre. Mais j’y ai renoncé. Je n’ai jamais pu devenir quelqu’un d’autre », écrit-il des années après. Quel était donc le « je est un autre » qui hantait le poète ? Chacun se fera une idée.

Serge Bertollet


New York est une fête, de Michel Bulteau
Éditions La Différence. 250 pages, 8 euros.

Share this...
Share on Facebook
Facebook
Tweet about this on Twitter
Twitter